Selon Brigitte Wellens, les anglophones de la province bénéficient de très peu d'aide, surtout «si l'on compare avec ce que reçoivent les communautés francophones hors Québec».

Les anglos de Québec doutent de la bonne volonté du gouvernement Couillard

Le principal regroupement d'anglophones de la ville de Québec apprécie la main tendue du premier ministre Philippe Couillard mais ne croit pas que son gouvernement a réellement fait des efforts pour reconnaître la valeur de la communauté linguistique minoritaire dans la province.
«Il refuse systématiquement de reconnaître que l'on existe!» lance la dirigeante de Voice of English-Speaking Quebec, Brigitte Wellens. Si elle admet volontiers que le gouvernement de la province a récemment nommé un agent de liaison pour la communauté de langue anglaise du Québec et promet de mettre sur pied un nouveau secrétariat pour les Québécois de langue anglaise, Mme Wellens juge que «beaucoup plus pourrait être fait».
Dimanche, dans son discours de clôture au congrès des jeunes libéraux, Philippe Couillard a livré un message aux anglophones et notamment à ceux qui ont quitté la province, les invitant à revenir. «Votre présence est nécessaire, désirée. Nous avons besoin de vous pour un avenir meilleur pour tous les Québécois», a-t-il déclaré. «L'anglais n'est pas une langue étrangère au Québec. Elle fait partie de notre histoire et de ce que nous sommes», a renchéri le premier ministre ajoutant également qu'il percevait un sentiment d'éloignement chez les anglophones avec qui il faut «resserrer les liens».
«Laissés à nous-mêmes»
Pour la dirigeante de l'organisme de la capitale, ce message sonne «un peu» opportuniste. Selon elle, les anglophones de la province bénéficient de très peu d'aide, surtout «si l'on compare avec ce que reçoivent les communautés francophones hors Québec». 
Voice of English-Speaking Quebec accueille bon an mal an environ 450 immigrants qui s'expriment d'abord en anglais après leur langue maternelle. Il leur offre des services de référencement et leur donne accès à des ressources afin de faciliter leur transition dans la Ville de Québec. Un coordonnateur leur est spécialement dédié. Or, tout cela est fait grâce à des subventions provenant de la municipalité et d'une fondation privée. 
«Concrètement, on ne reçoit peu ou pas du tout de financement de la part du gouvernement du Québec», déplore Brigitte Wellens. À ses yeux, cela dénote un manque de reconnaissance des autorités vis-à-vis du travail qui est fait par les anglophones pour les nouveaux arrivants. D'autant plus que ces derniers sont toujours encouragés à apprendre le français. «On leur fait comprendre qu'ils ne survivront pas à Québec sinon, qu'ils ne pourront pas s'épanouir», dit-elle. 
Mme Wellens affirme qu'au contraire de Québec, l'administration municipale de Régis Labeaume est très à l'écoute de ses membres anglophones notamment grâce à la mairesse suppléante, Michelle Morin-Doyle, elle-même issue de cette communauté.
«J'aurai de la difficulté à les croire»
La Ville de Québec n'aurait pas été épargnée par les erreurs de Statistique Canada concernant les anglophones en région dans le dernier recensement. La dirigeante de Voice of English-Speaking Quebec, Brigitte Wellens, se dit désormais sceptique quant aux données corrigées qui devraient être présentées cette semaine. 
«J'aurai de la difficulté à les croire», affirme Mme Wellens qui a sursauté au début du mois d'août lorsque les derniers résultats du recensement de 2016 ont été communiqués. La semaine dernière, Ottawa a admis s'être trompé alors que 61 000 personnes ont été classées incorrectement en raison d'une erreur dans un programme informatique.
Selon l'agence fédérale, la capitale compterait 21 600 personnes dont la première langue officielle parlée est l'anglais, soit 7302 de plus qu'en 2011. Le nombre de résidents ayant déclaré que l'anglais était leur langue maternelle aurait également fait un bond (+ 5892), passant de 12 815 à 18 707. Ces augmentations représentent des hausses respectives de 45 % et 51 %. 
«Je me suis demandé où ils se cachaient!» s'exclame Mme Wellens. Comme d'autres organisations en région, elle attend que Statistique Canada dévoile les données corrigées puisque celles-ci sont utilisées notamment pour calculer les aides gouvernementales auxquelles ils ont droit. Mais elle craint d'autres bourdes. «Pourrons-nous vraiment être en mesure de leur faire confiance?» questionne-t-elle.