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François Legault  
François Legault  

Legault cherche à minimiser la controverse du masque à l’extérieur

Jocelyne Richer
La Presse Canadienne
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Le premier ministre François Legault a tenté jeudi de minimiser le cafouillage des derniers jours survenu autour du port obligatoire du masque à l’extérieur, en point de presse, à l’Assemblée nationale.

Des volte-face successives dans les consignes gouvernementales à ce sujet ont semé la confusion dans la population.

Finalement, la directive stipulera qu’à l’extérieur le masque ne sera obligatoire que lorsque des personnes n’habitant pas à la même adresse ne pourront maintenir une distance d’au moins deux mètres entre elles en tout temps.

Une exception sera faite pour les couples n’habitant pas à la même adresse et les personnes seules se joignant à une bulle familiale, qui seront donc exemptés de se masquer et de se tenir à bonne distance lors d’activités à l’extérieur.

Le premier ministre a justifié les quelques volte-face du gouvernement sur le sujet depuis une semaine par le fait que le gouvernement cherchait à prendre des décisions rapidement.

Il a fait valoir que tout le monde impliqué dans la prise de décision était de bonne foi et que la population, dans le doute, devait se servir du gros bon sens pour savoir si elle devait ou non porter un masque à l’extérieur.

Depuis le 6 avril, les consignes ont varié sur l’obligation de porter ou non un masque, lorsque deux personnes ou plus se rassemblaient à l’extérieur, notamment lors d’activités sportives ou encore si elles étaient debout ou assises et habitant à la même adresse ou non.

M. Legault a affirmé que le principe de base à retenir était qu’il fallait toujours respecter la distance de deux mètres entre deux personnes à l’extérieur et que si c’était impossible il fallait porter le masque.

«Si vous n’êtes pas certain, portez le masque», a commenté M. Legault, qui avait choisi la veille de lancer un message sur Facebook pour annoncer son recul sur la question, en disant qu’il allait modifier le décret sanitaire dans le sens de nuancer l’obligation du port du masque à l’extérieur.

La directive initiale, émise par voie de communiqué, donc sans avoir pu faire l’objet de questions en conférence de presse, avait soulevé la grogne. On décrétait alors que trois personnes ou plus, ne résidant pas à la même adresse, devaient porter le masque en plein air, même pour une marche ou une activité sportive. Mais une fois assises, elles pouvaient l’enlever. Puis, la directive a été resserrée à deux personnes.

Questionné sur la justification scientifique du masque à porter à l’extérieur, le directeur national de la santé publique, le Dr Horacio Arruda, avait dit alors que la décision en ce sens avait été prise «par consensus d’experts», sans pouvoir citer aucune étude pour l’appuyer.

Certains avaient soulevé le manque de cohérence du gouvernement, en notant par exemple qu’un couple n’habitant pas ensemble pourrait avoir des rapprochements sans problème à l’intérieur, mais devrait porter un masque dès qu’il franchirait le seuil de la porte et se tenir à deux mètres l’un de l’autre. La directive pouvait étonner d’autant plus qu’il est démontré que le virus est beaucoup plus transmissible à l’intérieur qu’à l’extérieur.

De leur côté, les amateurs de golf et de tennis avaient contesté la nécessité, dans leur cas, de porter un masque, la pratique de leur sport n’impliquant pas de rapprochements à moins de deux mètres.

«Concrètement, quand on joue au golf, quand on joue au tennis, on est capable de rester à deux mètres», a convenu jeudi M. Legault, lui-même un joueur de tennis. Il a dit avoir reçu au cours des derniers jours plusieurs messages de sportifs frustrés lui disant: «c’est pas vrai qu’on va se priver de jouer au tennis, pis au golf dehors». Il leur a finalement donné raison.

Confusion et improvisation

Les partis d’opposition ont reproché jeudi au premier ministre d’avoir choisi de s’expliquer sur une question aussi importante par l’intermédiaire d’un réseau social, au lieu de tenir une conférence de presse, se soustrayant ainsi aux questions des journalistes, qui auraient pu amener le gouvernement à préciser sa pensée.

«C’était un peu le jour de la marmotte, parce qu’on semble avoir perdu les repères. En plus de refuser de débattre d’enjeux importants avec les parlementaires, le premier ministre se soustrait aux questions des médias, sur un recul majeur de son gouvernement. La grande confusion dans les messages du gouvernement n’aide pas à susciter l’adhésion présentement dans la population», a commenté en point de presse la cheffe de l’opposition officielle, Dominique Anglade, invitant le premier ministre à faire «le ménage dans ses communications».

La députée solidaire Manon Massé a déploré «l’improvisation» du premier ministre dans ce dossier. «Plus le premier ministre rajoute des règles, des contraintes, moins il prend le temps de les expliquer ou de les justifier, et ça, ça rend ça dur à comprendre, dur à suivre, et bien sûr ça nuit à l’adhésion», selon elle.

Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, a qualifié la situation d’»incompréhensible».

«Durant une semaine, il y aura eu trois volte-face sur les mesures sanitaires à l’extérieur. Je vous pose la question: qui pense encore que c’est la science qui guide les décisions du gouvernement?», s’est-il interrogé en point de presse.

Il a réaffirmé la proposition de son parti, à savoir de demander au gouvernement de mettre par écrit dans un communiqué, «au moins une heure à l’avance», les changements imposés aux mesures sanitaires, «l’envoyer aux journalistes pour qu’ils puissent faire leur travail et ensuite faire la conférence de presse dans le cadre de laquelle les journalistes pourront poser leurs questions».