Joanne Marcotte, cofondatrice du Réseau Liberté-Québec

Le Réseau Liberté-Québec dénonce l'utilisation «indécente» de cotisations syndicales

La cofondatrice du Réseau Liberté-Québec, Joanne Marcotte, trouve «indécent» que les puissantes centrales syndicales du Québec utilisent les cotisations des syndiqués afin de faire du lobbying pour influencer le gouvernement Charest en vue des prochaines délibérations budgétaires.
Mme Marcotte a fait cette sortie en réaction à la décision des centrales syndicales et des fédérations étudiantes de fonder l'Alliance sociale. Ce mouvement vient d'être lancé afin de tenter de convaincre le gouvernement Charest de protéger le modèle québécois, en vue du prochain budget. L'Alliance sociale a aussi comme objectif de contrebalancer les idéaux de droite touchant l'administration des finances publiques que véhicule Réseau Liberté-Québec dans les médias depuis quelques mois.
Appelée à commenter la création de l'Alliance sociale, Johanne Mar­cotte a affirmé que les centrales syndicales devraient se recentrer sur leur mandat, qui est de défendre leurs membres, et non de faire du lobbying auprès du gouvernement Charest. «L'argent des cotisations, c'est pour défendre les membres, a-t-elle avancé. Ce n'est pas pour faire des pressions sur le gouvernement pour lui dire comment dépenser l'argent des contribuables québécois.»
Mme Marcotte avance que toutes les centrales devraient faire preuve de transparence, et dévoiler à leurs membres les montants qui seront investis dans ce lobbying. Selon elle, les syndiqués devraient avoir leur mot à dire chaque année sur cet enjeu, et devraient être appelés à voter, individuellement, pour dire s'ils acceptent ou pas qu'une partie de leurs cotisations soient accordées à ce lobbying.
«Les membres devraient pouvoir refuser que leurs cotisations soient utilisées pour que les grandes centrales fassent ces pressions sur le gouvernement, affirme-t-elle. Je suis convaincu que ce ne sont pas tous les syndiqués qui souhaitent voir leur syndicat participer à ce débat.»
Mme Marcotte offre une autre option aux dirigeants de ces centrales syndicales.
«S'ils veulent donner leurs opinions sur la façon de dépenser l'argent des contribuables, eh bien, qu'ils se lancent en politique active.»
Prête à débattre
Malgré tout, Johanne Marcotte voit d'un bon oeil l'arrivée de ce mouvement de gauche. Et elle souhaite débattre avec ses représentants.
«Pendant trop de temps, les syndicats ont eu à eux seuls le micro pour parler. Nous sommes là pour faire le contrepoids, et je suis prête à en débattre, en autant qu'on le fasse à partir de données objectives et vérifiables.»
Réaction de la CSN
Informée des commentaires de Mme Marcotte, la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, a répliqué que le Réseau Liberté-Québec devrait dévoiler le nom des gens et des organisations qui financent ses activités, au lieu de donner des leçons aux syndicats.
«Qui les financent, eux? On est plusieurs qui aimeraient le savoir.»
Mme Carbonneau a de plus affirmé que Mme Marcotte démontrait une «ignorance crasse» du fonctionnement des syndicats, quand elle demande que chaque syndiqué vote sur les dépenses reliées au lobbying. C'est qu'en fonction des lois du Québec, les centrales syndicales décident de leurs grandes orientations en fonction des priorités des délégués syndicaux élus. Chacun représente les membres de leur syndicat local auprès de la grande fédération. Ainsi, tous les syndiqués ne votent pas individuellement pour approuver quelque dépense que ce soit.
La décision de se joindre à l'Alliance sociale a été prise à la CSN par le Conseil confédéral, en tenant compte des statuts et règlements de la CSN. Une décision avec laquelle Mme Carbonneau est très à l'aise.
«C'est comme si elle demandait au premier ministre de faire une élection chaque fois qu'un ministère veut acheter une boîte de crayon», a-t-elle comparé.