Il semble jusqu'à présent acquis que la légalisation amène une plus grande disponibilité, ce qui cause plus d'intoxications accidentelles chez les enfants.

Le «pot légal» en trois questions

Aux États-Unis, le Colorado et l'État de Washington, sur la côte ouest, ont légalisé la possession de cannabis en 2012 et autorisent sous certaines conditions sa production et sa vente de cannabis, depuis la fin 2013 (Washington) ou le début de 2014 (Colorado). À eux deux, ces États américains forment une sorte d'«expérience naturelle» qui éclaire un peu certaines questions que beaucoup de gens se posent sur la légalisation de la «mari». En voici trois.
Est-ce que la légalisation du pot augmente la consommation?
S'il y a un effet, il n'est pas clair chez nos voisins du Sud. Si l'on compare l'Enquête américaine sur l'usage de drogue et la santé (NSDUH) de 2011-12 à celle de 2014-15, on constate qu'au Colorado, la proportion des 18-25 ans (les principaux consommateurs) qui déclarent avoir consommé du pot au cours des 30 derniers a augmenté de 27 à 32 % depuis la légalisation et de 8 à 15 % chez les 26 ans et plus. C'est nettement plus rapide que dans l'ensemble des États-Unis (19 à 20 % chez les 18-25 et 5 à 7 % chez les 26 +), mais la tendance est très différente dans l'État de Washington : les 18-25 ans ne fumaient pas plus, mais bien un peu moins en 2014-15 que trois ans plus tôt (de 23,5 % à 21,9 %) et leurs ainés ont simplement suivi la tendance nationale à la hausse (de 8,1 % à 9,7 %).
Est-ce que les enfants et les ados sont plus exposés dans les endroits où le pot est légal?
C'est un point critique parce que, bien qu'il n'existe pas de consensus sur ce point, des études récentes suggèrent que la consommation lourde pendant l'adolescence pourrait nuire au développement du cerveau. L'«expérience» américaine ne montre toutefois pas de signe concluant que les ados consomment davantage à cause de la légalisation du pot : au Colorado, de 2011-12 à 2014-15, l'usage de marijuana au cours du dernier mois est passé de 10,5 % à 11,1 % chez les 12-17 ans, mais il a reculé de 9,5 à 9,2 % dans l'état de Washington, comme la moyenne nationale (7,6 à 7,2 %), selon le NSDUH.
Notons toutefois qu'une étude parue en février dans la revue médicale JAMA - Pediatrics a trouvé le contraire : pas d'effet au Colorado chez les élèves du secondaire, mais une légère augmentation dans l'État de Washington chez les élèves de secondaire 2 (chez qui la prévalence est passée de 6 à 8 %) et de secondaire 4 (16 à 20 %), mais pas chez les finissants. Bref, pas d'effet clair.
Toutefois, il semble acquis que la légalisation amène une plus grande disponibilité, ce qui cause plus d'intoxications accidentelles chez les enfants surtout quand le cannabis se présente sous la forme d'un gâteau ou d'un aliment sucré. Une étude publiée l'automne dernier, elle aussi dans JAMA - Pediatrics, a montré que le nombre d'enfants (0-9 ans) hospitalisés pour une intoxication au cannabis a doublé au Colorado après la légalisation. On parle toutefois ici d'un risque dans l'ensemble faible, qui est passé de 1,2 cas par 100 000 personnes à 2,3/100 000.
Est-ce que la légalisation de la marijuana diminue la criminalité?
Il est évident que si on élimine une importante catégorie de «crimes» comme la possession ou la vente de mari, le nombre de délits liés aux cannabis va forcément baisser. Tant mieux si cela libère des forces policières pour faire autre chose, mais un argument fréquemment invoqué veut qu'en légalisant le pot, on enlève un marché au crime organisé et qu'on diminue ainsi la criminalité violente.
En ce qui concerne le Colorado et Washington, cependant, il est encore trop tôt pour dire si la légalisation a «fonctionné» de ce point de vue. Tous deux ont connu une légère baisse des crimes violents depuis 2012, mais c'est une tendance commune à tout l'Occident. Les seules études à long terme dont on dispose à l'heure actuelle mesure l'effet (ou plutôt l'absence d'effet) de la légalisation de la marijuana médicale sur le crime, mais cela représente une infime partie de ce qui fut légalisé en 2012, et dans un cadre beaucoup plus contraignant. Les comparaisons ne tiennent donc pas. Notons toutefois que des médias, dont The Atlantic, ont constaté sur place, dans des endroits connus pour être des points chauds du trafic de drogue, qu'il y a encore un marché noir pour le cannabis au Colorado - encore que les traficants eux-mêmes disent qu'il a rapetissé.
De la marijuana livrée... par la poste!
Pas de panique si le gouvernement du Québec n'a pas mis en place son réseau de distribution de marijuana en juillet 2018 : les consommateurs de la province pourront se faire livrer la drogue à domicile par les services de poste sécurisés qui pourraient bien profiter de ce nouveau commerce. 
Tel n'est pas l'objectif, assure le secrétaire parlementaire de la ministre de la Santé Jane Philpott et député de Louis-Hébert, Joël Lightbound. Le gouvernement fédéral travaillera avec les provinces afin que tout soit en place pour la date prévue de l'entrée en vigueur de son projet de loi déposé jeudi, dit-il. Néanmoins, puisque la marijuana sera légalisée au niveau du pays, dans les provinces et territoires qui ne veulent pas ou qui n'auront pas encore mis en place la vente au détail, la drogue sera accessible de la même façon qu'elle l'est actuellement pour des fins médicales. Les Canadiens pourront en acheter en ligne auprès d'un producteur autorisé par Ottawa et se la faire livrer dans le confort de leur foyer.  Annie Mathieu