Le duo de choc que forment Régis Labeaume et Denis Coderre a multiplié les apparitions et les gestes d'unité depuis les élections municipales du 3 novembre.

Le nouveau poids politique des villes

Régis Labeaume et Denis Coderre qui parlent d'une seule voix. Montréal et Québec main dans la main. L'image est forte, devenue presque routinière, même si elle est encore toute jeune.
À peine plus de trois mois après les élections municipales du 3 novembre, ce duo de choc a rallié les maires des autres grandes villes québécoises autour de l'urgence de s'attaquer aux déficits des régimes de retraite. Ils ont multiplié les apparitions et les gestes d'unité. On ne peut plus ignorer les villes, disent-ils au gouvernement. Solide nouvelle solidarité ou stratégie bien orchestrée? Chose certaine, ça marche.
«Le leadership et l'espace médiatique qu'occupent Coderre et Labeaume, ça contribue à donner une image forte de la voix des municipalités», reconnaît d'entrée de jeu le président de l'Union des municipalités du Québec (UMQ) et maire de Rimouski, Éric Forest.
«Avant, c'était le vieux proverbe "diviser pour mieux régner"», dit M. Forest qui dirige le regroupement de 300 municipalités au Québec. «C'était facile pour les gouvernements de nous mettre en porte-à-faux. Mais là, le liant est beaucoup plus fort.»
Image forte, voix forte. Trop forte? Le maire de Sherbrooke depuis 2009, Bernard Sévigny, ne cache pas que de voir arriver le duo Labeaume-Coderre avec leurs gros sabots a suscité un peu de méfiance chez les maires des autres villes du Québec.
«Les appréhensions, c'était que Denis Coderre et Régis Labeaume sont des personnages», reconnaît M. Sévigny. Mais malgré leur influence, dit-il, les deux hommes n'ont pas fait trop d'ombrage. «Ils prennent leur place, mais ils en laissent aussi. Ça nous a rassurés», dit le maire de Sherbrooke. «Là, on est dans un modèle optimum sur le plan de la représentation et du poids politique», juge-t-il.
Ce «modèle», il est largement attribuable au retour de la capitale et de la métropole au sein de l'UMQ.
une seule voix
Éric Forest a travaillé fort pour y ramener, en 2012, Montréal après huit ans d'absence. Québec avait claqué la porte de l'UMQ en 2010. Elle est revenue en décembre dernier. Depuis, toutes les grandes villes québécoises parlent d'une seule voix. Du rarement vu ces dernières années.
M. Forest et Bernard Sévigny étaient à Québec mercredi avec les maires de Montréal, Québec et Gatineau. Ils ont affirmé vouloir faire des régimes de retraite des employés municipaux un enjeu pour la campagne électorale imminente.
À peine 100 jours après son arrivée en poste, l'énergique Denis Coderre n'en était pas à sa première visite à l'hôtel de ville de Québec où il a régulièrement visité le tout aussi coloré Régis Labeaume qui a fait des régimes de retraite son cheval de bataille des dernières années. Un dossier qu'il a mené avec empressement. Mais Bernard Sévigny estime que le maire de Québec comprend qu'il ne peut pas toujours aller seul au front.
«On a senti que Régis a pris acte de ce qu'on représente ensemble», poursuit le maire de Sherbrooke. «Il a un sens politique. Ce n'est pas qu'il a mis de l'eau dans son vin, il ne fait pas de compromis, mais il a accepté qu'on le travaille ensemble et ça, c'est beaucoup. Ça va le servir et ça va servir tout le monde.»
Éric Forest, lui, se félicite d'être arrivé à concilier l'impatience et le style de Régis Labeaume avec l'attitude plus réservée de certains autres élus.
«L'enjeu, c'était de partir de la position de Régis Labeaume et de celles de maires plus prudents pour ne pas dire timides. On a réussi à dégager un consensus», dit-il.
Ce consensus vaut pour les régimes de retraite. Mais la stratégie des maires est la même pour toute la question du pouvoir et du financement des villes. À la veille du renouvellement du pacte fiscal, les ministres du gouvernement du Québec n'ont visiblement pas fini de voir les nouveaux maires unis se dresser devant eux.
«C'est une culture à changer», soutient Bernard Sévigny. «Depuis toujours, les villes sont traitées comme des créatures du gouvernement du Québec, mais les prochaines années, notre combat est de se faire considérer comme un partenaire du gouvernement qui est capable de prendre des décisions.»