Henri-François Gautrin

Le libéral Gautrin gâche la «journée» de son chef Philippe Couillard

Le libéral Henri-François Gautrin a gâché «la journée» de son chef Philippe Couillard, qui a effectué sa rentrée à l'Assemblée nationale mardi après-midi.
Pendant que ses adversaires au Parti québécois se moquaient de la déconvenue du leader du PLQ, qui a vu son député lui prédire une défaite au scrutin, M. Couillard a martelé devant les journalistes qu'il considère le «dossier clos».
Interrogé d'entrée de jeu sur ce qu'il pensait des propos de son député de Verdun, le leader du Parti libéral du Québec a laissé tomber que M. Gautrin «s'est expliqué. Il n'y a rien d'autre à ajouter.»
M. Couillard a nié que la sortie de M. Gautrin reflète du pessimisme au sein de ses troupes. Il a refusé de s'offusquer de l'analyse de son vétéran qui a concédé, lundi, la victoire à Pauline Marois et même la possibilité que le gouvernement péquiste soit majoritaire.
«J'ai le cap sur l'objectif qui est de débarrasser le Québec de ce gouvernement toxique du PQ, de gagner une élection avec un gouvernement libéral majoritaire et de remettre le Québec sur la voie de la prospérité [et de s'attaquer] aux vrais problèmes qui sont l'économie, l'emploi et les finances publiques», s'est contenté de dire M. Couillard.
Les membres de l'aile parlementaire du PLQ ont affiché un malaise face aux propos de leur collègue Gautrin. Le libéral Pierre Paradis, élu la première fois en 1980, a rappelé qu'il en a entendu des paroles malheureuses au fil des ans. «Il n'y a jamais de bon timing pour cela. Comment dire? C'est la journée de Philippe Couillard. Il posera sa première question comme chef de l'Opposition.»
Deux députées libérales ont aussi tenté de faire diminuer l'embarras au sein de leur formation. Stéphanie Vallée (Gatineau) a plaidé «qu'il y a des petites sorties comme ça qui sont prises hors contexte. Et on fait beaucoup de "fla-fla" autour de ça. M. Gautrin a eu la chance de rectifier ses propos, en fin de soirée, mardi. On peut passer à autre chose?»
Kathleen Weil (Notre-Dame-de-Grâce) s'est bornée à considérer l'acte de contrition que M. Gautrin a publié lundi en fin de journée. «Ce que j'ai compris, c'est que M. Gautrin prévoit la victoire de notre équipe et de notre chef. C'est ce que j'ai vu, moi.»
Le principal personnage de cette controverse s'est brièvement entretenu avec les médias. Non, il n'a pas été mal cité. Mais «l'analyse que j'ai faite, c'était si le vote avait lieu aujourd'hui. Après une campagne électorale, on va gagner», a suggéré celui qui a accédé au Salon bleu en 1989.
Tous les élus libéraux se sont fait un devoir d'annoncer devant les micros qu'ils ne doutent pas que Philippe Couillard dirigera un gouvernement majoritaire, au lendemain de la prochaine élection.
Sans compassion
Les membres du parti gouvernemental en ont profité pour revenir à la charge sur le manque d'ascendant que le leader du PLQ aurait, selon eux, sur sa députation. 
«Il s'est chicané avec Fatima Houda-Pepin», la libérale qui siège comme indépendante après s'être inscrite en faux contre la position du PLQ sur la Charte de la laïcité, a lancé le ministre Pierre Duchesne (Enseignement supérieur). «Et son doyen [M. Gautrin] lui annonce une défaite électorale parce qu'il manque de leadership. M. Couillard, de toute évidence, a de la difficulté à asseoir son autorité.»
Jean-François Lisée (Commerce international, entre autres) a soutenu que les propos de M. Gautrin reflètent «le sentiment qu'on entend [...] chez les libéraux qu'on rencontre. Énormément de déception.
Je me souviens de Lucien Bouchard», dont M. Lisée a été un conseiller. Il «disait que, pour un chef d'opposition, c'est la première semaine qui fait foi. On n'a pas deux chances de faire une première impression», a-t-il asséné, lui qui est l'un des membres influents du cabinet de Pauline Marois.
Le leader de la Coalition avenir du Québec n'a pas attendu lui non plus le premier discours du libéral au Salon bleu pour lancer les hostilités. «Une journée, M. Couillard offre une limousine», a laissé tomber François Legault au sujet d'une allégation formulée par Fatima Houda-Pépin.
«L'autre journée, il se fait dire par un de ses députés que la bataille est perdue. Je pense qu'il va avoir beaucoup de travail. Je lui souhaite la bienvenue à l'Assemblée nationale.» 
Avec la collaboration de Simon Boivin et Jean-Marc Salvet