Avec ce mini-remaniement, Simon Jolin-Barrette devient de facto, à 32 ans, le numéro deux du gouvernement Legault, celui à qui l’on confie les dossiers délicats.

Le dossier de la langue française passe de Nathalie Roy à Simon Jolin-Barrette

Après la laïcité et l’immigration, le premier ministre François Legault s’attaque à un troisième enjeu identitaire en moins d’un an : la promotion de la langue française.

Le premier ministre a procédé mercredi à un mini-remaniement ministériel visant à revoir la gestion du dossier linguistique, en rapatriant au ministère de l’Immigration toutes les activités reliées à la défense de la langue française et à la francisation des immigrants, obligatoire ou non, devenue une des grandes priorités du gouvernement.

Plan de match

Il est trop tôt pour préciser quel plan le gouvernement a en tête. Jusqu’à maintenant, il se bornait à dire qu’il fallait appliquer la loi 101, sans plus. 

Mercredi, M. Legault a évoqué la possibilité de renforcer la loi 101, sans toutefois s’engager à quoi que ce soit.

«On l’exclut pas à ce moment-ci, cela fait partie des réflexions», a observé M. Legault, en conférence de presse.

Dans un premier temps, le premier ministre a donc choisi de retirer ce dossier des mains de la ministre de la Culture, Nathalie Roy, critiquée pour son inaction par les partis d’opposition, pour le confier désormais à Simon Jolin-Barrette, qui conserve ses fonctions de ministre de l’Immigration et de leader parlementaire. De plus, il devra piloter également le dossier de la réforme parlementaire.

L’homme de confiance

M. Jolin-Barrette, qui a défendu au printemps le projet de loi controversé sur la laïcité, devient de facto, à 32 ans, le numéro deux du gouvernement, l’homme de confiance du premier ministre pour les dossiers délicats.

Ces changements rendront le «gouvernement plus fort et plus cohérent», a commenté en conférence de presse le premier ministre, en réaffirmant sa posture «nationaliste».

Le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion se métamorphose donc en ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration.

Fidèle à son habitude, le ministre Jolin-Barrette est demeuré très discret sur ses intentions. Il n’a pas voulu dire s’il allait donner suite à la proposition, qui fait consensus parmi les parlementaires, de créer un poste de Commissaire à la langue française, sorte de chien de garde chargé d’accueillir les plaintes du public.

«Tous les scénarios sont sur la table actuellement», a-t-il indiqué.

«On va avoir un plan d’action musclé, en temps et lieu», a renchéri M. Legault, refusant de s’imposer une échéance.

Obligatoire ou pas?

Il est impossible par ailleurs de savoir si le gouvernement Legault va rendre obligatoire ou non l’apprentissage du français par les nouveaux arrivants.

La francisation obligatoire des immigrants faisait partie des engagements électoraux de la Coalition avenir Québec.

Québec veut aussi rendre obligatoires des tests de français, donc on semble tenir pour acquis que les immigrants n’auront d’autre choix que de suivre des cours. Mais le gouvernement doit d’abord s’entendre avec Ottawa dans ce dossier et tout reste à faire. La réussite du test de français, après trois ans au Québec, serait essentielle pour pouvoir y demeurer et obtenir la citoyenneté.

M. Legault a parlé mercredi de mesures «incitatives» financières pour suivre des cours de français, ajoutant par la suite que son plan d’action contiendrait «un peu des deux», soit des mesures incitatives, d’autres coercitives.

Par ailleurs, deux députés montent en grade, ayant désormais accès aux réunions du conseil des ministres, sans en faire partie intégrante : le whip en chef du gouvernement, Éric Lefebvre, ainsi que le président du caucus, Mario Laframboise.