Les anciens combattants en ont aussi marre de l’instabilité au ministère des Anciens combattants. Au cours des dix dernières années, sept ministres ont défilé à ce poste, sans compter M. Sajjan.

Le départ de Wilson-Raybould attise la colère des anciens combattants

OTTAWA — La démission de la ministre Jody Wilson-Raybould cette semaine a attisé la frustration, la déception et la colère d’anciens combattants qui affirment avoir été ignorés et trahis par le gouvernement Trudeau.

Au cours des dernières élections fédérales en 2015, les libéraux avaient grandement courtisé les anciens militaires canadiens en leur promettant d’améliorer la prestation des services et de rétablir une pension d’invalidité permanente pour les anciens combattants après des années de compressions et d’inaction des conservateurs.

Cette pension, créée pour la première fois après la Première Guerre mondiale, a été supprimée par le gouvernement conservateur bénéficiant de l’appui unanime de la Chambre des communes en 2006 et remplacée par une série de programmes de réadaptation et de compensation financière pour les soldats blessés.

Depuis lors, le gouvernement libéral a compté trois ministres des Anciens combattants en autant d’années: Kent Hehr, Seamus O’Regan et Jody Wilson-Raybould. La prestation de service a été peu améliorée tandis que les engagements au sujet de la pension d’invalidité n’ont pas été respectés.

Certaines prestations ont été augmentées. Le gouvernement Trudeau a aussi dévoilé son propre programme, Pension à vie, qui entrera en vigueur à compter du 1er avril. Pour des vétérans, ce programme est bien en deçà des engagements libéraux.

«On est principalement préoccupé par la trahison que représente le non-respect des engagements de Justin Trudeau en 2015», a souligné le président du Conseil national des associations d’anciens combattants du Canada, Brian Forbes, qui représente plus de 60 groupes d’anciens combattants.

«On le ressent très nettement au sein de la communauté des anciens combattants», a-t-il ajouté.

Le gouvernement libéral est aussi accusé d’avoir ignoré les divers groupes consultatifs ministériels et autres mécanismes mis en place après les élections de 2015 pour solliciter les réactions des anciens combattants au sujet de leurs besoins et de leurs préoccupations.

Les anciens combattants étaient déjà mécontents avant que le ministère ne soit confié à Mme Wilson-Raybould, en remplacement de M. O’Regan, le 14 janvier.

Dans la foulée de la démission de Mme Wilson-Raybould, à la suite de la controverse entourant d’éventuelles poursuites judiciaires contre la firme SNC-Lavalin, de nombreux anciens combattants ont le sentiment d’avoir été oubliés. En attendant, la responsabilité de ce ministère a été confiée temporairement au ministre de la Défense Harjit Sajjan.

«C’est comme si les anciens combattants étaient la dernière priorité de cette histoire», a déploré Aaron Bedard, un vétéran de la guerre en Afghanistan qui avait mené une bataille judiciaire infructueuse contre le gouvernement pour rétablir l’ancienne pension d’invalidité. «Nous n’avons plus de ministre des Anciens combattants.»

Les anciens combattants en ont aussi marre de l’instabilité au ministère des Anciens combattants. Au cours des dix dernières années, sept ministres ont défilé à ce poste, sans compter M. Sajjan.

Cela en soi crée des difficultés, a soutenu Scott Maxwell, directeur général de Wounded Warriors Canada, un organisme à but non lucratif qui aide les anciens militaires ayant des problèmes de santé mentale, car les nouveaux ministres prennent du temps à se retrouver dans les dossiers.

«Cela rend juste le travail difficile»,a avancé M. Maxwell dans une interview au début du mois, avant la démission de Mme Wilson-Raybould. Pour nous, c’est comme un obstacle dont on doit tenir compte.

Sans oublier que l’arrivée de Mme Wilson-Raybould a été perçue par de nombreux observateurs comme une rétrogradation pour elle.

«Quand on dit qu’on est rétrogradé et envoyé au ministère des Anciens combattants, c’est une gifle pour nous, a dit un ancien de la guerre d’Afghanistan, Daniel Tremblay. Cela devrait être une promotion, pas une rétrogradation. De cette façon, on sera sûr que cette personne voudra être à ce poste et prendra soin de nous.»

Il est difficile d’évaluer l’incidence des préoccupations des anciens combattants sur les élections fédérales, étant donné qu’ils sont dispersés dans tout le pays, mais des preuves anecdotiques laissent entendre que nombreux d’entre eux ont voté libéral en 2015, principalement à cause de la promesse d’une pension d’invalidité.

Cela risque de changer en octobre, mais qui en profitera ?

Plusieurs tiennent encore rigueur aux conservateurs pour les coupes survenues sous le gouvernement Harper.

«Le dossier est mal géré depuis une décennie ou plus», a rappelé David MacLeod, un ancien combattant de la Nouvelle-Écosse, qui a été contraint de quitter l’armée en 2010 pour des raisons de santé. En raison de cette mauvaise gestion, je ne soutiendrai aucun des principaux partis politiques au cours des prochaines élections. Je voterai pour l’un des plus petits partis ou un candidat indépendant crédible.