«Si le Parti libéral du Québec est réélu, il n'a jamais été trop, trop fort pour défendre le Québec» - Jean Allaire

Le cofondateur de l'ADQ «inquiet» du monde politique

Jean Allaire ne déborde pas d'optimisme sur les chances au prochain scrutin de la Coalition avenir Québec (CAQ), héritière de l'Action démocratique du Québec (ADQ) qu'il a cofondée, il y a exactement 20 ans, avec Mario Dumont.
Joint lundi à son domicile à Laval, en banlieue de Montréal, le vieux routier de la politique québécoise a refusé de se dire pessimiste. Par contre, «je suis inquiet de ce qui se passe dans le monde politique», a-t-il laissé tomber à la toute veille du déclenchement des élections par la première ministre Pauline Marois.
M. Allaire s'est dit «inquiet» que le Parti québécois conserve le pouvoir, comme le prédisent les sondages. Parce que ce gouvernement «fait des annonces avec des millions de dollars que nous n'avons pas».
Et tout aussi «inquiet» que la formation de Philippe Couillard puisse l'emporter. «Si le Parti libéral du Québec [PLQ] est réélu, il n'a jamais été trop, trop fort pour défendre le Québec», une raison qui l'avait amené à quitter le PLQ, a-t-il souligné.
Jean Allaire s'est rappelé que le congrès de fondation de l'ADQ a eu lieu en mars 1994. Il n'entretient aucune amertume envers la CAQ, qui a finalement absorbé, en 2011, le parti qu'il avait mis sur pied, et envers son leader François Legault.
Il y a quelques mois, il s'était montré critique de la position défendue par l'équipe de M. Legault dans le dossier de la charte de la laïcité. En entrevue, il continue d'affirmer qu'il faut mettre de l'avant des balises claires en matière d'accommodements religieux.
«Un texte de conquête et de violence»
Il répète volontiers que le Coran «est un texte de conquête et de violence. Je ne dis pas que tous les musulmans sont des extrémistes. Mais ils sont dans la possibilité d'être instrumentalisés par des extrémistes au nom d'Allah et faussement au nom du Coran».
Mais il estime que s'il y a un parti qui pourrait sentir un effet «charte», c'est le PLQ, qui «ne veut pas se mouiller». Si les observateurs «peuvent chipoter sur les détails», il estime que la population ne fait pas «beaucoup de différence» entre le point de vue défendu par la CAQ, qui veut limiter l'interdiction de signes religieux ostentatoires aux figures d'autorité, et le PQ, qui veut le faire pour tout serviteur de l'État.
Jean Allaire a hésité avant de commenter la situation à la CAQ. Au fil de l'entretien, il est apparu qu'il ne renie pas et la Coalition, et son chef.
De François Legault, il a laissé entendre que «c'est un homme qui est droit, pas un comploteur avec la langue de bois. [...] Tant qu'il dit la vérité, on ne peut rien lui reprocher», a-t-il dit au sujet du caquiste qui a dénoncé les 400 millions $ versés par le gouvernement pour une cimenterie à Port-Daniel et les fonds investis «en pure perte» pour des éoliennes dans la même région. Sur le méga-investissement de Port-Daniel, «M. Legault a raison. Personne ne pourra dire qu'il a menti».
De la CAQ, il a fait valoir qu'elle a une «bonne approche», notamment dans le dossier du pétrole. M. Allaire en a profité pour réitérer des propos qu'il véhiculait du temps de l'ADQ : la dette du Québec est une menace pour les générations futures.
Toutes ces positions ne semblent pas garantir le vote des électeurs, a-t-il convenu. Jean Allaire a cependant affirmé qu'il ne croit pas que la CAQ s'apprête à livrer sa bataille de la dernière chance. «Je suis plus batailleur que ça», a-t-il répondu en prêtant la même pugnacité aux membres de la Coalition. «Il y a des gens de qualité là-dedans. Je suis persuadé qu'ils vont passer à travers.»
Âgé de 84 ans, M. Allaire a indiqué qu'il militera lors de la prochaine campagne électorale «si on me le demande. Je n'ai jamais été sourd à l'appel des trompettes» de la politique, a-t-il blagué.