À moins que le gouvernement Marois convoque les Québécois aux urnes d'ici là, le budget de Nicolas Marceau sera soumis au débat des élus de l'Assemblée nationale à partir du 11 mars.

Le budget Marceau lance la campagne électorale

Le Parti québécois partira en campagne électorale avec le budget 2014-2015 du ministre Nicolas Marceau sous le bras. L'affaire est entendue : les libéraux et les caquistes ont d'ores et déjà annoncé qu'ils n'appuieront pas cet exercice. Le déclenchement des élections est désormais inévitable.
En campagne électorale, les candidats péquistes défendront la nécessité de hausser le tarif des services de garde à 9 $. Sans doute plus délicat pour eux : ils devront démontrer la crédibilité du «déficit zéro» promis pour dans deux ans.
Dans le budget qu'il a présenté jeudi, le titulaire des Finances du Québec ne change pas d'un iota ses cibles de déficit, malgré le grand scepticisme affiché mercredi par le vérificateur général du Québec, Michel Samson.
Nicolas Marceau maintient que le manque à gagner sera de 2,5 milliards $ pour l'année en cours et de 1,75 milliard $ en 2014-2015. Il garantit que l'équilibre budgétaire sera atteint en 2015-2016.
«Ce gouvernement cache la réalité, a décoché le chef libéral, Philippe Couillard. Il veut fuir en élections avant que la vérité n'apparaisse.»
Il lui reproche de ne pas présenter le détail des dépenses gouvernementales par calcul politique. Le Québec «vient d'assister au lancement de la campagne électorale», a-t-il dit.
Pour le chef caquiste, François Legault, les familles de la classe moyenne sont «les grandes perdantes» de ce budget. Elles devront encaisser une hausse des tarifs d'Hydro-Québec et des services de garde, se désole-t-il.
Désireux d'enfoncer le clou, MM. Couillard et Legault ont tous deux glissé que les déficits auraient été plus élevés sans les transferts fédéraux.
«C'est le budget dont le Québec a besoin», a affirmé Nicolas Marceau. Il parle d'une «approche responsable» et équilibrée. Il récuse les termes de «compression» et d'«austérité» qu'emploie Québec solidaire.
«L'austérité serait de couper de façon drastique dans les dépenses. On n'est pas là-dedans.»
DES REVENUS EN PLUS
Annonce phare du budget : le dégel du tarif des services de garde. Il passera de 7 $ à 8 $ à compter de septembre et à 9 $ l'année suivante - si le Parti québécois est réélu, comme l'indiquent les sondages. La tarification serait par la suite modulée à l'inflation.
En campagne électorale, les libéraux dénonceront un «choc tarifaire». Ils se déclareront partisans d'une simple indexation.
Pour renflouer la caisse gouvernementale, le ministère desFinances promet d'accentuer la lutte contre l'évasion fiscale. Après les restaurants, des «modules d'enregistrement» seront implantés dans les bars.
LA COLONNE DES DÉPENSES
Le gouvernement veut limiter la croissance des dépenses à 2 % pour l'année fiscale 2014-2015 et les deux suivantes. Un réel défi. Les dépenses croissent généralement de 4,4 % par année.
Les 938 millions $ de plus dont bénéficiera le réseau de la santé équivalent à une hausse de 3 %. Le secteur de l'éducation aura aussi 3 %. Les autres ministères devront se débrouiller avec une baisse générale de 0,8 %; encore là, si le budget est adopté un jour.
Les employés de l'État devront faire leur part, a prévenu Nicolas Marceau. S'il est réélu, son gouvernement tentera de parvenir à un accord avec les 430 000 salariés liés à l'État. L'entente devra tenir compte «de la capacité de payer des contribuables».
L'explosion de la rémunération des médecins devra aussi être contenue. Le gouvernement veut étaler les augmentations prévues.
Une «réingénierie» qui ne porte pas son nom paraît aussi se dessiner, du moins dans les intentions formulées. L'équipe ministérielle entend «évaluer l'efficacité de l'organisation et des modes de prestation des services offerts à la population».
Pour le réseau de la santé, le gouvernement souhaite passer d'un mode de financement basé sur «l'historique» de chaque entité à un mode d'allocation des ressources axé sur les soins réellement prodigués aux patients.
Grâce à un éventuel regroupement de commissions scolaires, il espère générer des économies d'au moins 125 millions $ dans les structures.
L'EMPLOI
Le ministre Marceau a mis l'accent sur les réalisations de son gouvernement; des récentes prises de participation dans des entreprises pétrolières jusqu'à la politique Priorité emploi.
Il s'est félicité de l'interventionnisme de son gouvernement, qui a soutenu des investissements dont le montant total atteint près de 13,5 milliards $.
Le budget présente par ailleurs différentes mesures éparses. Mentionnons la volonté de sauvegarder le maximum de sièges sociaux au Québec, la construction de 3250 nouveaux logements abordables et la mise en place de la Stratégie culturelle numérique, dotée de 150 millions $.
Il ne contient rien pour les mères monoparentales bénéficiant de l'aide sociale, dont les revenus sont amputés de la pension alimentaire qu'elles reçoivent pour leurs enfants - et ce, malgré une motion votée par tous les députés de l'Assemblée nationale, y compris ceux du Parti québécois.
Quelques chiffres à noter : en 2014-2015, les dépenses de l'État devraient s'élever à 85,7 milliards $ - à 96,7 milliards $ si l'on prend en compte les intérêts à payer sur les emprunts.
En hausse de 8,3 %, la péréquation canadienne grimpera à 16,9 milliards $ l'an prochain.
La dette brute du Québec poursuit son inexorable ascension. Elle s'élèvera à 198 milliards $ à la fin de l'année.
*************
Les munitions de Pauline Marois
Pauline Marois a obtenu les munitions qu'il lui fallait, maintenant que les partis d'opposition ont confirmé qu'ils voteront contre le budget 2014-2015. La première ministre n'attendra pas que son équipe soit renversée pour précipiter tout le monde en campagne électorale. Voilà pourquoi elle devrait avoir convoqué les Québécois aux urnes avant que le budget soit soumis au vote des élus de l'Assemblée nationale, le mardi 18 mars. Le débat sur ce sujet est censé s'amorcer peu après le 11 mars, au retour de la relâche parlementaire ayant débuté jeudi soir. Tout comme Mme Marois, Philippe Couillard et François Legault ne patienteront pas jusqu'au coup d'envoi officiel pour aller à la rencontre des Québécois. Ils sillonneront le Québec dès vendredi.