Marc Bibeau, ex-argentier du Parti libéral du Québec

L'avocat de Bibeau se défend d'avoir retardé l'enquête Mâchurer

Prétendre que Marc Bibeau, l'ex-argentier du Parti libéral du Québec, est responsable d'avoir retardé l'enquête Mâchurer est carrément faux, selon un de ses avocats.
Dans un échange de courriels avec La Presse canadienne vendredi, Me Jean-Philippe Groleau, du cabinet montréalais Davies, Ward, Phillips & Vineberg, a tenu à mettre au clair certaines informations.
Il a réagi aux manchettes qui affirment que son client a retardé l'enquête de l'Unité permanente anticorruption (UPAC) en invoquant l'arrêt Lavallée.
Or, selon Me Groleau, c'est plutôt le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) qui a déposé la requête judiciaire de type Lavallée.
«La procédure Lavallée a été initiée par le DPCP, et non par M. Bibeau, afin d'obtenir accès à des documents saisis qui ont été mis sous scellé», a déclaré Me Groleau.
D'après lui, tous reconnaissaient que l'UPAC n'avait aucun droit de consulter les documents protégés par le secret professionnel. «La procédure Lavallée vise donc à extraire les documents protégés par le secret professionnel du lot de documents que l'UPAC pourra consulter. Il s'agit là d'une procédure qui est tout sauf exceptionnelle : elle a lieu dans pratiquement chaque dossier où une grande quantité de courriels et autres documents informatiques sont saisis», a-t-il dit.
Diligence
Me Groleau a poursuivi en affirmant que son cabinet avait offert au DPCP «une collaboration de tous les instants» dans le cadre de la procédure Lavallée qu'il avait amorcée.
«Nous avons toujours répondu avec une très grande diligence à leurs demandes», a-t-il soutenu.
Par contre, il y a eu mésentente sur un point : les avocats de M. Bibeau se sont opposés à ce que le tri d'informations soit fait par un corps policier.
«Nous avons alors nous-mêmes suggéré au DPCP et à la cour de plaider sur cette question par écrit, et non oralement, pour accélérer la procédure», a rapporté Me Groleau.
Les tribunaux ont finalement rejeté la position du camp Bibeau. «Ça se produit parfois. La procédure suit donc son cours et nous collaborons avec les procureurs du DPCP pour faire avancer les choses», a conclu l'avocat.
«Anguille sous roche»
N'empêche, à Québec, les partis d'opposition n'ont pas vu les choses du même oeil.
M. Bibeau a utilisé des tactiques de «finfinaud», selon le député de Québec solidaire Amir Khadir, qui ont retardé le processus d'enquête pendant trois ans.
«C'est vraiment trop long, a-t-il dit dans un courriel. C'est inacceptable quand il s'agit d'un dossier aussi urgent et sensible.»
Du côté de la Coalition avenir Québec, on croit aussi que M. Bibeau a cherché à retarder l'enquête.
«Écoutez, tout le monde connaît l'importance de M. Bibeau au Parti libéral du Québec. S'il tente de faire bloquer l'enquête, de cacher ses courriels et toutes ses notes informatiques, c'est signe qu'il y a anguille sous roche», a réagi le député caquiste André Spénard, en entrevue téléphonique.
«Je ne vous dis pas qu'il est coupable, je ne vous dis pas qu'il est non coupable, mais disons que mes soupçons se renforcent», a-t-il ajouté.
Déblocage
L'enquête Mâchurer porte sur le financement politique et l'octroi de contrats publics. Elle vise notamment M. Bibeau et l'ancien premier ministre du Québec Jean Charest.
Jeudi, le grand patron de l'UPAC, Robert Lafrenière, a affirmé à l'Assemblée nationale que l'enquête avait pu débloquer récemment grâce à une décision de la Cour suprême. Il a promis de la mener à terme.
«Il y a quelques semaines, on a commencé à mettre en place un processus avec un ami de la cour pour aller dans cette banque de données - qui va nous apporter du plus pour bien ficeler l'enquête Mâchurer», a-t-il dit.
M. Spénard a dit attendre avec impatience la fin de l'enquête. «Lorsqu'on ramasse à peu près 10 $ millions par année durant une dizaine d'années, je m'attends à savoir comment l'argent a été ramassé, s'il y a eu des systèmes de prête-noms, si ça a été des dons illégaux et où l'argent est allé aussi», a-t-il dit.