André Lamontagne a convoqué les médias, lundi matin à Montréal, pour «faire le point sur le congédiement d’un employé» du MAPAQ.

Lanceur d'alerte congédié: le ministre Lamontagne reconnaît son erreur

MONTRÉAL — Le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation a reconnu avoir fait une erreur en endossant le congédiement d’un lanceur d’alerte.

André Lamontagne a convoqué les médias, lundi matin à Montréal, pour «faire le point sur le congédiement d’un employé» du MAPAQ. Il a en fait qualifié la décision «d’administrative» et a demandé à la protectrice du citoyen d’ouvrir une enquête.

Le ministre demande que l’enquête vérifie si le processus encadrant le congédiement a été respecté, que les droits de l’agronome Louis Robert ont été respectés et qu’il n’a pas fait l’objet de représailles liées à ses dénonciations.

«J’ai fait une erreur, la semaine dernière, lorsqu’en point de presse j’ai pris sur mes épaules le poids de cette décision qui, en réalité, était une décision administrative», a admis le ministre Lamontagne.

Le politicien affirme que dans le feu de l’action, ses réflexes d’entrepreneur ont ressurgi et qu’il est «allé au bâton» pour défendre son équipe à la direction du MAPAQ.

«Dans les faits, je n’ai ni congédié ni autorisé le congédiement de M. Robert», a rectifié le ministre en reconnaissant que, selon les règles de fonctionnement, il n’est pas le patron des employés du ministère.

Du même coup, comme le ministre n’embauche pas et ne congédie pas, André Lamontagne soutient qu’il n’a pas l’autorité de redonner ses fonctions à l’agronome.

Afin de préciser le fil des événements, le ministre a expliqué avoir été mis au fait de la sanction qui serait appliquée à Louis Robert. Il dit avoir demandé des détails sur le processus.

Selon le ministre, ce sont des gens du ministère de l’Emploi, assistés par d’autres fonctionnaires du Trésor et de la Justice, qui ont évalué le dossier de l’employé et ultimement recommandé son congédiement.

«Ce processus m’est apparu rigoureux et empreint de précautions», a-t-il jugé.

Expert dans le secteur des grains, Louis Robert avait dénoncé l’ingérence du privé dans la recherche publique sur l’usage des pesticides.

Il a été limogé le 24 janvier pour avoir transmis un document confidentiel à un journaliste, ainsi que pour avoir contrevenu à ses obligations de discrétion, selon la lettre de congédiement rendue publique.

Confiance du public

Le ministre André Lamontagne n’a pas précisément demandé à la protectrice du citoyen d’enquêter sur les allégations du lanceur d’alerte, mais il espère qu’elle le fera.

Face à la tourmente, le ministre a dit «comprendre que la confiance du public puisse être ébranlée» envers la loi adoptée en 2017 dans le but de protéger les lanceurs d’alerte.

En vertu de la loi actuelle, une personne peut choisir de communiquer les renseignements au responsable du suivi des divulgations de son ministère ou au Protecteur du citoyen.

Le CÉROM doit rendre des comptes

En ce qui concerne les révélations inquiétantes du lanceur d’alerte, le ministre affirme avoir demandé au MAPAQ de demander des comptes au Centre de recherche sur les grains (CÉROM).

Selon l’agronome réputé Louis Robert, les chercheurs feraient l’objet de pressions et même d’intimidation de la part du secteur privé. De nombreux experts ont d’ailleurs déserté le CÉROM au cours des dernières années.

André Lamontagne avance être prêt «à tirer la plogue» sur le financement public versé à l’organisme si celui-ci ne respecte pas trois critères qu’il juge fondamentaux. Le ministre insiste que le CÉROM doit montrer patte blanche en matière d’utilisation des fonds publics, d’indépendance scientifique de ses chercheurs et de règles de gouvernance.

«Le MAPAQ accorde son financement de manière annuelle en demandant au CÉROM des engagements. On n’est pas dans une situation où on va s’engager pour des années», a-t-il dit. Parmi les récriminations de l’agronome Louis Robert, il y a les déclarations publiques formulées par le président du CÉROM, Christian Overbeek, qui est aussi président des Producteurs de grain du Québec.

Contrairement aux conclusions tirées par les propres chercheurs de son organisme et celles de centaines d’autres chercheurs dans le monde, M. Overbeek a minimisé, par le passé, le danger des pesticides néonicotinoïdes.

Le ministre Lamontagne a dit s’interroger «sur le bien-fondé» de certaines déclarations passées et ajouté que cela va faire partie des questions posées à l’organisme.

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