Le vétéran Simon-Pier Auclair Walsh estime que Régis Labeaume va trop loin lorsqu'il dit que le fédéral «s'occupe mal de ses soldats».

L'aide est là, mais trop tard, disent des vétérans

«Avant qu'il se passe quelque chose, la personne a le temps de se suicider.»
Même s'il est convaincu qu'Ottawa veut aider ses vétérans souffrant de stress post-traumatique, Danyl Dugas juge «qu'il y a une faille quelque part» faisant en sorte que plusieurs perdent la vie avant de recevoir les services nécessaires. Et comme plusieurs de ses ex-camarades d'arme, il croit que celle-ci est essentiellement bureaucratique. 
La sortie de Régis Labeaume sur le traitement que réserve le gouvernement fédéral aux vétérans et leur taux de suicide élevé dans la région l'interpelle puisque l'ancien sergent qui a tiré sa révérence des Forces armées canadiennes en 2013 a perdu beaucoup d'amis. Et il est lui-même ressorti psychologiquement très affecté par ses quatre missions en Afghanistan. «La dernière était de trop. J'aurais dû dire non», admet celui qui était basé à Valcartier depuis 2002. 
Il hésite cependant à appuyer les propos du maire de Québec lorsque celui-ci affirme que les vétérans «n'ont pas de soutien». «C'est délicat, avance-t-il d'abord. Le gouvernement essaie», renchérit M. Dugas. Puis, il fait valoir qu'encore aujourd'hui, plusieurs années après la fin de la mission en Afghanistan et d'autres comme celle en Bosnie, des soldats en service ou des vétérans découvrent qu'ils sont malades. 
Longue attente d'admission
Souffrant, ils cherchent à obtenir le soutien nécessaire. «Pour entrer dans le système, c'est très difficile. Mais une fois dans la roue, là c'est correct. On a accès à des psychologues, des psychiatres. Et s'ils voient que c'est urgent, ils nous envoient en thérapie», témoigne Danyl Dugas. 
Simon-Pier Auclair-Walsh partage son point de vue. «C'est sûr que les procédures peuvent être longues avant de recevoir l'aide. Ça peut prendre plusieurs mois», admet celui qui reçoit des services psychologiques depuis 2013. Mais il estime que Régis Labeaume va trop loin lorsqu'il dit que le fédéral «s'occupe mal de ses soldats». 
«Je le trouve un peu dans le champ. Je ne sais pas où il prend ses informations», se demande M. Auclair-Walsh qui témoigne être très bien suivi pour ses problèmes. Il explique qu'Ottawa paye non seulement sa médication et ses traitements, mais aussi l'essence pour se déplacer à ses rendez-vous, et ce, en plus d'une indemnité mensuelle. «Si tu admets que tu as un problème, ils sont là à 100 %», affirme l'ex-militaire. 
Jonathan Wade juge pour sa part que M. Labeaume a raison. «Mais pas à cause des services, mais plutôt en raison de la lourdeur administrative et le temps d'attente interminable pour avoir des réponses. C'est pourquoi beaucoup abandonnent leurs procédures», regrette le vétéran qui commente les actualités militaires sur son blogue.
L'ancien conseiller municipal, Laurent Proulx, a servi dans l'armée pendant cinq ans. S'il n'a pas goûté lui-même à la bureaucratie du ministère des Anciens combattants, il témoigne avoir beaucoup d'amis qui en ont fait les frais. «Le support n'est pas adéquat, il manque de personnel qualifié en première ligne», dénonce celui qui appuie à 100 % les propos de son ancien patron «mais pas parce que c'est le maire qui l'a dit, mais parce que c'est vrai!»
Aussi pour ceux ayant des blessures physiques
«Quand il faut que tu expliques 100 fois en quoi avoir une amputation du genou constitue un handicap permanent, c'est qu'il y a un problème», illustre M. Proulx. Nathalie Gauthier fait partie des vétérans qui ont accroché leur uniforme en raison d'une blessure physique. «Je ne dirais pas que nous sommes abandonnés, mais il y a des énormes lacunes au niveau de la paperasse et des délais», soutient-elle. 
Mme Gauthier a des problèmes aux chevilles et aux genoux. Pour recevoir des dédommagements en lien avec des traitements reçus, elle a soumis quatre «piles de 8 à 10 pages chacune» à son médecin qui a finalement déclaré forfait devant autant de bureaucratie. Elle aussi a abandonné, décidant de s'organiser seule tant il était difficile et compliqué d'obtenir les sommes dues. «La lourdeur du processus c'est l'enfer», résume-t-elle. 
En avril, Le Soleil rapportait que le nombre de vétérans ayant été dirigé vers les cliniques spécialisées pour traumatismes liés au stress opérationnel avait bondi de 110 % entre 2006 et 2017 au Canada. Celle de Québec, située à L'Ancienne-Lorette, est la plus achalandée du pays et aide environ 1200 clients. L'établissement doit d'ailleurs déménager afin d'accueillir davantage de patients.
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Duclos répond à Labeaume
Le ministre fédéral Jean-Yves Duclos ne partage pas les propos du maire de Québec, Régis Labeaume, selon lesquels Ottawa ne se préoccupe pas de ses soldats. 
Par l'intermédiaire de son attachée de presse, M. Duclos a répondu à M. Labeaume qui a affirmé mercredi en marge de l'annonce d'un match amical de baseball dont les profits iront à la Fondation des Amis de l'Aviation royale du Canada que le gouvernement s'occupait mal de ses vétérans. Pour appuyer ses dires, le maire a cité le nombre «effarant» de suicides de militaires à Québec depuis dix ans et ceux ayant des problèmes de syndrome post-traumatique. 
«Les militaires sont très importants aux yeux du ministre fédéral Jean-Yves Duclos et du gouvernement fédéral», a soutenu Émilie Gauduchon. Elle souligne que le titulaire du ministère de la Famille, des Enfants et du Développement social prend en considération les vétérans dans toutes ses politiques sociales, que ce soit la nouvelle stratégie sur le logement ou encore la lutte à l'itinérance. D'ailleurs, un représentant des vétérans a été nommé pour siéger sur le comité aviseur de cette dernière politique en préparation, fait valoir Mme Gauduchon. 
Celle-ci met également de l'avant les initiatives prises par les libéraux depuis qu'ils sont au pouvoir, dont les neuf bureaux de vétérans qui ont été ouverts au pays, l'aide apportée aux militaires dans le Nord ou les mesures de transition mises en place pour aider les soldats à transiter vers la vie civile. «M. Duclos va souvent à Valcartier, renchérit l'attachée de presse qui ajoute qu'il sera également présent lors du match de baseball qui se tiendra au stade des Capitales le 19 août. 
«Il a raison de dire qu'on peut toujours faire plus et mieux, mais le gouvernement est là pour les militaires», conclut Émilie Gauduchon.