Les 10 députés de Québec solidaire ne sont pas unanimes sur la question du port de signes religieux. À la demande d’associations de circonscription, le parti s’engage dans une réflexion interne à ce sujet qui pourrait le mener à revoir sa position sur la laïcité.

Laïcité: QS pourrait revoir sa position

EXCLUSIF / Québec solidaire pourrait revoir sa position sur la laïcité et s’opposer finalement à toute interdiction concernant le port de signes religieux chez les figures de coercition identifiées par la Commission Bouchard-Taylor il y a 10 ans.

À la demande d’associations de circonscription, Québec solidaire s’engage dans une réflexion interne à ce sujet, a appris Le Soleil. Elle culminera lors d’un Conseil national du parti qui se déroulera en mars. Il portera sur cette question qui ne cesse de faire débat et susciter des polémiques, ici et ailleurs.

Ces associations de circonscription de QS estiment que proposer d’interdire le port de signes religieux chez les juges, les policiers, les procureurs de la Couronne et les gardiens des centres de détention du Québec, comme le préconisait la Commission Bouchard-Taylor, va trop loin et brime les droits et libertés de la personne.

C’est pourtant la position officielle du parti depuis de nombreuses années. En 2013, la députée Françoise David, qui a quitté la vie politique depuis, avait présenté à l’Assemblée nationale un projet de loi au nom de son parti visant à interdire «le port de signes religieux chez les personnes qui exercent un pouvoir de coercition au nom de l’État (juges, policiers, procureurs, gardiens de prison)».

Depuis, Québec solidaire a toujours présenté cette position comme un «compromis» susceptible de rallier les Québécois. Le désormais ex-gouvernement de Philippe Couillard a cependant toujours refusé d’aller jusque-là, tandis que le Parti québécois et la Coalition avenir Québec ont toujours préconisé d’aller plus loin — le parti de François Legault a ajouté à cette liste les enseignants des écoles primaires et secondaires du réseau public.

Attention! dit le député solidaire Andrés Fontecilla, responsable des dossiers d’immigration, d’interculturalisme (et de logement) au sein de son parti. Rien ne permet d’affirmer à ce stade-ci que la position du parti changera au terme de la réflexion et du débat qui s’amorcent.

Mais c’est un fait qu’«on veut revisiter toute cette question», dit-il.

Compromis vacillant

M. Fontecilla note que le «compromis» que véhicule son parti date maintenant de plusieurs années et confesse qu’«on n’est plus certain qu’il soit encore valable».

«Certaines de nos associations considèrent que le rapport Bouchard-Taylor constitue une position discriminatoire qui empêche certaines minorités d’avoir accès à certaines fonctions liées à l’État. On va faire le débat pour voir ce que tous en pensent au sein du parti.»

Il n’y a pas que «des associations» qui vacillent. Les 10 députés de Québec solidaire ne sont pas unanimes sur la question du port de signes religieux.

Un autre interlocuteur de QS a tenu à faire remarquer au Soleil que l’un des deux auteurs du rapport Bouchard-Taylor, Charles Taylor, n’appuie lui-même plus les recommandations qu’il a faites en 2008.

Stigmatisation

Pour l’heure, Québec solidaire est toutefois unanime à pourfendre la volonté de la Coalition avenir Québec d’interdire le port de signes religieux chez les enseignants. «On craint une stigmatisation des femmes musulmanes portant le hijab, explique Andrés Fontecilla. Cela nous paraît inacceptable et mauvais pour le climat social d’aller dans cette direction.»

«On est très préoccupés par cette volonté du gouvernement Legault, qui reviendrait à interdire à ces femmes le droit au travail. Nous allons nous opposer à toute tentative de discriminer qui que ce soit.»