Mme LeBel refuse de s'exprimer depuis le dépôt en mars de la pièce législative, qui vise notamment à interdire le port des signes religieux aux employés de l'État en position d'autorité et aux enseignants.

Laïcité: le PLQ dénonce le silence de la ministre Lebel

L'opposition libérale exige que la ministre de la Justice, Sonia LeBel, fasse connaître les circonstances exceptionnelles qui justifient le recours à la clause dérogatoire dans le projet de loi sur la laïcité.

Mme LeBel refuse de s'exprimer depuis le dépôt en mars de la pièce législative, qui vise notamment à interdire le port des signes religieux aux employés de l'État en position d'autorité et aux enseignants.

Aux journalistes qui l'ont questionnée, celle qui est également Procureure générale du Québec a fait valoir que sa position consisterait en un avis juridique et que pour cette raison, elle devait exercer son devoir de réserve.

Le porte-parole libéral en matière de justice, Marc Tanguay, trouve inacceptable ce silence. Il a profité de la période des questions, jeudi, pour lancer avec ironie un avis de recherche. «Où est la ministre de la Justice, première conseillère du gouvernement notamment en matière de droits et libertés?» s'est-il exclamé.

Selon lui, Mme LeBel, en tant que gardienne des droits et libertés des Québécois, doit déconseiller au gouvernement d'appliquer la clause dérogatoire pour soustraire le projet de loi à d'éventuelles contestations judiciaires.

«Le recours à la cause dérogatoire, même appliquée de manière ciblée, c'est un geste grave qui doit être justifié par des circonstances exceptionnelles», a souligné Marc Tanguay.

«La ministre de la Justice peut-elle nous instruire sur les circonstances exceptionnelles qui feraient présentement rage au Québec et qui justifieraient la mise au rancart de nos droits et libertés?»

C'est plutôt le ministre de l'Immigration qui pilote le dossier de la laïcité, Simon Jolin-Barrette, qui s'est levé, jeudi, pour répondre aux questions de l'opposition.

Il a plaidé que la clause dérogatoire a été utilisée à de multiples reprises au fil des ans par les gouvernements libéraux et péquistes. Elle serait nécessaire dans ce cas-ci pour donner aux élus, et non aux tribunaux, le pouvoir de gérer la relation entre l'État et les religions.

Cette sortie de Marc Tanguay, jeudi, coïncidait avec la fin des consultations particulières sur le projet de loi 21, alors que les députés sont à penser à la prochaine étape, l'étude détaillée, qui pourrait se terminer abruptement avec un bâillon le 14 juin.

Dans ce contexte, l'avis de la ministre de la Justice paraît des plus pertinents aux yeux des libéraux. Québec solidaire (QS) et le Parti québécois (PQ) ont également déploré que Mme LeBel se soit enfermée dans le mutisme.

«La ministre de la Justice est pourtant directement concernée. Elle est la jurisconsulte du gouvernement. Elle est responsable de l'application de la Charte. Elle est également responsable des juristes de l'État qui sont concernés par l'interdiction de signes religieux», a écrit la députée péquiste Véronique Hivon dans un tweet.

Projet de loi «sexiste», selon la FFQ

Parmi les derniers témoignages jeudi, celui de la Fédération des femmes du Québec (FFQ), qui est venue dire à M. Jolin-Barrette qu'elle trouvait le projet de loi «fondamentalement sexiste».

La présidente de la FFQ, Gabrielle Bouchard, a déclaré que le projet de loi 21 visait particulièrement les femmes et ne respectait pas leur choix.

«Ce sont nos corps, ce sont nos vies, ce sont nos choix», a-t-elle dit.

Idil Issa, une jeune femme noire de confession musulmane qui accompagnait Mme Bouchard, a abondé dans le même sens. Selon elle, le Québec est en train de mettre en place un nouveau plafond de verre qui empêchera certaines femmes musulmanes d'obtenir des postes d'autorité ou de devenir enseignantes.

«J'ai l'intention de briser ce plafond de verre que vous êtes en train de construire. (...) Monsieur le ministre, j'aurai une position d'autorité», a-t-elle déclaré en regardant Simon Jolin-Barrette.

Le ministre avait soutenu la veille que le projet de loi s'appliquait de manière égale aux hommes, aux femmes et aux croyants de toutes les religions.

Jeudi, son gouvernement a refusé de débattre d'une motion de QS qui demandait à ce qu'une analyse différenciée selon les sexes soit effectuée, afin de mesurer l'impact potentiel du projet de loi 21 sur les femmes.