Le gouverneur général, David Johnston (à gauche) en compagnie de l'Aga Khan, mardi lors de la cérémonie d'inauguration à Ottawa d'un nouvel établissement pour le Centre mondial du pluralisme.

L'Aga Khan de retour à Ottawa pour l'inauguration de son nouveau centre

L'Aga Khan était de retour à Ottawa, mardi, pour inaugurer le siège d'une organisation internationale qui se présente comme un remède au populisme et à l'intolérance dans le monde.
Mais le riche philanthrope et chef spirituel des musulmans chiites ismaéliens n'a pas dit un mot sur le voyage en hélicoptère qu'il a offert au premier ministre Justin Trudeau pendant ses vacances des Fêtes.
L'Aga Khan, âgé de 80 ans, s'est concentré sur l'ouverture d'un nouvel établissement pour le Centre mondial du pluralisme - à la fois un groupe de réflexion et de militantisme - dans un édifice du centre-ville d'Ottawa situé sur la promenade Sussex.
John McNee, le secrétaire général du centre, est bien au courant de la controverse qui s'est propagée au Parlement dans les derniers mois. Le premier ministre Trudeau a été critiqué de toutes parts pour avoir accepté de monter à bord de l'hélicoptère privé de l'Aga Khan pour se rendre sur son île privée aux Bahamas.
Ce n'est pas un sujet qui concerne le centre, a fait valoir M. McNee en entrevue.
Les conservateurs ont dénoncé haut et fort la décision de M. Trudeau, qui selon eux a violé la Loi sur les conflits d'intérêts. Ils demandent d'en savoir davantage sur l'enquête en cours de la commissaire fédérale à l'éthique, qui se penche sur le voyage du premier ministre.
Une ancienne conseillère de Stephen Harper a indiqué que l'ancien premier ministre conservateur espérait que la controverse ne porte pas ombrage à l'événement.
«Il appuie immensément (le centre). Il a toujours pensé que l'Aga Khan était l'une des voix majeures dans le monde qui fait la promotion de la paix et du pluralisme», a affirmé Rachel Curran, qui était directrice des politiques auprès de M. Harper.
La controverse sur l'hélicoptère «relève davantage du premier ministre Justin Trudeau que de l'Aga Khan», a-t-elle ajouté.
Stephen Harper, qui avait accordé la citoyenneté d'honneur à l'Aga Khan, a visité le resplendissant centre ismaélien à Dubaï en janvier et avait écrit sur Twitter que cela lui rappelait comment l'Aga Khan était une «immense force pour la paix et le pluralisme dans le monde».
Justin Trudeau, de son côté, a répété qu'il considérait l'Aga Khan comme un ami de la famille. C'est une amitié qui remonte aux années 70, lorsque son père, l'ancien premier ministre Pierre Eliott Trudeau, a offert un refuge aux musulmans ismaéliens qui fuyaient la tyrannie du despote ougandais Idi Amin Dada.
«Les premiers ministres libéraux et conservateurs ont répondu volontiers aux intérêts de l'Aga Khan en faisant la promotion du pluralisme dans le monde, en se basant sur l'expérience du Canada», a soutenu M. McNee.
Un remède à Trump?
Le gouverneur général a présidé la cérémonie d'inauguration de mardi. Il était accompagné de sa prédécesseure, Adrienne Clarkson, et de l'ancien secrétaire général des Nations unies Kofi Annan, qui sont tous les deux membres du conseil d'administration du centre.
Mme Clarkson estime que l'arrivée de Donald Trump à la présidence des États-Unis rend ce centre encore plus pertinent.
«Nous devons garder un oeil très attentif sur les pays qui ont une histoire de soulèvement, mais aussi sur les endroits comme les États-Unis, où la règle de droit est bafouée par le président», a-t-elle soutenu.
M. Annan a pour sa part déploré que Donald Trump accuse les étrangers d'avoir volé les emplois des Américains et qu'il trompe certains travailleurs en leur promettant qu'ils retrouveront leurs emplois dans le secteur du charbon.
«Lorsque vous ne faites pas cela et que vous leur mentez, je m'inquiète sur ce qui arrivera la prochaine fois, quand ils réaliseront qu'ils se sont fait duper», a-t-il dénoncé.
Le centre, qui est enregistré comme un organisme sans but lucratif, menait ses opérations auparavant à la délégation de l'imamat ismaili, aussi sur la promenade Sussex.
Par le passé, il avait organisé des conférences en présence notamment de la juge en chef de la Cour suprême du Canada et de l'architecte de la Constitution post-apartheid en Afrique du Sud.
Le centre continuera d'être l'hôte de tels événements. Il y aura d'autres discours, des discussions publiques et des études sur la place de la diversité dans certains pays, dont la Bolivie, l'Inde et Singapour.
Un prix mondial du pluralisme doté d'une bourse de 50 000 $ sera aussi remis à un militant pour les droits de la personne et pour l'inclusion. L'ancien premier ministre Joe Clark présidera le jury qui décernera ce prix.