Yves Michaud a été blâmé par l’Assemblée nationale pour des propos sur la communauté juive lors des audiences des états généraux sur le français, le 13 décembre 2000.

L’affaire Michaud toujours sensible

Dix-sept ans plus tard, l’«affaire Yves Michaud» demeure une question politique ultrasensible. Même le Parti québécois préfère pour l’instant ne pas se prononcer sur le fond d’une demande concernant M. Michaud.

Cet indépendantiste de la première heure a été blâmé par l’Assemblée nationale pour des propos sur la communauté juive — propos qui n’étaient pas du tout offensants, selon lui et selon tous ceux qui le soutiennent.

Une pétition figurant depuis lundi sur le site de l’Assemblée nationale propose qu’une commission parlementaire se penche sur le blâme qu’il a reçu le 14 décembre 2000. Elle y restera jusqu’à la mi-février, après quoi le gouvernement sera tenu d’y répondre par écrit. 

L’objectif recherché par la pétition est que l’Assemblée nationale revienne un jour sur son vote de blâme.

«Nous ne nous prononçons pas sur le fond, mais après tout ce qui s’est passé, le dépôt de cette pétition est un signe de respect envers M. Michaud», a prudemment fait savoir Bruno-Pierre Cyr, l’attaché de presse du chef péquiste, Jean-François Lisée. C’est dans cet esprit de «respect» que le député Maka Kotto a accepté de parrainer la pétition, doit-on comprendre.

Anik Montminy, la directrice de cabinet du leader parlementaire du gouvernement, Jean-Marc Fournier, indique que toute réponse à cette pétition est prématurée à ce stade-ci. Mais Mme Montminy fournit tout de même certaines indications sur la suite des choses, du point de vue gouvernemental : elle imagine mal des élus comme M. Fournier, présent ce 14 décembre 2000, revenir sur leur vote.

Elle voit par ailleurs mal les actuels élus de l’Assemblée nationale — dont la très grande majorité n’y siégeait pas lors des faits — déclarer que leurs prédécesseurs ont erré.

À la CAQ, la prudence est également de mise. «Le dossier sera étudié», dit-on.

Remous

En 2010, par la voix du député Amir Khadir, Québec solidaire avait déjà, mais sans succès, tenté de faire adopter une autre motion invitant, celle-là, l’Assemblée nationale à reconnaître qu’elle avait «commis une erreur» en décembre 2000.

À ce moment-là, 10 ans après le vote de blâme, cette affaire était encore une épine au pied du Parti québécois, alors dirigé par Pauline Marois.

Ce 14 décembre 2000, le premier ministre Lucien Bouchard et tous ses députés avaient appuyé la motion présentée par le libéral Lawrence Bergman, dont le libellé se lisait ainsi : «Que l’Assemblée nationale dénonce sans nuance, de façon claire et unanime, les propos inacceptables à l’égard des communautés ethniques et, en particulier, à l’égard de la communauté juive tenus par Yves Michaud à l’occasion des audiences des états généraux sur le français à Montréal le 13 décembre 2000.» Les propos de M. Michaud n’avaient pas été présentés comme tels aux parlementaires.

Les remous créés par cette affaire dans le camp souverainiste ont précipité la démission de Lucien Bouchard en janvier 2001. C’est d’abord l’impasse dans laquelle se trouvait la question nationale qui l’a incité à démissionner. Mais M. Bouchard avait aussi montré du doigt Yves Michaud. Il avait expliqué qu’il n’avait «pas le goût de poursuivre quelque discussion que ce soit sur l’Holocauste et sur le vote des communautés ethniques et culturelles».

Au fil du temps, une cinquante de députés péquistes — parmi les quelque 76 présents au Salon bleu de l’Assemblée nationale en décembre 2000 — ont présenté leurs excuses à titre personnel à Yves Michaud.

L’avocat à la retraite Pierre Cloutier, à l’origine de la pétition, affirme, comme d’autres, que l’intervention de M. Michaud aux états généraux ne comportait pas le moindre propos offensant à l’égard de la communauté juive.

Au fil des ans, certains ont avancé que c’était davantage pour des propos tenus à une radio que l’Assemblée nationale l’avait blâmé. M. Michaud y minimisait la souffrance du peuple juif, selon plusieurs.

Les groupes parlementaires représentés à l’Assemblée nationale pourraient avoir à voter l’an prochain pour décider s’ils donnent suite ou pas à la demande qui leur est faite, soit qu’une commission parlementaire étudie cette affaire et fasse la lumière sur les propos tenus ou pas par M. Michaud.

Il faut cependant savoir que la majorité libérale s’oppose généralement à ce que les requêtes présentées par pétition aboutissent en commission parlementaire.