Agnès Maltais est convaincue que Régis Labeaume faisait référence aux radios lorsqu'il a déclaré, lundi, que certaines personnes «s'enrichissent avec la haine». 

Labeaume visait les radios, dit Maltais

Le maire de Québec visait «carrément» les radios lorsqu'il a dénoncé «ceux et celles qui s'enrichissent avec la haine», estime Agnès Maltais.
Réunis en caucus de deux jours, dans la métropole, les députés du Parti québécois étaient toujours ébranlés par l'attentat terroriste perpétré dimanche soir à la mosquée de Sainte-Foy.
Une tragédie qui a «fait remonter» les souvenirs de l'attaque de Richard Henry Bain contre la première ministre Pauline Marois, au Métropolis, à l'automne 2012.
«Nous avons aussi parfois été stigmatisés, a déclaré Mme Maltais. [...] C'est pour ça que je dis que, globalement, il y a les hommes et les femmes politiques [qui doivent adopter le bon ton], il y a aussi... Hier, le maire Labeaume a ciblé les radios, carrément, les gens qui s'enrichissent.»
Lors de la veillée de lundi soir, à l'arrière de l'ancienne église Notre-Dame-de-Foy, à l'angle du chemin Sainte-Foy et de la route de l'Église, le maire Labeaume a espéré que la tragédie serve au moins à «rejeter, par exemple, ceux et celles qui s'enrichissent avec la haine».
La déclaration a aussi retenti à l'oreille du chef du Parti québécois, Jean-François Lisée. «J'ai entendu Régis dire ça, a indiqué M. Lisée. Je pense que c'est une façon d'appeler à l'apaisement aussi dans les propos qui sont tenus. Et j'espère que ceux à qui c'était adressé auront bien compris.»
Les politiciens de tout acabit, les médias et les médias sociaux doivent contribuer à l'instauration d'un ton apaisé dans le débat public. Il reconnaît que sa sortie, pendant la course à la chefferie, sur les burkas qui pouvaient dissimuler des AK-47 n'était «pas une bonne idée».
«C'est une responsabilité collective que nous avons de peser nos mots, a déclaré M. Lisée. Moi, je suis le premier à dire que ce n'était pas une bonne idée ce que j'ai dit là-dessus. J'espère que les autres verront aussi leur part de responsabilité dans l'apaisement du débat.»
Il maintient que la fusillade de dimanche ne doit pas empêcher la société québécoise de mener ses débats publics. Mais il faut éviter les «dérapages» qui amènent ceux qui désirent discuter d'immigration, d'intégration et d'identité à se faire accoler l'étiquette de «xénophobes» et de «racistes».
M. Lisée continue par exemple à dire, comme pendant la course à la chefferie, qu'il faut discuter du port de la burka dans l'espace public. «Bien sûr que je le pense, a dit le chef du PQ. Nous sommes dans une société qui valorise énormément l'égalité des hommes et des femmes. Cela contredit cette valeur commune.»
Le Québec demeure une société paisible et accueillante et M. Lisée ne croit pas qu'il faille faire «le procès des Québécois». «Est-ce qu'il faut lutter contre le racisme et la discrimination chez nous? Oui, c'est une nécessité. Ça existe. Mais s'autoflageller, ce n'est pas voir la réalité d'une société extrêmement ouverte.»
Le dossier des accommodements raisonnables a trop traîné, et tout ce qui traîne se salit, note-t-il. «Dans un dossier délicat, il est important de prendre le temps pour évaluer, décider et de trancher et passer à autre chose, a dit M. Lisée. C'est clairement ce que nous n'avons pas fait. Nous ne l'avons pas fait sous les libéraux, nous avons manqué le coche sous les péquistes.» Le rapport de la commission Bouchard-Taylor a été déposé en 2008. L'étude du projet de loi 62 sur la neutralité religieuse a été reportée. 
M. Lisée invite ceux qui imputent à la Charte des valeurs du PQ une accentuation des tensions avec la communauté musulmane à «peser leurs mots, ne pas faire d'amalgame et ne pas essayer d'instrumentaliser un attentat meurtrier pour faire des gains politiques».
Les députés péquistes sont réunis pour préparer la reprise des travaux prévue le 7 février.
Paradis : des éléments «troublants», dit Lisée
Le chef péquiste Jean-François Lisée juge «troublant» que la Sûreté du Québec ait prévenu le cabinet du premier ministre qu'un signalement concernant Pierre Paradis avait été fait avant que ce dernier soit interrogé. «Ça signifie que le bureau du premier ministre a été mis au courant d'une enquête qui était à une étape confidentielle», estime M. Lisée. Pour éviter toute possibilité d'intervention politique, la SQ devrait attendre d'avoir interrogé le suspect avant de prévenir son patron, selon lui. Il juge aussi «condamnable» qu'une mauvaise explication pour la suspension de M. Paradis ait circulé pendant 24 heures. «Le gouvernement Couillard ne peut pas passer deux semaines sans qu'on ait ces discussions-là sur une malversation, une incompétence, sur une déclaration toute croche, a dit M. Lisée. Ça dit que ce gouvernement ne devrait plus gouverner. Le problème, ce n'est pas ses ministres. C'est le premier ministre.»