La ministre responsable de l'application de la Charte de la langue française, Christine St-Pierre, se dit «préoccupée» par les études de l'Office québécois de la langue française qui indiquent un déclin de l'utilisation de la langue de Molière dans les commerces de Montréal.

La place du français au Québec: Montréal, le voyant jaune

La place du français se détériore dans les commerces du centre-ville de Montréal, révèle une vaste enquête de l'Office québécois de la langue française.
En sourdine depuis quelques semaines, le débat politique sur la défense du français au Québec reprendra de plus belle mardi à l'Assemblée nationale, au retour des élus dans la capitale.
En dévoilant cinq études sur la situation du français, hier, l'Office québécois de la langue française a fourni du matériel pour ainsi dire de choix à nos parlementaires.
Cette année, estime l'organisme gouvernemental, «l'accueil» se fait en français dans seulement 74 % des commerces du centre-ville de la métropole, comparativement à 89 % en 2010.
«C'est l'accueil bilingue [français et anglais] qui a connu la plus forte augmentation», peut-on lire dans l'une des études. Il est passé de 1 % à 13 % en deux ans.
L'accueil se déroule en «anglais seulement» dans 13 % des cas.
La ministre responsable de l'application de la Charte de la langue française, Christine St-Pierre, se dit «préoccupée» par la situation.
Cela étant, les francophones sont-ils toujours aussi vigilants qu'ils devraient l'être? Seulement 57 % des personnes parlant français à la maison demandent à être servies dans la langue de Molière lorsqu'on les sert en anglais, indique l'un des sondages commandés par l'Office.
Chiffre choquant
Le péquiste Yves-François Blanchet trouve choquant qu'une telle donnée apparaisse dans les études. Il estime que l'Office et le gouvernement libéral cherchent à se défausser sur les citoyens - à suggérer que la francisation ne relève pas d'abord et avant tout d'un devoir gouvernemental.
La loi 101 n'est pas respectée, martèle le député de Drummond. «Le régime libéral peut bien faire appel à son ami Luc Ouellet [de la firme de relations publiques National]»; il n'empêche, dit-il, «que le français recule, que l'anglais avance et que le bilinguisme institutionnel s'implante fortement».
Luc Ouellet a été mandaté par l'Office «à coup de milliers de dollars» pour tenter «de donner la moins mauvaise image possible» de la situation, selon l'élu péquiste.
Malgré une augmentation de l'«accueil bilingue», le service dans les commerces est disponible en français 19 fois sur 20, «soit dans 95 % des cas», semble se féliciter l'Office.
Un commentaire qui laisse pantois Yves-François Blanchet. «Dieu du ciel! On doit considérer comme un succès qu'il y ait un commerce sur 20 à Montréal où l'on n'est pas capable de répondre aux gens en français?»
Les données contenues dans ces études sont complexes et très nombreuses. Chaque parti politique peut en trouver pour étayer son propre argumentaire. Il est possible de voir, selon son point de vue, le verre à moitié vide ou à moitié plein.
La ministre Christine St-Pierre souligne que cette année, au coeur de Montréal, «la situation du français comme langue de service est demeurée stable».
Et qu'en 2010, sur l'ensemble de l'île de Montréal, «le français était présent sur la devanture de 94 % des commerces».
Ces études dressent «un portrait nuancé», évalue-t-elle. Elle affirme tout de même ne pas se satisfaire de ce qu'elle observe.
Affichage
L'Office note un «léger progrès» dans l'affichage des noms d'entreprise entre 2010 et 2012. Très concrètement, il relève qu'à l'heure actuelle, 82 % des commerces affichent un nom d'entreprise conforme aux dispositions de la Charte au centre-ville de Montréal. Autrement dit, 18 % y contreviennent.
En ce qui a trait à l'affichage dans l'ensemble de l'île de Montréal, les données de 2010 montrent que 28 % des commerces dérogeaient aux dispositions de la législation.
Christine St-Pierre dit attendre des progrès dans l'affichage public.
La présidente-directrice générale de l'Office, Louise Marchand, indique que son organisme interviendra plus fermement auprès des entreprises contrevenantes. Il n'attendra plus que des citoyens portent plainte pour agir.
Mme Marchand a tenu à préciser que «l'accueil bilingue» n'est pas une infraction.
Et sur Internet?
Parmi les cinq études dévoilées hier par l'Office québécois de la langue française, l'une porte sur les langues utilisées sur Internet au Québec. En voici les principaux éléments :
- 53 % des personnes ayant consulté un site ou un catalogue en ligne afin de connaître la disponibilité d'un produit et son prix l'ont fait en français. Environ 24 % ont surtout consulté des données en anglais, et 23 %, en français et en anglais.
- Le français est utilisé par 70 % des internautes québécois pour la lecture de journaux, de revues ou de livres; dans 60 % des cas pour l'écoute de la radio ou de la télévision, et dans 50 % des téléchargements de livres.
- Au cours des six mois précédant l'enquête, 30 % des répondants ont joué à des jeux vidéo en mode individuel sur Internet. Parmi eux, 48 % ont principalement joué avec des versions anglaises, et 33 %, avec des versions françaises. De plus, 15 % des sondés ont utilisé des jeux vidéo en réseau. L'anglais a été la langue de ces jeux dans 54 % des cas; le français, dans 31 %.