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Marie-Eve Proulx
Marie-Eve Proulx

La ministre Marie-Eve Proulx démissionne

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
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La ministre Marie-Eve Proulx a démissionné de ses fonctions, mardi.

Mme Proulx était ministre déléguée au Développement économique régional du Québec et ministre responsable des régions de Chaudière-Appalaches et du Bas-Saint-Laurent depuis l’élection de la Coalition avenir Québec (CAQ), en octobre 2018.

De nouvelles allégations pour harcèlement psychologique au travail se sont ajoutées à un épais dossier de relations de travail difficiles avec des employés récents et passés.

Au moins une quinzaine de personnes ont démissionné ou ont été congédiées de son cabinet depuis l’arrivée au pouvoir de la CAQ. Plus récent départ, son attachée de presse a quitté le bateau vendredi dernier.

Mme Proulx reste députée sous la bannière de la CAQ pour la circonscription de Côte-du-Sud, qui s’étend de Montmagny à Kamouraska.

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Une démission de ministre d’un «commun accord»

Officiellement, Mme Proulx devient la première à renoncer elle-même à son poste au sein du conseil des ministres dirigé par François Legault depuis deux ans et demi. MarieChantal Chassé (Environnement) et Sylvie D’Amours (Affaires autochtones) ont été démises de leurs fonctions, tandis que Danielle McCann (Santé) s’est vue rétrogradée à l’Enseignement supérieur contre son gré.

Dans le cas de Mme Proulx, il est permis de croire que si elle s’était accrochée, le patron l'aurait lui-même mise à la porte du conseil des ministres.

«Disons que c’était d’un commun accord», a répondu le premier ministre Legault, en point de presse, une heure après que son cabinet ait publié un communiqué confirmant la nouvelle.

Plus d’un an de coaching

La situation était connue depuis plus d’un, alors que les médias rapportaient alors 12 départs en 14 mois dans l’entourage de la ministre Proulx.

«L’année dernière, on a vu qu’il y avait des démissions. Il y a plusieurs raisons de démissionner. Ça peut être parce qu’on accepte un poste mieux payé ailleurs... Il peut y avoir plusieurs raisons. Mais j’ai entendu parler, l’année dernière, du climat qui était difficile. J’ai de l’expérience en entreprise privée, ce n’est pas toujours évident de gérer du personnel. Et c’est pour ça qu’on a dit : on va offrir à Marie-Eve les services d’un coach qui va pouvoir l’aider à gérer le personnel. Malheureusement, ça n’a pas donné assez de résultats, puis là je suis obligé d’arriver à la conclusion qu’elle ne peut pas rester ministre», a expliqué M. Legault, révélant qu’une première intervention avait alors été réalisée.

Comme elle demeure députée, un suivi sera effectué auprès du personnel du bureau de circonscription, ajoute le premier ministre.

«Ce qu’on voit, c’est qu’il y a du travail à faire pour améliorer sa gestion du personnel. On me dit que la situation est quand même relativement bonne dans son bureau de comté, puis on va suivre de près la situation. Donc, on va s’assurer d’aller vérifier parce que, pour moi, c’est non négociable.

«Que ce soit quand j’étais président d’Air Transat ou depuis que je suis en politique, on peut être exigeant, on peut travailler fort, mais ça doit se faire dans le respect. Une organisation, que ce soit privé, public, c’est comme une petite famille, tout le monde doit s’aimer et faire attention les uns aux autres. Donc, ce n’est pas le genre de climat que je souhaite», a tranché le patron.

Formée en travail social, Marie-Eve Proulx détient aussi un diplôme en coaching de gestion (2013-2014) et même une attestation en gestion de conflits (2013) de HEC Montréal. Elle a de plus été mairesse de Saint-Pierre-de-la-Rivière-du-Sud, son village natal, de 2009 à 2013.

Vers un remaniement?

Sur sa page Facebook, Mme Proulx explique avoir «été très affectée par les allégations des derniers jours me concernant et faisant référence à mon comportement qui aurait blessé certains des membres de mon équipe. Si c’est le cas, je m’en excuse». 

«J’ai mes torts, mais je n’ai pas tous les torts. Je suis une fonceuse, c’est vrai. Je suis exigeante, c’est vrai, d’abord envers moi-même. [...] Constatant que j’étais devenue une distraction pour le gouvernement, [...] j’ai informé le premier ministre de mon intention de quitter mes fonctions de ministre», écrit-elle.  

Avec son départ, le conseil des ministres compte dorénavant 16 hommes et 10 femmes. Moins que la zone paritaire d’au moins 40 % de femmes promise par la CAQ.

Alors que le communiqué initial mentionnait que «les responsabilités ministérielles qu’occupait Mme Proulx seront redistribuées de façon temporaire au cours des prochaines heures», le premier ministre a précisé qu’il «n’est pas impossible qu’on pose un geste dans les prochains mois pour revenir dans la zone paritaire».

Doit-on s’attendre à un remaniement ministériel en juin, pour la fin de session, ou à la rentrée de septembre? À suivre.

«Une récidiviste»

Les partis d’opposition ont été prompts à réagir dès le début de la journée.

Sans réclamer sa démission complète même comme députée, le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, souhaite qu’elle continue à être accompagnée dans sa gestion des ressources humaines.

Il se questionne de plus sur «qui a payé pour l’entente à l’amiable dans un précédent cas de plainte de harcèlement psychologique à l’endroit de Mme Proulx?», élément révélé récemment dans les médias. Selon M. St-Pierre Plamondon, le bureau du premier ministre Legault avait été «trop tolérant».

Au Parti libéral du Québec, la cheffe Dominique Anglade souligne que le silence du premier ministre Legault à propos de cet enjeu au sein de ces propres troupes aura duré trop longtemps.

«On l’a entendu se préoccuper du discours haineux sur les médias sociaux, et c’est important, mais on ne l’a pas entendu sur le harcèlement psychologique et apparemment, ça dure depuis un certain temps», a affirmé Mme Anglade, qui ne demande pas non plus la démission de Mme Proulx de son poste de députée.

Québec solidaire renvoie à son tour l’éclairage en direction du premier ministre Legault. «Qu’est-ce qu’il savait et pourquoi il n’a pas agi avant?» demande Manon Massé, co-porte-parole et cheffe parlementaire de Québec solidaire.

Mme Massé rappelle que le harcèlement est «inacceptable, même illégal», et que «toute personne victime ou témoin doit lever le drapeau et dire que c’est inacceptable».