Pauline Marois annoncera une série de projets afin de perpétuer la vitalité du Vieux-Québec.

La «gouvernance souverainiste», une stratégie revendicatrice

Dans le langage feutré du gouvernement Marois, la «gouvernance souverainiste», censée s'appuyer sur les «consensus» politiques québécois, vise à «défendre les intérêts» du Québec par rapport à Ottawa.
Parfois, le langage est plus offensif. Dans ces moments-là, cette stratégie fera la «démonstration» que le système fédéral est irréformable, suggère-t-on. On ajoute que les refus répétés du gouvernement canadien prouveront la nécessité de réaliser la souveraineté.
Le premier message s'adresse à l'ensemble des Québécois. C'est celui qu'on entend le plus souvent ces temps-ci; le second, qui va et vient, est d'abord destiné aux souverainistes.
Pour la chef du Parti québécois, Pauline Marois, la gouvernance souverainiste paraît être un compromis temporaire - un compromis «pour faire avancer le Québec».
«Fini d'attendre le grand soir! Il faut préparer le terrain», disait-elle en entrevue au Soleil, en février 2011. Il était alors question d'exiger d'Ottawa le rapatriement d'espaces fiscaux, ainsi que le transfert de budgets dans des domaines comme la langue, l'environnement, la culture, le développement économique et l'immigration.
Le plan gouvernemental
C'est mercredi matin, à l'Assemblée nationale, que le ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes et de la Gouvernance souverainiste, Alexandre Cloutier, dévoilera les détails de ce qu'il présentera comme «le premier geste concret» de cette stratégie : la commission itinérante sur l'assurance emploi pilotée par l'ex-chef bloquiste Gilles Duceppe. Le ministre Cloutier sera accompagné de la ministre du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Agnès Maltais. Il n'est pas prévu que Mme Marois y soit.
Depuis une semaine, les partis d'opposition dénoncent une opération politique partisane menée aux frais des contribuables.
Le ministre Cloutier juge tout à fait normal que des fonds publics soient utilisés «pour la défense des intérêts du Québec, pour la défense de ses champs de compétence» et pour tenter de «rapatrier des choses et se battre avec le fédéral». C'est ce qu'il a confié au Soleil à la mi-mars.
Le plan de gouvernance souverainiste vise le rapatriement de volets de l'assurance emploi nécessaires à l'établissement d'un «parcours intégré de formation».
Les «dédoublements» politiques et administratifs sont aussi dans le collimateur.
Les domaines de la culture et des communications font également partie du plan, tout comme la volonté de rapatrier les budgets associés à la recherche ou encore à l'itinérance.
«Nous avons parfois été mis sur la défensive depuis le référendum de 1995. Mais c'est fini ce temps-là! À compter de maintenant, on passe à l'offensive», a lancé Pauline Marois en février devant quelque 400 militants réunis en Conseil national, à Drummondville.
L'expression «gouvernance souverainiste» a été forgée en 2008, peu après le retour de la chef péquiste en politique. Elle a été préférée à «gestes de gouvernance nationale» et «gestes d'affirmation».
À défaut de pouvoir s'engager à tenir un référendum sur la souveraineté, Pauline Marois a offert à ses militants et sympathisants de déployer une stratégie revendicatrice.
À un an de probables élections générales, le plan dévoilé ce matin permettra à son gouvernement de se positionner sur l'échiquier électoral. L'équipe ministérielle aimerait évidemment faire le plein des voix souverainistes au prochain scrutin.
Passage étroit
Comme souvent, Pauline Marois manoeuvre entre deux eaux. Son prédécesseur, Bernard Landry, et d'ex-députés démissionnaires comme Lisette Lapointe et Jean-Martin Aussant, ont pourfendu une stratégie jugée molle. «Le premier geste vital que le Parti québécois doit poser, c'est de renouer clairement avec sa raison d'être. Son objectif numéro un doit être l'indépendance nationale», a tonné Bernard Landry l'an dernier.
Libéraux et caquistes dépeignent la gouvernance souverainiste comme une énième «astuce». Pour eux, l'arrivée de Gilles Duceppe dans le dossier est une «provocation».
Le libéral Jean-Marc Fournier a parlé d'un «détournement de démocratie» il y a deux semaines. «On cultive l'échec. C'est une recette hypocrite, détestable.»
Du «copinage»
La nomination de Gilles Duceppe à la tête du comité sur l'emploi relève d'un «copinage», a de son côté fustigé le chef caquiste, François Legault. «Ce n'est pas aux contribuables à payer pour réconcilier la première ministre et Gilles Duceppe», a-t-il dit.
Mardi, la libérale Kathleen Weil a de plus accusé le gouvernement de faire fi d'une motion votée à l'unanimité la semaine dernière à l'Assemblée nationale. Le texte le presse «de former des alliances avec les autres provinces canadiennes de même qu'avec tous les partis représentés à la Chambre des communes».
Dans l'appareil gouvernemental, certains chuchotent que le choix de Gilles Duceppe n'est pas le plus avisé «du point de vue de la perception du public en général».
Pauline Marois a dû le défendre devant les salves «partisanes» des libéraux et des caquistes. Elle a fait valoir qu'Ottawa «attaque de plein fouet» le Québec avec ses modifications au régime d'assurance emploi et celles relatives aux ententes sur la formation de la main-d'oeuvre. Elle a expliqué que «M. Duceppe connaît bien le système fédéral et a longtemps défendu les intérêts du Québec».