Au premier jour de la consultation sur son projet de Charte des valeurs, à Québec, le ministre Bernard Drainville a mis en garde les partis d'opposition.

La charte pourrait être un enjeu électoral, prévient Drainville

Si l'opposition renverse le gouvernement sur le budget, elle placera elle-même la charte au coeur de la prochaine élection, a prévenu le ministre Bernard Drainville, mardi, à l'ouverture des audiences sur le projet de loi 60.
<p>Les libéraux, qui n'ont toujours pas présenté leur position définitive sur la charte, jugent que le PQ cherche à attiser la division. Mardi matin, le député libéral Marc Tanguay n'a pas été en mesure de dire si le PLQ serait d'accord pour qu'une enseignante porte le tchador.</p>
<p>Les auditions se sont ouvertes avec l'ex-leader syndical Réjean Parent, qui juge que les limites imposées par la Charte sont «raisonnables».</p>
Alors que les premiers intervenants ont commencé à défiler devant la Commission des institutions, le ministre péquiste a mis en garde ses adversaires libéraux et caquistes. S'ils vont au bout de leur menace de voter contre le budget de Nicolas Marceau au printemps, avant la fin de la consultation sur la charte, «c'est évident qu'une des conséquences, c'est que la charte deviendrait un des enjeux de l'élection».
Les audiences dureront plus de 250 heures et s'étendront sur plusieurs mois. Le choix offert par M. Drainville au Parti libéral du Québec (PLQ) et à la Coalition avenir Québec (CAQ) est clair : laissez passer le budget ou la campagne se fera sur le terrain identitaire cher au Parti québécois (PQ).
«Ce n'est pas l'objectif, a assuré le ministre, mardi. L'objectif est de faire adopter la charte. Il faut que toutes les personnes qui ont déposé un mémoire puissent le faire.»
Mardi, la première ministre Pauline Marois a voulu couper court aux rumeurs d'élections hâtives qui circulent sur la colline parlementaire. Certains supputent que le gouvernement péquiste déclencherait un scrutin aussi tôt qu'à la mi-février pour éviter de tomber sur le budget. «Nous ne sommes pas en période électorale, a-t-elle affirmé. Nous ne songeons absolument pas à une élection, nous travaillons sur l'action, les services à rendre aux citoyens et à l'emploi, qui est une priorité absolue. Nous avons plusieurs plats sur le feu.»
Bien qu'il se dise ouvert aux idées qui pourraient améliorer la charte, M. Drainville demeure inflexible sur son élément le plus controversé : l'interdiction du port de signes religieux par les employés de l'État. «C'est une partie essentielle et incontournable», a déclaré le ministre dans ses remarques préliminaires. «Il faut incarner la laïcité. Pour que cette neutralité religieuse soit réelle, il faut qu'elle s'exprime à travers les personnes.»
Les libéraux, qui n'ont toujours pas présenté leur position définitive sur la charte, jugent que le PQ cherche à attiser la division. Mardi matin, le député libéral Marc Tanguay n'a pas été en mesure de dire si le PLQ serait d'accord pour qu'une enseignante porte le tchador.
«Ce qui divise est l'interdiction de porter des signes religieux et malheureusement le PQ veut tabler sur cette division en vue des prochaines élections, a déclaré M. Tanguay. Le ministre ne bougera aucunement sur cette atteinte aux libertés.»
La CAQ a montré de l'ouverture à négocier avec le gouvernement pour trouver un terrain d'entente. La députée caquiste Nathalie Roy constate que son parti détient «la balance du pouvoir» dans le dossier. «Le PQ exploite la question de la charte, le PLQ veut surtout l'éviter, nous, on veut la régler, a-t-elle affirmé. On veut une charte du gros bon sens.»
La CAQ souhaite interdire les signes religieux aux personnes occupant un poste d'autorité - juges, gardiens de prison, policiers - ainsi qu'aux enseignants et aux directeurs d'écoles primaires et secondaires. Le chef François Legault s'est déjà dit ouvert à aller plus loin dans le secteur de l'éducation.
«M. Drainville au premier chef devra bouger et faire des compromis, soutient Mme Roy. Ce n'est pas vrai qu'en gouvernement minoritaire, on a la vérité absolue.»