Selon un document de l’Office de la protection du consommateur, les jeunes de moins de 18 ans peuvent avoir des cartes de crédit sans l’autorisation des parents.

La CAQ songe à interdire les cartes de crédit aux adolescents

EXCLUSIF / La Coalition avenir Québec (CAQ) songe à interdire aux jeunes de moins de 18 ans l’accès à une carte de crédit.

Préoccupée par le surendettement des adolescents, la députée Lucie Lecours, adjointe parlementaire de la ministre de la Justice (volet protection des consommateurs), croit que le Québec doit se questionner sur l’accès trop facile au crédit à un jeune âge.

«C’est une grande question à laquelle on doit réfléchir. On va vraiment attendre de voir ce qui va ressortir des consultations pour faire notre idée finale, mais oui, l’interdiction pour les moins de 18 ans, ça pourrait faire partie des mesures adoptées», exprime Mme Lecours.

Même si la Loi sur la protection du consommateur a subi quelques modifications au cours des dernières années, Mme Lecours et la ministre de la Justice Sonia Lebel croient qu’il est temps de lui donner «un nouveau souffle». Un projet de loi devrait être prêt l’automne prochain. «Ça va vite la consommation et on est vraiment très préoccupés en ce moment par l’endettement», indique Mme Lecours.

Comme mère de deux jeunes adultes, Mme Lecours dit avoir vu des exemples autour d’elle de jeunes qui veulent avoir accès au crédit dès l’âge de 14 ans. «S’il y en a une qui a fait bien attention à ça, c’est moi. Mais c’est pas tous les parents qui le font, qui prennent le temps de parler de la bonne utilisation du crédit avec leur adolescent. Alors de l’enchâsser dans une loi, c’est une avenue intéressante.»

Si elle est heureuse que les cours d’éducation financière soient revenus dans les écoles, Mme Lecours s’inquiète que de jeunes adultes soient déjà acculés à la faillite ou que leur cote de crédit soit affectée par des erreurs commises à l’adolescence. «Quand tu t’endettes jeune, tu traînes ça longtemps. Il faut poser des gestes concrets.»

Attention aux interdits

Jacques St-Amant, analyste-conseil à la Coalition des associations de consommateurs du Québec (CACQ), s’inquiète aussi de l’endettement des jeunes. «Il faut faire attention toutefois avec les interdictions complètes. Si on a une jeune fille de 17 ans et 9 mois, qui a un beau projet d’entrepreneuriat et qui a besoin de crédit, il faudrait pas non plus lui mettre des bâtons dans les roues», commente-t-il.

M. St-Amant croit toutefois qu’il est nécessaire de resserrer les règles. «Il ne faut pas laisser le champ totalement libre aux institutions financières qui veulent offrir du crédit à tout ce qui bouge.»

Avant d’écrire son projet de loi, le gouvernement de la CAQ a demandé à l’Office de la protection du consommateur (OPC) de tenir une consultation auprès de certains organismes d’ici le 19 avril.

En tout, 52 nouvelles mesures sont proposées par l’OPC dans un document de consultation mis en ligne la semaine dernière.

Le document indique que «des cartes de crédit seraient émises à des personnes de moins de 18 ans, sans vérification du consentement des parents». L’OPC suggère que les institutions financières aient à tout le moins l’obligation d’obtenir l’autorisation écrite d’un parent avant d’octroyer une carte ou une marge de crédit à un mineur.

En 2011, l’ex-ministre de la Justice Jean-Marc Fournier avait déposé le projet de loi 24 visant à «lutter contre le surendettement des consommateurs». Ce projet de loi, qui prévoyait un resserrement de l’accès au crédit chez les mineurs, n’a finalement pas été adopté, en raison des élections de 2012. Depuis, rien n’a bougé de ce côté, mis à part le fait que la sollicitation pour vendre des cartes ou des marges de crédit a été interdite dans les cégeps.

L’OPC ne possède pas de statistiques sur le nombre d’adolescents qui possèdent une carte de crédit au Québec.

Le document de consultation de l’OPC explore également de nombreux autres sujets liés au crédit, dont les contrats de location automobile. Mme Lecours veut mettre un frein aux «prêts ballon», qui surviennent lorsqu’un consommateur a plus de dettes sur son véhicule que la valeur marchande du véhicule.