Pour les caquistes, l’important sera vraisemblablement de dire que ce projet ne doit pas couler la construction d’un troisième lien entre les deux rives du fleuve dans la région de Québec.

La CAQ ne jettera pas le projet de Labeaume

DÉCODAGE / Les caquistes ne devraient pas démolir le projet de transport collectif présenté par le maire Régis Labeaume lorsqu’ils le commenteront en début de semaine prochaine.

C’est que leur devoir est désormais de se comporter en «gouvernement en attente».

Ils soulèveront certainement plusieurs questions, mais ils ne devraient pas promettre de le jeter à la poubelle s’ils prennent le pouvoir.

Il leur faudra bien sûr passer par-dessus l’agacement qu’ils ont pu ressentir en voyant la complicité affichée vendredi par le premier ministre Philippe Couillard et Régis Labeaume.

Pour les caquistes, l’important sera vraisemblablement de dire que ce projet ne doit pas couler la construction d’un troisième lien entre les deux rives du fleuve dans la région de Québec.

Des messages politiques

C’est aussi, sur un autre plan, parce que la Coalition avenir Québec veut qu’on la perçoive comme un «gouvernement en attente» que son chef, François Legault, a bondi en lisant les propos tenus en anglais par le ministre Carlos Leitão sur son «nationalisme ethnique». Il fallait réparer l’outrage!

Personne au gouvernement n’a répété l’accusation, pas même M. Leitão — ce qui aurait exacerbé inutilement les tensions. Mais les libéraux ont cherché à tirer avantage de la situation en accusant la CAQ de vouloir faire passer un «test d’expulsion» aux nouveaux immigrants.

En enfonçant ce clou, ils veulent faire le plein d’appuis chez les citoyens que la CAQ et le PQ qualifieraient de «multiculturalistes».

Mais qu’est-ce que ce test? Les éléments sur lesquels il repose sont les suivants : les candidats immigrants sur lesquels le Québec a compétence seraient accueillis de «façon conditionnelle» pendant trois ans. Au bout de cette période, ils devraient passer un examen fondé sur trois critères : la «connaissance du français» et la «connaissance des valeurs québécoises» inscrites dans la Charte québécoise des droits et libertés de la personne — parmi lesquelles celle de l’égalité entre les hommes et les femmes. Leurs «démarches vers l’emploi» seraient aussi prises en compte.

Le candidat ratant le test aurait un an pour le reprendre. Après un autre échec, il serait privé du certificat de sélection qu’émet Québec et devrait donc être renvoyé dans son pays d’origine par les autorités canadiennes, selon ce qu’avait dit François Legault le 16 mars 2015.

La CAQ précise que cette procédure ne viserait en fait que les «récalcitrants».

Avec ce projet, le parti de François Legault a voulu et veut envoyer un message politique aux Québécois. Il s’estime en phase avec plus de Québécois que les libéraux sur cette question.

Le Soleil a par ailleurs appris que la CAQ présentera dans quelque temps une politique d’orientation en immigration dans laquelle on découvrira les niveaux d’entrées qu’un gouvernement caquiste proposerait. M. Legault a déjà parlé de 40 000 entrées par année au lieu des 50 000 actuelles.

Le document préciserait aussi le contenu des examens de connaissance des «valeurs québécoises».

QS contre le PQ dans Taschereau

Les deux candidates à l’investiture de Québec solidaire dans Taschereau ont débattu jeudi. Taschereau est la circonscription qu’abandonnera la péquiste Agnès Maltais au terme de la présente législature.

Dans l’état actuel des choses, on peut donc imaginer que la candidate retenue par les membres de Québec solidaire grignotera des voix au Parti québécois le 1er octobre.

Voilà pourquoi cette circonscription pourrait créer une surprise le soir du scrutin. Même si les libéraux de Philippe Couillard traînent de la patte partout au Québec, et plus encore dans la région de la capitale, ils pourraient surprendre dans Taschereau.

Le candidat libéral dans cette course, Florent Tanlet, était là en avril 2014. Il avait fini avec seulement 451 votes de moins que Mme Maltais, ce qui est un exploit dans cette circonscription. Voilà pourquoi le niveau d’appui de QS, mais pas seulement lui, pourrait avoir un impact.

Le conseiller

Jean-Martin Aussant, candidat à l’investiture du Parti québécois dans la circonscription montréalaise de Pointe-aux-Trembles, a participé à la réunion hebdomadaire de l’aile parlementaire péquiste mercredi. Mais attention : il n’était pas là en tant que candidat, mais en tant que conseiller de la direction du parti.

L’autre candidat tentant de décrocher l’investiture péquiste dans Pointe-aux-Trembles, Maxime Laporte, ne se plaint pas de la situation. Mais des gens de son entourage estiment qu’elle confère un avantage à M. Aussant.

Si Jean-Martin Aussant devait perdre cette investiture, ce serait non pas une gifle pour la direction du PQ — gare au mot trop fort —, mais tout de même un camouflet.

Une peur prémonitoire

«J’ai bien peur qu’on vide le compte de banque», a déclaré le caquiste François Bonnardel lorsque Philippe Couillard et Carlos Leitão ont annoncé que le gouvernement retirera des milliards $ du Fonds des générations pour rembourser la lourde dette du Québec. Une excellente initiative. Ce n’est cependant sans doute pas à cette annonce que M. Bonnardel faisait référence, mais aux surplus budgétaires.

Cela étant, il peut être certain d’une chose : malgré les surplus, les documents sur la situation budgétaire que la Vérificatrice générale du Québec avalisera, et qui seront rendus publics le 20 août, indiqueront que les comptes sont équilibrés et qu’il n’existe pas vraiment de marge de manœuvre.

Le gouvernement aura fait en sorte que la CAQ ne puisse pas facilement proposer, à la veille du scrutin, de «retourner plus d’argent dans les poches des Québécois». Il complète son mandat en ficelant plusieurs projets d’envergure qu’il avait annoncés.