La CAQ congédierait les «mauvais» administrateurs de l'État

Au pouvoir, la Coalition avenir Québec se donnerait les moyens de congédier des hauts administrateurs de l'État québécois. Opposé à ce projet, le ministre Pierre Moreau évoque l'arbitraire de «Duplessis».
«Un mauvais administrateur, on ne le déplace pas, on ne lui donne pas une promotion, on ne le met pas sur une tablette dorée, dit le député Éric Caire. On le congédie.»
En théorie, la sécurité d'emploi n'existe déjà pas pour les hauts administrateurs de l'État, mais dans les faits, c'est tout comme, peste le caquiste. M. Caire a présenté jeudi à l'Assemblée nationale un projet de loi sur l'imputabilité des sous-ministres et des hauts dirigeants des organismes de l'appareil public québécois.
En pratique, il existe «un ''no fault'', une amnistie totale pour les sous-ministres et les hauts dirigeants d'organismes», remarque-t-il. «L'immunité» règne «malgré des fiascos répétitifs dans les domaines de l'informatique, au ministère des Transports, puis, il n'y a pas si longtemps encore, au ministère de l'Agriculture et à la Société des Traversiers du Québec».
Le député de La Peltrie relève qu'aucun haut dirigeant de l'appareil administratif québécois n'a été démis de ses fonctions depuis au moins 10 ans.
Il ne doute pas un seul instant que son projet fasse mouche dans l'opinion publique. Il note que «les Québécois sont tannés de savoir que personne n'est responsable de rien au gouvernement du Québec».
«Cote d'efficience»
Son projet de loi édicte qu'un sous-ministre ou un dirigeant d'organisme peut être congédié si l'organisation qu'il dirige n'a pas atteint les résultats visés dans son «plan stratégique» ou si elle n'a pas obtenu une «cote d'efficience» jugée satisfaisante par le Vérificateur général. C'est qu'il prévoit que le bureau du Vérificateur devra attribuer une «cote» reflétant «le niveau d'efficience des ministères et des organismes».
S'il était fonctionnaire, le dirigeant congédié serait rétrogradé à la classe d'emploi qu'il occupait au préalable dans la fonction publique. Celui qui n'était pas fonctionnaire avant de prendre du galon, qui a été engagé sur une base contractuelle, ne pourrait être intégré automatiquement dans la fonction publique.
Duplessis et Trump...
Le président du Conseil du trésor, Pierre Moreau, s'est fait cinglant. «Ce n'est pas un projet de loi, c'est un brûlot législatif», a-t-il laissé tomber.
«La dernière chose dont les Québécois ont besoin, c'est d'un parti qui, s'il était au pouvoir, nous retournerait à l'époque de Duplessis, appliquerait la position de Donald Trump et celle de François Legault pour qui, a poursuivi M. Moreau, ''ceux qui ne pensent pas comme nous, on les met dehors''.»
À ses yeux, le projet de loi de la CAQ «dégouline du mépris qu'elle a envers la fonction publique en général et envers les institutions en particulier».
Ce projet législatif prévoit un parcours balisé, a insisté le caquiste Caire. Il n'a rien à voir avec «l'époque de Duplessis», où l'«on congédiait n'importe qui pour aucune raison», observe-t-il. La Fédération canadienne des contribuables a félicité la CAQ.