Alexandre Cloutier a demandé à la Cour suprême de faire preuve de transparence et d'exposer sa démarche.

Justin Trudeau attendu de pied ferme par le PQ

Le Parti québécois (PQ) attendait avec une brique et un fanal Justin Trudeau à sa première visite à l'Assemblée nationale depuis qu'il a accédé à la tête du Parti libéral du Canada (PLC). Le principal intéressé a refusé de s'engager dans une escarmouche.
Le leader fédéraliste a rencontré en matinée le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, puis son homologue au Parti libéral du Québec (PLQ), Philippe Couillard. Aucun tête-à-tête n'a eu lieu avec la chef du Parti québécois et première ministre, Pauline Marois.
Celle-ci a plaidé «un agenda surchargé, aujourd'hui [jeudi] et au cours des prochains jours. Dès que nous pourrons trouver une date qui pourra convenir aux deux, à M. Trudeau et à moi-même, nous nous rencontrerons.»
Si le temps a manqué à Pauline Marois, aucun de ses lieutenants n'a manifesté d'empressement à rencontrer le leader fédéraliste. Le ministre des Affaires intergouvernementales, Alexandre Cloutier, a établi que Mme Marois est première ministre à Québec, tandis que M. Trudeau n'est que le leader de la seconde opposition, à Ottawa.
M. Cloutier s'est surtout offusqué de la sortie de Justin Trudeau qui a souligné le 31e anniversaire de la Charte des droits et libertés. Il s'agit du Grand oeuvre de son père, Pierre-Elliott Trudeau, et d'un document rattaché au rapatriement de la Constitution canadienne, en 1982. La veille de son passage à Québec,M. Trudeau a déclaré que si le Québec n'a pas signé la Constitution, c'est parce que le chef du gouvernement québécois était alors René Lévesque.
Alexandre Cloutier a rappelé les faits nouveaux que l'historien Frédéric Bastien vient de publier. La bataille de Londres révèle que le juge en chef à l'époque, Bora Laskin, a communiqué avec les gouvernements d'Ottawa et de Londres pendant les délibérations du plus haut tribunal sur le rapatriement, brisant la cloison entre le judiciaire et le politique.
Le ministre a accusé Justin Trudeau d'insulter la mémoire du chef souverainiste René Lévesque. Il a vu la visite de M. Trudeau comme une preuve de son «arrogance». Souligner l'anniversaire de la Charte «n'est pas un manque d'expérience [de Justin Trudeau]. C'est un manque de jugement.»
Le libéral fédéral n'a rien trouvé à redire au fait qu'il n'a pu échanger avec Pauline Marois. «Je comprends à quel point elle est occupée. Ce n'est que partie remise.»
Il s'est contenté de hausser les épaules devant les attaques qu'ont lancées les ministres péquistes, dont Jean-François Lisée, qui l'a traité de «jeune prince descendant d'Ottawa». Pour M. Trudeau, «de passer énormément de temps à être extrêmement négatif, ça m'intéresse plus ou moins».
Il s'est dit surpris de la controverse qu'il a soulevée au sujet du fondateur du PQ. «Ce n'était pas du tout une critique de M. Lévesque.» Pour lui, c'est un constat, qu'il dit partagé par plusieurs, qu'il «était très peu probable qu'un premier ministre souverainiste accepte une Constitution qui allait rendre le Canada plus uni».
Parler d'économie
Justin Trudeau s'est dit enchanté par ce premier contact avec MM. Couillard et Legault. «C'était très important pour moi, en tant que nouveau chef du Parti libéral du Canada, de m'assurer que mon premier arrêt serait au Québec et même à Québec.»
Il a accordé dans ses entretiens plus d'importance à l'économie qu'à la Constitution. Quand il rencontre ses électeurs, c'est du premier sujet qu'on lui parle. À propos des questions constitutionnelles, il a réitéré qu'il sent «une fatigue d'avoir toujours les mêmes conversations».
Philippe Couillard a déploré que la première ministre n'ait pu trouver du temps pour échanger avec Justin Trudeau. Il a signalé que la discussion a porté pour l'essentiel «sur les questions qui préoccupent les citoyens, notamment les travailleurs».
Le chef du PLQ dit avoir expliqué au libéral d'Ottawa l'importance d'une résolution de l'Assemblée nationale pour que toute la lumière soit faite sur les révélations ayant trait au rapatriement de la Constitution. Il dit avoir perçu «un certain intérêt» chez son interlocuteur sur la réflexion qu'il veut pousser au PLQ pour qu'un jour, le Québec appose sa signature au document fondateur du pays.
Le meneur et fondateur de la CAQ, François Legault, a accueilli Justin Trudeau en lui parlant de l'état de l'économie de Montréal, ce que le chef du PLC a prudemment évité de commenter. M. Legault n'a pas rencontré les médias pour faire le point sur son tête-à-tête. Le ton a été «très cordial», a indiqué son entourage, et le Plan Saint-Laurent que vient de lancer le caquiste a fait partie des sujets abordés.