Le premier ministre Philippe Couillard et le candidat à l'élection partielle dans Louis-Hébert, Éric Tétrault, lors d'un récent point de presse dans la circonscription.

Journée chaotique dans Louis-Hébert

Après une journée dans la tourmente où il s'est à la fois défendu et excusé d'avoir harcelé des employés à son ancien lieu de travail, Éric Tétrault a finalement renoncé mercredi soir à porter les couleurs du Parti libéral du Québec (PLQ) à l'élection partielle dans Louis-Hébert, et ce, peu après l'annonce du retrait de son rival caquiste, Normand Sauvageau.
C'est La Presse qui a mis au jour l'existence d'une enquête commandée par la haute direction d'ArcelorMittal en 2014 sur le comportement de celui qui aspirait jusqu'à mercredi à remplacer Sam Hamad dans Louis-Hébert et qui était alors directeur des affaires publiques de l'entreprise.
Le principal intéressé a accordé de nombreuses entrevues au cours de la journée pour expliquer le contexte de ces allégations, s'excuser et rappeler qu'aucune plainte n'avait été retenue contre lui. Mais lors d'un entretien accordé à Radio-Canada en soirée, il a dit avoir décidé en fin d'après-midi qu'il ne ferait pas porter plus longtemps à sa famille le poids de ces révélations et de la pression qu'il subissait depuis l'annonce de sa candidature. Le Parti libéral du Québec (PLQ) n'a pas souhaité émettre de commentaires.
Excuses et regrets
En entrevue au Soleil plus tôt dans la journée, Éric Tétrault avait admis qu'il avait parfois été «carré et abrasif» auprès d'anciens collègues chez ArcelorMittal où il a travaillé entre 2011 et 2014, expliquant que le contexte de l'époque était tendu dans l'entreprise et qu'il a transféré cette pression sur les employés. «Mon message principal est d'exprimer mes excuses et mes regrets», a-t-il affirmé. 
Avait-il adressé ces mêmes paroles à ses «victimes» au moment où les conclusions de l'enquête ont été dévoilées? «Honnêtement je ne me rappelle plus de ça. Non. Je ne m'en souviens pas. Je me souviens d'avoir eu une rencontre avec la haute direction. On ne m'a pas demandé de le faire. Je dois vous dire que j'ai quitté trois ou quatre semaines plus tard», a expliqué le principal intéressé. 
«Je n'ai probablement pas eu le temps de les faire, j'ai quitté deux ou trois semaines plus tard. Ne me pognez pas sur ma mémoire parce que je ne suis pas très bon», avait renchéri Éric Tétrault lorsque questionné une nouvelle fois sur les raisons pour lesquelles il n'avait pas cru bon s'excuser aux personnes qui s'étaient senties lésées à l'époque. 
«J'essayais d'être gentil»
Quant aux allégations de harcèlement envers deux femmes, M. Tétrault a répliqué qu'il s'agissait «carrément d'autre chose» et que cela n'a «jamais été fondé le moindrement». 
Néanmoins, l'ex-candidat a reconnu qu'il a pu avoir louangé des représentantes du sexe opposé. «C'est vrai que je suis quelqu'un de carré et abrasif, mais paradoxalement je suis quelqu'un qui complimente beaucoup et qui essaie de donner confiance à tout le monde. [...] Mais à un moment donné, quand tu dis à quelqu'un qu'elle est particulièrement élégante, ça peut être mal interprété, surtout aujourd'hui. Je le reconnais et je peux vous dire franchement que depuis ce temps-là, je suis devenu extrêmement réservé sur ce genre de choses là parce qu'entre une bonne intention et ce qui est mal perçu, je ne sais plus vraiment aujourd'hui quelle est la ligne là-dedans, a-t-il soutenu. [...] Moi j'essayais d'être gentil, si ç'a pu être perçu autrement, encore une fois mes regrets, mes excuses.» 
Malaise chez les libéraux
Éric Tétrault a maintenu tout au long de la journée mercredi que le Parti libéral du Québec était au courant du rapport au moment où sa candidature a été officialisée et qu'il avait l'appui du premier ministre, Philippe Couillard. L'ex-président de Manufacturiers et Exportateurs du Québec avait déjà fait les manchettes au lendemain de son saut en politique en raison des versions contradictoires qu'il a livrées sur les raisons de sa présence dans la loge de Lino Zambito avec l'ex-ministre Nathalie Normandeau à un concert de Céline Dion en 2008. 
Laissant présager un important malaise dans l'équipe libérale, les ministres du gouvernement Couillard se sont montrés peu bavards mercredi en journée sur les nouvelles révélations à l'endroit du candidat à la partielle de Louis-Hébert alors que la veille, ils étaient nombreux à l'applaudir lors du lancement de sa campagne dans Cap-Rouge.
La CAQ lance le bal
Normand Sauvageau admet ne pas avoir fait preuve de la transparence requise lorsqu'il s'est porté candidat pour la CAQ.
Deux retraits en quelques heures dans la même circonscription! Alors que des questions se posaient encore en fin de journée quant à l'avenir de la candidature du libéral Éric Tétrault, son adversaire caquiste, Normand Sauvageau, a annoncé qu'il retirait sa candidature.
«Je tiens à informer les électeurs de Louis-Hébert que, d'un commun accord avec M. François Legault, je retire officiellement ma candidature en vue de l'élection partielle du 2 octobre prochain», a fait savoir M. Sauvageau par voie de communiqué de presse sur le coup de 17h mercredi. En fait, le candidat caquiste a été forcé de retirer sa candidature par la direction du parti.
Normand Sauvageau explique avoir reçu en matinée l'appel d'un journaliste au sujet des circonstances entourant son départ prématuré à la retraite en 2016. À partir de là, les choses se sont précipitées.
Dans son communiqué, le candidat déchu admet ne pas avoir fait preuve de la transparence requise lorsqu'il s'est porté candidat. Il avait travaillé à la Banque Scotia avant de prendre sa retraite.
«Il y a plus d'un an, j'ai pris ma retraite après 39 ans de carrière dans des circonstances difficiles sur le plan des relations de travail, relate-t-il. Au moment de poser ma candidature, j'ai omis d'informer les responsables de la Coalition avenir Québec de faits importants entourant mon départ.»
Normand Sauvageau n'a pas précisé la nature de ces «faits». Des plaintes de harcèlement psychologique auraient été portées contre lui, selon des informations.
Le caquiste déchu conclut avec la formule usuelle : «J'ai décidé de me lancer en politique pour représenter le mieux possible les électeurs de Louis-Hébert et non pour devenir une distraction par rapport aux enjeux importants qui les concernent.»
«Tolérance zéro»
En fin de journée, le chef caquiste, François Legault, a laissé entendre que son parti donnait une leçon au Parti libéral du Québec en montrant la porte à son candidat. «À la CAQ, c'est tolérance zéro. J'ai agi dès que j'ai su», a souligné M. Legault.
C'était une façon pour lui d'inviter le chef libéral à tirer les conséquences des plaintes portées contre le candidat Éric Tétrault, qui a finalement annoncé son retrait de la course dans le courant de la soirée.
La décision de M. Legault a mis de la pression sur les libéraux, qui s'interrogeaient depuis plusieurs heures déjà sur l'avenir de leur poulain.
La Coalition avenir Québec et le Parti libéral du Québec annonceront sous peu le nom des candidats qui succéderont à M. Sauvageau et à M. Tétrault. Ils ont jusqu'à la mi-septembre pour le faire, mais ils n'attendront pas jusque-là.  Jean-Marc Salvet
«Grave manque de respect» envers les électeurs
Pour le péquiste Jean-François Lisée, le PLQ et la CAQ doivent expliquer les raisons pour lesquelles «ils n'ont pas été en mesure de trouver des candidats méritant le respect des électeurs alors qu'ils ont eu six mois pour le faire».
Cet épisode doit «être vu par les électeurs de Louis-Hébert comme un grave manque de respect envers eux», a-t-il indiqué.
«À force de recruter dans les mêmes milieux, ces deux partis se retrouvent avec les mêmes problèmes», a de son côté noté la solidaire Manon Massé non sans un malin plaisir. «La confiance aveugle de la CAQ et du PLQ envers les hautes sphères du milieu des affaires et leur foi absolue envers les grands patrons et les banquiers les empêchent de voir l'essentiel et de poser les bonnes questions à leurs candidats.»  Jean-Marc Salvet