Philippe Couillard et Jean-Marc Fournier

Jean-Marc Fournier remet en question son avenir politique

Le premier ministre Philippe Couillard a réitéré lundi sa confiance envers son leader parlementaire, Jean-Marc Fournier, éclaboussé et meurtri par des allégations de trafic d'influence.
Visiblement ébranlé, M. Fournier s'est présenté devant les médias en fin de journée pour affirmer sur tous les tons qu'il n'avait rien à se reprocher et que les allégations lancées par le président de la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francoeur, le frustraient au point de remettre en question son avenir politique.
Il dit avoir l'intention de terminer son mandat, mais qu'il remettait dorénavant en question son projet de se porter candidat aux prochaines élections. «Ça me tente moins», a-t-il convenu.
Un retrait du conseil des ministres semble exclu à ce moment-ci, car cela équivaudrait à accréditer les allégations du policier, selon M. Fournier.
«Tu te demandes à quoi ça sert la politique», lorsque ce genre d'histoires surgissent, a-t-il philosophé, encore sous le choc de voir son nom associé à un supposé marchandage politique.
«Je suis frustré», a résumé le leader parlementaire, qui devra malgré tout coordonner les travaux parlementaires, la période de questions, les commissions et l'étude des projets de loi dès mardi avec la reprise de la session.
Selon un document obtenu par le Journal de Montréal, rédigé par M. Francoeur à partir de sources anonymes et transmis à la Sûreté du Québec, M. Fournier et un autre ministre du cabinet Charest auraient accepté d'aider un promoteur immobilier à réaliser un projet, en échange de contributions financières au Parti libéral du Québec (PLQ).
Mais M. Fournier dit ignorer totalement à quoi fait référence M. Francoeur. «Je n'ai aucune idée de quel dossier on parle», a-t-il dit.
À sa connaissance, il ne fait d'ailleurs l'objet d'aucune enquête policière. «Aucun policier ne m'a contacté, face à face, rien, jamais entendu parler», a tranché le ministre.
Appuyé par Couillard
«Il faut prendre ça avec un grain de sel, a dit de son côté M. Couillard, à New York. Moi, j'ai confiance en M. Fournier, qui va continuer à présenter son côté de cette histoire-là.»
Contrairement à M. Fournier, M. Couillard s'est refusé à attaquer la crédibilité du président de la Fraternité des policiers de Montréal, mais il a souligné qu'il y avait «une erreur de fait majeure dans ce qui est publié [lundi] matin quant à la présence de M. [Raymond] Bachand à un événement».
M. Fournier a dit avoir assisté à un cocktail de financement en présence d'un promoteur immobilier, mais il a indiqué qu'il était accompagné non pas de Raymond Bachand, comme M. Francoeur prétendait dans sa déclaration, mais de l'ex-ministre Claude Béchard, décédé en 2010.
La rencontre avec le promoteur immobilier se serait tenue en 2008 dans un immeuble d'habitation connu situé au 1000, rue de la Commune, à Montréal, mais sans aucun marchandage politique d'aucune sorte, selon M. Fournier. «Jamais!» a-t-il tonné.
Selon M. Francoeur, l'enquête policière menée sur cette histoire, dans le cadre d'une plus vaste enquête, aurait été bloquée à la demande des autorités pour des raisons politiques.
Le premier ministre, qui participait à New York à une table ronde sur le changement climatique dans le cadre de Climate Week NYC, a rappelé que dès que M. Francoeur a lancé ses accusations initiales, tant la Direction des poursuites criminelles et pénales que l'Unité permanente anticorruption ont ouvert des enquêtes. «Et à ce que je sache, il n'y a rien qui est sorti de là», a dit M. Couillard.
«Les gens font leur travail et j'ai confiance en M. Fournier», a-t-il ajouté.
L'opposition réclame sa démission
Les propos du premier ministre Couillard n'ont cependant pas convaincu le chef de l'opposition officielle, Jean-François Lisée, et le député solidaire de Mercier, Amir Khadir. Tous deux ont réclamé la tête du ministre et leader du gouvernement.
Selon M. Lisée, le premier ministre devrait écarter M. Fournier du conseil des ministres, au moins le temps que les enquêtes policières menées sur les allégations proférées par M. Francoeur aient connu leur conclusion.
«Pourquoi est-ce que le premier ministre ne le suspend pas pour le temps de l'enquête? C'est incompréhensible», a commenté M. Lisée en point de presse, en marge d'une réunion du caucus péquiste, dénonçant au passage ce qu'il a appelé «l'immunité libérale» dont aurait apparemment bénéficié M. Fournier auprès des corps policiers.
M. Khadir pense quant à lui que M. Fournier devrait démissionner, à la fois en raison des allégations récentes et de son passé politique.
«Ça fait longtemps qu'il aurait dû démissionner», a-t-il dit, lors d'un point de presse, associant M. Fournier aux «années de corruption libérale» du l'ancien gouvernement Charest.