Jean Garon a dirigé le ministère de l'Agriculture de 1976 à 1985, sous René Lévesque.

Jean Garon 1938-2014: un mythique ministre de l'Agriculture

Jean Garon est toujours considéré par nombre d'agriculteurs comme le plus vaillant et le plus accessible des ministres de l'Agriculture du Québec contemporain.
«Il a été le premier à parler haut et fort pour les agriculteurs, avec le langage coloré qu'on lui connaissait. Les agriculteurs se reconnaissaient dans cet homme-là», a exprimé mercredi Marcel Groleau, président de l'Union des producteurs agricoles (UPA). 
«Il y a un mythe Jean Garon. Si vous demandez aux agriculteurs quel est le meilleur ministre de l'Agriculture qu'on a eu au cours des 50 dernières années, ou du dernier siècle même, probablement que c'est le nom de Jean Garon qui va sortir en premier», a confirmé Michel Morisset, professeur à l'Université Laval et membre du Groupe de recherche en économie et politique agricoles. 
M. Garon a été aux commandes du ministère de l'Agriculture de 1976 à 1985, sous René Lévesque. Il est le père de la Loi sur la protection du territoire agricole, adoptée en 1978, qui a départagé le Québec en zones vertes, protégées pour l'agriculture, ou blanches, donc accessibles pour le développement résidentiel, commercial et industriel. 
C'est aussi lui qui a déployé le programme d'assurance stabilisation du revenu agricole (ASRA), qui garantit un revenu minimal aux agriculteurs quand les prix du marché baissent. 
Outils de modernisation
Ces outils ont permis la modernisation de l'agriculture québécoise, considérée depuis comme un secteur économique à part entière, a poursuivi M. Groleau. 
Michel Morisset souligne que Jean Garon a bâti sa réputation lors de son premier mandat. Mettant de l'avant le concept d'autosuffisance alimentaire, il a multiplié par deux le budget de son ministère et relancé, de façon plus ou moins durable, des productions en difficulté, comme l'agneau, le boeuf ou les céréales. 
Le deuxième mandat a été moins glorieux, marqué par un ralentissement économique et des frictions avec l'UPA. «Il a été extrêmement déçu que l'UPA n'appuie pas officiellement et publiquement le référendum. Il en a toujours voulu à l'UPA par la suite. [...] Dans la mesure où lui, il avait livré et il n'a pas eu le retour d'ascenseur qu'il s'attendait à avoir. Et orgueilleux comme il était, ça a été un affront personnel», a expliqué le professeur. 
Le principal intéressé est néanmoins demeuré près des agriculteurs toute sa vie. Il n'a pas hésité à défendre son héritage à leurs côtés, dénonçant le grignotage des terres agricoles aussi bien que les coupes à l'ASRA et déplorant le trop faible espace accordé aux produits alimentaires québécois sur les tablettes des supermarchés.
<p>Jean Garon, en 1995</p>
Un passage bref, mais marquant à l'Éducation
Jean Garon n'aura été ministre de l'Éducation que 16 mois, de septembre 1994 à janvier 1996, mais il aura tout de même réussi à y laisser sa marque.
Même s'il était «la bête noire» de certains acteurs du milieu de l'éducation, il a tout de même réalisé de «bons coups», affirme Jean Bernatchez, professeur en administration scolaire à l'Université du Québec à Rimouski (UQAR).
C'est lui qui a démarré le processus des États généraux sur l'éducation et qui a donné «un caractère démocratique et élargi» à cette vaste opération, souligne-t-il.
M. Garon a par ailleurs fait adopter la loi 95, qui a obligé les recteurs à divulguer leurs salaires et autres avantages financiers. Plutôt que de réduire le programme de prêts et bourses, M. Garon a voulu «commencer par le haut» et «il a fait un bon ménage de ce côté», estime
M. Bernatchez.
C'est aussi Jean Garon qui a renégocié les taux d'intérêts des prêts étudiants, ce qui a permis d'économiser 30 millions $. «On n'en retrouve pas beaucoup aujourd'hui, des ministres qui tiennent tête aux banques», affirme le professeur de l'UQAR.
Jean Garon aura été l'allié des étudiants jusqu'à la fin, puisqu'il a pris position pour la gratuité scolaire pendant le conflit étudiant en 2012.
Avec son projet d'université autonome à Lévis, qui a suscité une levée de boucliers dans l'Est-du-Québec, Jean Garon a par ailleurs semé l'idée d'un campus universitaire sur la Rive-Sud, un projet qui a par la suite été concrétisé par l'Université du Québec à Rimouski.
Même si son style de «défonceur de portes ouvertes» n'a pas plu à tous, M. Bernatchez estime que le passage de Jean Garon à la tête du ministère de l'Éducation a été «plutôt positif». Il a travaillé «pour le bien commun» de façon «honnête et convaincue», conclut-il.