Jean Garon 1938-2014: pas gêné d'écorcher

François Legault est un braillard professionnel, Philippe Couillard, un opportuniste arrogant tandis que Pauline Marois change d'idée comme de chemise. Même s'il avait quitté la politique depuis des années, Jean Garon se faisait toujours un plaisir de la commenter, et ce, sans manquer d'écorcher au passage d'anciens rivaux ou de nouveaux arrivés dont la tête ne lui revenait tout simplement pas.
À la mi-mars, l'ex-ministre et ex-maire de Lévis venait de signer aux côtés de 11 autres ténors péquistes une lettre d'appui à la candidature de Pierre-Karl Péladeau, malmené depuis l'épisode du poing brandi dans les airs. «Je pense que l'arrivée de M. Péladeau, ça enlève un des gros arguments des fédéralistes, notamment à [François] Legault, qui est une guidoune et qui est allé au PQ pour être nommé ministre», avait-il lancé en entrevue au Soleil.
«Moi, j'y crois pas à son affaire», a-t-il renchéri au sujet de la Coalition avenir Québec (CAQ), «une gamique» dont la mort était imminente, selon lui. «Être indépendantiste ou être fédéraliste, ce n'est pas comme avoir la syphilis. C'est pas une maladie honteuse!» s'était par la suite exclamé M. Garon.
«Je trouve Couillard très arrogant alors ce parti-là devrait se regarder dans le miroir», a-t-il poursuivi, parlant cette fois de l'aspirant premier ministre libéral. «Il s'est fait payer des études par les Québécois en médecine et il va travailler en Arabie Saoudite!»
Début avril, le septuagénaire s'est aussi attaqué à Pauline Marois, qui venait d'encaisser la plus cuisante défaite du Parti québécois. «Je pense que les gens n'aimaient pas Pauline. Pauline n'était pas populaire» avait-il laissé tomber, avant d'expliquer que, selon lui, l'ex-première ministre du Québec changeait trop souvent d'idée et ne savait pas où elle s'en allait.
M. Garon croyait par ailleurs que le parti devait prendre le temps de se choisir un nouveau chef aimé de tous les Québécois. Mais Jean-François Lisée n'était pas un bon candidat puisqu'il avait le «moi gonflé à l'hélium» tandis que Bernard Drainville pouvait faire l'affaire puisque la Charte allait revenir dans l'actualité avec «les immigrants qui ne peuvent pas vivre ici comme chez eux».
«Carriéristes»
À ses yeux, René Lévesque et Jacques Parizeau avaient correctement gouverné les troupes péquistes, mais les autres étaient tous des «carriéristes». Surtout Lucien Bouchard, pour qui il semblait vouer une haine particulière. «J'avais pas confiance en lui, je suis parti», a répété à plusieurs reprises l'ancien député de Lévis de 1976 à 1998.
Se disant indépendantiste de la première heure, Jean Garon ne voyait toutefois pas d'urgence à déclencher un référendum. «Moi, je suis pressé de le faire pour que ça marche. C'est évident que je voudrais que ça se fasse [l'indépendance] de mon vivant», a-t-il exprimé avant d'avouer ne pas comprendre les Québécois, qui ont refusé à deux reprises leur liberté. «Vouloir faire l'indépendance de son pays, c'est normal. Ce qui est anormal, c'est de ne pas le faire!» avait-il soupiré.