Jacques Parizeau chantre de l'indépendance

Jacques Parizeau n'a jamais dévié de ses convictions en faveur de la souveraineté.
Il l'a aperçue de si près, mais il n'a pas réussi à toucher terre. L'indépendance du Québec est demeurée un rêve inaccessible et, de son propre aveu, un échec personnel.
Tout au long de la journée, les témoignages ont afflué pour rappeler que M. Parizeau a consacré sa vie publique à amener le Québec dans le forum des nations.
Après de brillantes études qui lui ont fait décrocher un doctorat au London School of Economics, en Angleterre, il fait partie des jeunes hauts fonctionnaires qui feront la Révolution tranquille. Au hasard d'un voyage en train à Banff, en Alberta, où il livre un discours, il acquiert la conviction qui le suivra toute sa carrière, a-t-il souvent raconté, dont à tous ceux avec qui Le Soleil s'est entretenu.
Au fil de ses réflexions, il conclut alors que la société différente du reste du Canada qu'est le Québec ne peut que vouloir «toujours plus de pouvoirs», rapporte son plus fidèle conseiller, Jean Royer. «Mais plus [le Canada] en donne, plus ce n'est pas assez!» Cela ne peut que conduire le Canada à perdre «la cohésion nécessaire à un gouvernement national. D'où la nécessité que chacun parte avec ses propres affaires», résume l'ancien chef de cabinet.
«Au cours de ce voyage», confirme Louis Bernard, un collègue de M. Parizeau chez les mandarins de la fonction publique, «c'est devenu clair que tout ce que le Québec faisait pour réformer le fédéralisme correspondait à nos besoins. Mais ce n'était pas sûr que ça corresponde aux besoins du reste du Canada», disait-il.
Très tôt, Jacques Parizeau effectue un choix «fondamental», le service public, reprend Jean Royer. La tâche de moderniser le Québec le conduit à la conclusion que les «problèmes de partage des pouvoirs» sont insolubles, à moins d'accéder à la souveraineté, se dit M. Parizeau.
Le service public, ce sera «d'embarquer en politique, poursuit
M. Royer. Ce n'est pas un choix qui lui plaît. La politique n'est pas la partie la plus agréable, mais il fait le choix de s'investir à 100 milles à l'heure, uniquement pour que ça arrive.»
À travers cet engagement, de durs combats, René Lévesque a été davantage frappé par la première défaite référendaire de 1980 que Jacques Parizeau qui se relève plus vite, estime Louis Bernard.
Rupture douloureuse
Mais la rupture sera douloureuse avec René Lévesque lorsque ce dernier décide d'y aller avec le «beau risque» que représente la tentative de renouveler le fédéralisme canadien, explique l'ancien secrétaire général du Québec. En 1984, il démissionne dans une atmosphère de crise.
Jean Royer voit sa lettre de démission «très digne», tente de le convaincre de ne pas partir ainsi. «M. Royer, vous me connaissez suffisamment pour savoir que mes sentiments, je garde cela pour ma femme et la musique.»
En 1995, au second plébiscite sur la souveraineté, «c'est tout ou rien. Il gagnait ou il n'avait plus sa place, se rappelle M. Bernard. Il ne voulait pas gouverner une province.»
Jean Royer insiste que la décision de quitter la politique après la défaite du Oui était tout sauf une surprise. «Cent fois plutôt qu'une», dit le conseiller, Jacques Parizeau lui répète qu'advenant un Non, il part.
«Un homme qui assume»
Ce soir fatidique du 30 octobre, il y va d'une déclaration qui le hantera désormais. Le Oui a été battu «par quoi? Par l'argent puis des votes ethniques, essentiellement». M. Royer admet qu'il a été profondément blessé par le tollé que cela a provoqué. Voulez-vous vous excuser, mettre en contexte, demande-t-il, le lendemain. «Non, je vais assumer ce que j'ai dit», se fait-il répondre. «C'était un homme qui assume.»
M. Parizeau a par la suite tenté d'expliquer des propos sur le vote ethnique que Jean Royer attribue à une «colère non contenue. Pourtant, c'était tellement contre sa nature... Sa première femme [Alice Parizeau, née Alicja Poznaska] était polonaise...»