Denis Coderre et Régis Labeaume.

Infrastructures sportives: tir groupé des maires canadiens

Les maires canadiens ont parlé hier d'une seule voix pour réclamer qu'Ottawa permette le financement des infrastructures sportives par l'entremise du Fonds Chantiers Canada. Mais pour l'instant, le ministre Denis Lebel ferme la porte à double tour.
Le caucus des maires des 22 plus grandes villes de la Fédération canadienne des municipalités (FCM) se réunissait hier à Ottawa pour sa rencontre semestrielle. Ensemble, ils représentent 65 % de la population du pays. La question du Fonds Chantiers Canada a bien sûr été ramenée sur le tapis. Faisant écho à la fronde lancée la veille par le président de l'Union des municipalités du Québec (UMQ), Éric Forest, ses homologues des villes canadiennes ont exprimé une vive préoccupation de voir que les projets sportifs et de loisirs qu'ils avaient en tête pour leur communauté ne pourront pas bénéficier d'une aide fédérale.
«Les collègues, non seulement du Québec, mais tous les collègues autour de la table, on a demandé au gouvernement fédéral de ramener l'éligibilité des infrastructures de loisirs et de sports dans le programme», a affirmé le maire de Québec, Régis Labeaume, qui a participé à un point de presse en compagnie du maire de Montréal, Denis Coderre, et des autres maires des principales villes du Québec. «Alors, non seulement l'UMQ est d'accord avec ça, mais la FCM aussi est d'accord avec ça. Alors, on va demander au gouvernement fédéral d'écouter un petit peu.»
Une demande qui a été appuyée par Claude Dauphin, maire de l'arrondissement de Lachine et président de la Fédération canadienne des municipalités. «Les villes possèdent 60 % des infrastructures au Canada. On aimerait que ça transpire dans le programme.»
Pour Maxime Pedneaud-Jobin, maire de Gatineau, c'est un projet de bibliothèque qui est en péril. Il ne comprend pas qu'on sacrifie ainsi certains projets primordiaux. «Cette nouvelle qui dit qu'on retire les sports et la culture du programme d'infrastructures, c'est une mauvaise nouvelle à tous égards. La culture, c'est majeur. C'est un outil de développement économique à Gatineau et partout au Canada.»
Besoin de flexibilité
En fin d'après-midi, la Fédération québécoise des municipalités (FQM) a aussi fait valoir son point de vue. «Le fédéral a mis le feu aux poudres en refusant aux municipalités la possibilité d'utiliser les sommes prévues dans le cadre du Fonds Chantiers Canada pour les équipements sportifs. Le milieu municipal a besoin de flexibilité. Nous connaissons nos besoins et nous sommes donc les mieux placés pour savoir à quelles fins les investissements doivent être utilisés», a déclaré le président de la FQM, Richard Lehoux.
Régis Labeaume, qui a passé trois jours au Vatican avec Denis Lebel, a eu l'occasion de parler au ministre de ses préoccupations, mais dit ne pas saisir le raisonnement d'Ottawa.
«On a eu de très bonnes discussions. Il connaît notre opinion. Denis [Lebel] m'a dit que c'était basé sur la création d'emplois. Voulez-vous m'expliquer pourquoi la construction d'un anneau de glace créerait moins d'emplois que la construction d'un système de traitement des eaux? Ça ne marche pas. Je n'ai pas compris le rationnel derrière le choix.»
«Denis, il est ouvert. C'est de savoir si, au-dessus de lui, ils sont aussi ouverts.»
Et là-dessus, les maires ont l'appui du ministre provincial des Affaires intergouvernementales, Alexandre Cloutier. «Il n'y a aucun doute dans notre esprit que les maires ont entièrement raison de se plaindre des conditions que souhaite imposer le gouvernement fédéral. Des conditions restrictives qui empêcheront des projets valables. Des conditions qu'Ottawa souhaite imposer, et ce, malgré ce que nous-mêmes, nous avons proposé au gouvernement», a-t-il affirmé. Il rappelle que l'enveloppe ne sera disponible qu'à partir du 1er avril. Toute pression des maires d'ici là est «bonne», selon lui.
Collaboration
Quelques minutes avant le point de presse des maires, le ministre canadien de l'Infrastructure, des Collectivités et des Affaires intergouvernementales, Denis Lebel, a publié un communiqué dans lequel il affirme qu'il continuera de «travailler avec les provinces, les territoires, la Fédération canadienne des municipalités et d'autres parties intéressées pour recueillir de l'information sur les questions en suspens concernant les programmes». «Nous sommes déterminés à ce que la transition du plan Chantiers Canada de 2007 vers le nouveau plan soit effectuée sans heurts», écrit son cabinet.
Il ne faut pas comprendre par là qu'Ottawa est prêt à revoir les critères du Fonds Chantiers Canada. «Non, nous ne changerons pas les critères du Fonds. Ce passage du communiqué fait référence à la réception des propositions de projets d'ici le 31 mars de cette année et [au fait] qu'il n'y aura pas de délai au financement entre les deux plans», a répondu par courriel la directrice des communications, Michèle-Jamali Paquette. Avec la collaboration de Martin Croteau (La Presse) et de Jean-Marc Salvet