Le président de l'Union des municipalités du Québec, Éric Forest

Infrastructures sportives: les maires prêts au combat

C'est «l'incompréhension totale» chez les maires des grandes villes québécoises, qui s'attendaient à voir Ottawa financer le tiers de leurs infrastructures de loisirs et de sport. Au lieu de cela, «on nous ferme la porte au nez», s'indigne le président de l'Union des municipalités du Québec, Éric Forest, qui promet d'utiliser tout le poids politique des maires de partout au Canada pour faire annuler la décision.
Quatre jours après avoir appris que les projets d'infrastructures de loisir ne seraient pas admissibles au nouveau programme Chantiers Canada, le maire de Rimouski ne décolère pas. «C'est totalement irrespectueux» de la part d'Ottawa envers les municipalités, qui ont été des «partenaires de premier chef dans la relance de 2008», lâche-t-il, déçu.
«Quand en 2008 ils nous ont mis à l'ouvrage, on a livré des travaux d'infrastructures pour contribuer à la relance économique. Il est clair et net qu'on a devancé nos investissements. On a alourdi notre endettement. Si on n'était pas là, qui les faisait, les travaux? Actuellement, on est essoufflés. On avait besoin de cet oxygène-là. Et là, on nous ferme la porte au nez.»
Aucune logique financière
Ce «virage à 180 degrés» provoque une «incompréhension totale de l'ensemble du monde municipal», dit-il. Selon lui, il n'y a aucune logique financière dans cette décision. Et il demeure très sceptique devant l'argument du ministre des Infrastructures, Denis Lebel, qui affirme que c'est à la demande de certains maires que les loisirs ne figurent plus dans le programme. «C'est contre toute logique. C'est contre tout ce qu'on revendique depuis cinq, six ans. [...] Nommez-moi les maires! Trouvez-moi-les, qu'on leur parle!»
Quant à la volonté fédérale de financer des projets qui aideront à «générer de l'économie et de l'emploi», M. Forest oppose que les sports et les loisirs sont aussi des moteurs. «Si je fais 30 millions $ de travaux en infrastructures sportives, qui sont un de nos grands besoins, je génère aussi de l'économie et de l'emploi. Et en plus, ce que je fais, c'est que je dote ma municipalité d'infrastructures qui contribuent à la qualité de vie et à avoir une population en santé et active.»
M. Forest en vient presque à regretter d'avoir applaudi le budget du ministre Jim Flaherty présenté il y a à peine deux semaines et qui, à première vue, semblait vouloir respecter les priorités locales. «Et là, ils tournent de bord. On ne comprend rien.»
Sa ville elle-même souffrira de cette situation. Rimouski manque cruellement d'infrastructures sportives et avait des projets pour un aréna, des installations aquatiques et un stade de soccer. Des projets qu'il était «très confiant» de pouvoir réaliser.
Les municipalités québécoises avaient déjà été ébranlées par un premier revers à l'automne quand elles ont subi des coupes dans les transferts de la taxe de vente venant du palier provincial, rappelle-t-il. Voilà qu'elles devront s'engager dans une nouvelle bataille qui, cette fois-ci, les opposera à l'administration fédérale.
Un affrontement auquel le président de l'UMQ se prépare. Prenant exemple sur le consensus qui s'est dégagé entre les maires sur le dossier des régimes de retraite, il a déjà amorcé des contacts avec la Fédération canadienne des municipalités. Et la lutte se jouera dans l'arène politique, annonce-t-il. «C'est une décision strictement politique. C'est le ministre qui a décidé de changer la donne.»
Une fronde des maires contre les conservateurs? «On n'est pas rendu là. Mais ça veut dire que les maires ensemble, si on est tous d'accord sur le même objectif à atteindre, on regarde le rapport de force qu'on a développé au niveau des régimes de retraite et je pense qu'il faut utiliser cette nouvelle solidarité-là pour faire valoir nos intérêts.»