Un incendie de forêt a forcé l'évacuation du village de Baie-Johan-Beetz en Minganie dans la nuit de lundi à mardi.

Incendie forestier en Minganie: Québec refuse de se prononcer

Au gouvernement, on marche carrément sur des oeufs quand on évoque l'incendie forestier de Baie-Johan-Beetz. Il n'est d'ailleurs pas question de commenter publiquement le feu de forêt le plus médiatisé de 2013, quelle que soit la porte à laquelle on congne dans l'appareil gouvernemental.
À la Société de protection des forêts contre le feu (SOPFEU), pointée du doigt par plusieurs pour sa lenteur à réagir à Baie-Johan-Beetz, on semblait au premier abord prêt à revenir sur ces événements. Mais quelques heures plus tard, on a finalement redirigé le journaliste vers le cabinet du ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), Laurent Lessard.
Quant au cabinet du ministre, il a fait savoir qu'il n'y aura aucun retour sur ces feux tant que M. Lessard n'aura pas rendu public le rapport Morneau, qu'il a pourtant en main depuis son arrivée à la tête du ministère en avril.
«Le ministre est bien au fait du dossier, mais c'est encore sous analyse», a déclaré Tania Morin, attachée de presse de M. Lessard, qui signale que c'est ce dernier qui décidera du moment où le rapport sera rendu public.
Le gouvernement s'est cependant montré disposé à parler des choses qui ont changé depuis un an, comme les priorités dans la protection du territoire.
«La priorité numéro un, c'est la protection des vies humaines, quelle que soit la zone d'intervention», a indiqué Julie Fortin, ingénieure forestière responsable du Service de la gestion du feu et réglementation du MFFP. «En ce sens, on est notamment intervenus à Schefferville et Kuujjuaq, en support au ministère de la Sécurité publique», a-t-elle ajouté.
Ce sont toutefois les systèmes de détection et la communication entre les différents services impliqués dans la lutte aux incendies au nord du 51e parallèle qui semblent avoir pris du galon.
Nouvelles mesures
Parmi les nouvelles mesures mises en place en territoire nordique, on compte entre autres une procédure d'alerte précoce avec la Sécurité civile, qui est avisée dès qu'il y a une menace potentielle pour une communauté.
L'émission d'avis météo sur les dangers de feux, l'imagerie satellitaire pour suivre la dérive de la fumée et l'ajout d'avions de détection comme vigie aérienne font partie de ces nouvelles mesures. «On a aussi revu nos ressources en zone nordique, considérant la volonté du gouvernement de développer ce territoire», a ajouté Mme Fortin.
Les feux de forêt ont également été ajoutés ce printemps à la liste du Cadre de prévention des sinistres, enchaîne l'ingénieure. Cette liste comprenait déjà les glissements de terrain, les tremblements de terre, l'érosion et les accidents industriels. Le cadre de prévention coordonne l'action de plusieurs ministères en cas de sinistre.
Un rapport très attendu impatience
Blâmé de toutes parts pour sa gestion du feu qui a ravagé une bonne partie de l'arrière-pays de la Minganie, le précédent gouvernement péquiste avait commandé en septembre 2013 un rapport autopsie sur la gestion des feux de forêt cette année-là.
La ministre des Ressources naturelles de l'époque, Martine Ouellet, avait commandé ce rapport à Guy Morneau, longtemps haut fonctionnaire de l'État québécois. Le mandat de M. Morneau était d'analyser les moyens pris par les acteurs liés à la lutte des incendies forestiers, de recevoir les préoccupations du public concerné et de formuler des recommandations au gouvernement afin d'améliorer la gestion des feux de forêt au nord du 51e parallèle.
Pour ce faire, Guy Morneau a notamment rencontré les élus de la Minganie et des communautés autochtones, les entreprises minières et forestières, la SOPFEU et, bien sûr, les ministères concernés. M. Morneau a déposé son rapport à Mme Ouellet en mars, soit quelques semaines avant la défaire électorale du Parti québécois. Depuis la fin avril, le rapport est entre les mains du ministre de la Forêt, de la Faune et des Parcs (MFFP), Laurent Lessard.
Aucunes nouvelles
Depuis ce temps, la MRC de la Minganie attend avec impatience les conclusions du rapport Morneau. Le préfet Luc Noël a récemment adressé une lettre, déplorant n'avoir eu «aucun vent de ce post-mortem, promis début mai», peut-on lire dans la correspondance du 3 juillet.
«On est encore obligé d'envoyer une lettre pour essayer de se faire confirmer si notre territoire est protégé», s'indigne le préfet. «Plus long on attend avant de déposer le rapport, moins vite on prend des décisions qui auront des impacts sur la Minganie. Sortez-le et dites-nous ce que vous allez faire pour ne pas que ça se reproduise.»
Le jour même de notre entrevue avec le MFFP, ce dernier et celui de la Sécurité publique ont demandé à tenir une rencontre avec la MRC de Minganie. Le rapport Morneau ne sera toutefois pas dévoilé à ce moment, assure néanmoins une porte-parole du MFFP. Avec Fanny Lévesque