«Immunité libérale»?

DÉCODAGE / Le grand patron de l'Unité permanente anticorruption a corroboré des affirmations des libéraux de Philippe Couillard. C'est le premier élément devant être retenu de son passage à l'Assemblée nationale.
Il n'existe pas d'«immunité libérale» et personne n'est au-dessus des lois, a martelé Robert Lafrenière. Les institutions, dont la sienne, sont au travail. L'UPAC ne subit aucune entrave politique, aucune influence non plus.
Si un membre du gouvernement s'avisait de passer un coup de fil à quelqu'un de son unité, ce serait «catastrophique» pour lui, a aussi laissé tomber M. Lafrenière.
Pas plus que la directrice du bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales et que le patron de la SQ, il n'a jamais vu de dossier ressemblant à celui récemment décrit par Yves Francoeur, de la Fraternité des policiers de Montréal, au sujet d'accusations de fraude qui auraient pu être portées contre deux élus libéraux, mais qui auraient été bloquées.
Pour l'heure, les libéraux peuvent à bon droit répéter le message qui est le leur depuis quelque temps : «Faisons confiance aux institutions.»
C'est un jeu dangereux que de suggérer sans preuve qu'elles seraient à la solde d'un parti.
Nous reviendrons plus loin sur le deuxième élément à retenir du passage du patron de l'UPAC à l'Assemblée nationale.
Lisée contre Le Pen
Le chef péquiste Jean-François Lisée est un habile politicien - un «tacticien», selon Philippe Couillard.
M. Lisée sait que des Québécois, ainsi que des péquistes, jugent intéressantes des propositions de la candidate du Front national à la présidentielle française, Marine Le Pen, que ce soit sur des questions liées à l'immigration ou à la «souveraineté» de la France, qui serait, selon elle, menottée dans l'Union européenne.
Le chef péquiste a indiqué qu'il voterait pour Emmanuel Macron s'il était en France, bien qu'à contrecoeur. Jamais pour Marine Le Pen. C'est là qu'il a fait preuve d'habileté, prenant grand soin de ne pas prendre à rebrousse-poil des Québécois qui pourraient être sympathiques aux idées du Front national. Il a d'abord dit les comprendre, mais...
«Je comprends qu'il y a des gens [...] qui  peuvent trouver que ce n'est pas si fou ce qu'elle dit», a-t-il postulé avant d'aller plus loin; avant de dire qu'il a vécu en France et qu'il sait «ce qu'est le FN et ce que ça charrie, et que c'est très inquiétant».
Le chef caquiste, François Legault, a joué de prudence, tentant de ne froisser aucun électeur. Il a renvoyé Emmanuel Macron et Marine Le Pen dos à dos.
Si Philippe Couillard a évité de dire publiquement qu'il souhaitait voir Emmanuel Macron succéder à François Hollande, c'est tout simplement qu'il se souvient trop bien de sa déclaration en faveur d'Hillary Clinton à quelques heures du vote du scrutin présidentiel américain...
L'appel à Parizeau
Un dossier risqué pour Jean-François Lisée a resurgi : de très nombreuses antennes locales du Parti québécois ont adopté des résolutions visant à maintenir dans le programme du parti le projet d'étendre la loi 101 au réseau collégial - ce qui empêcherait, en gros, les étudiants francophones et allophones de fréquenter un cégep anglophone.
M. Lisée promeut, lui, le libre-choix à ce niveau. Pour tenter de convaincre les militants péquistes s'opposant à lui dans ce dossier, il a fait appel à une figure emblématique du Parti québécois : Jacques Parizeau lui-même.
«Jacques Parizeau était contre l'application de la loi 101 au cégep parce qu'il estimait qu'on doit laisser les jeunes adultes avoir ce choix», a-t-il dit. C'est ce qu'on appelle un argument d'autorité. Et de séduction péquiste, peut-être aussi.
Sa référence n'a pas encore été beaucoup répercutée dans les médias. Mais on entendra souvent M. Lisée prononcer le nom de Jacques Parizeau dans ce débat qui renaît encore une fois au PQ. 
Le chef péquiste était dans une semaine d'«affirmation». Tellement qu'il l'a conclue en faisant savoir à Québec solidaire que le temps des pieds de nez achevait.
Tout un fond de scène!
Le deuxième élément à relever à propos du passage de Robert Lafrenière à l'Assemblée nationale concerne les partis d'opposition. Ils sont plutôt heureux de ce qu'ils ont entendu.
L'enquête Mâchurer, qui vise l'ex-collecteur de fonds libéral Marc Bibeau et touche l'ex-premier ministre Jean Charest, ira jusqu'au bout, a assuré le chef de l'UPAC.
On parlera donc encore longtemps et beaucoup du financement du Parti libéral du Québec. D'autant que le procès de l'ex-vice-première ministre, Nathalie Normandeau, alimentera aussi le sujet.
Tout un fond de scène politique à venir!
Philippe Couillard n'a pas fini de déplorer publiquement le rôle «hypertrophié» que jouaient jadis les responsables du financement politique. Et de répéter que cette époque est révolue.
Il demande et demandera à être jugé sur son bilan, sur ses propres actions ; sur l'état des finances publiques et sur la relative embellie économique du Québec.
Les partis d'opposition n'ont pas fini de répéter qu'il s'agit du même Parti libéral du Québec.