La porte-parole caquiste en matière d’immigration, Nathalie Roy, trouve «aberrant» qu’au 31 mars 2018, le Québec comptait 22 193 demandes d’immigration en attente de traitement, alors que le gouvernement Couillard a tenu un discours qu’elle considère alarmiste lors du dévoilement de la Stratégie nationale sur la main-d’œuvre, en mai.

Immigration: la CAQ dénonce le blocage des demandes

EXCLUSIF / Parce qu’il en a trop en attente, le gouvernement du Québec a presque fermé le robinet des nouvelles demandes provenant d’immigrants économiques. Un blocage dénoncé par la CAQ, qui croit que les libéraux «n’ont qu’eux à blâmer» pour la pénurie actuelle de main-d’œuvre immigrante.

«On nous dit qu’il faut ouvrir les vannes de l’immigration, mais en même temps, on est incapables de traiter les demandes», s’insurge la députée Nathalie Roy, porte-parole de la CAQ en immigration.

Depuis le 1er avril et jusqu’au 15 août, le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI) n’accepte aucune nouvelle demande de la part d’investisseurs, d’entrepreneurs ou de travailleurs autonomes. Seuls les travailleurs qualifiés peuvent tenter leur chance pour immigrer au Québec, mais le nombre maximal de nouvelles demandes est plafonné à 5000.

Pour Mme Roy, le gouvernement libéral tient «un double discours et même un discours hypocrite» en matière d’immigration, en disant que c’est ce dont a besoin le Québec, tout en se montrant incapable de faire cheminer les dossiers. 

Lors du dévoilement de sa Stratégie nationale sur la main-d’œuvre en mai, le gouvernement Couillard a insisté sur les besoins criants des entreprises québécoises en main-d’œuvre immigrante. «Le Québec a indéniablement besoin des immigrants, il en va de la survie de certaines entreprises», avait commenté le ministre de l’Emploi François Blais.

La Stratégie fixe comme objectif de faire passer de 32 à 6 mois le délai pour remettre un certificat de sélection du Québec aux nouveaux immigrants d’ici 5 ans. «Je pense qu’on peut faire beaucoup mieux que ce qu’on a fait jusqu’à maintenant, même si on n’a pas mal fait les choses» en immigration, avait souligné M. Couillard. 

Mme Roy trouve «aberrant» qu’au 31 mars 2018, le Québec comptait 22 193 demandes d’immigration n’ayant pas encore été traitées, alors que le gouvernement Couillard tient ce discours alarmiste. En utilisant la Loi sur l’accès aux documents, la CAQ a découvert que le nombre de certificats de sélection du Québec délivrés dans le cadre du programme régulier des travailleurs qualifiés a chuté de façon considérable, passant de 23 837 en 2016 à 13 971 en 2017. 

Appelé à réagir, le MIDI se défend de réduire la cadence. Son porte-parole Jonathan Lavallée explique que le ministère a émis davantage de certificats de sélection à des travailleurs qualifiés en 2017 en passant par le Programme de l’expérience québécoise. Ce programme s’adresse aux diplômés et futurs diplômés du Québec et aux travailleurs étrangers temporaires qui occupent un emploi spécialisé.

Si bien qu’au total, 24 862 personnes ont été admises dans la catégorie des travailleurs qualifiés en 2017, soit environ le même nombre que par les années passées. M. Lavallée assure que le MIDI remplira les objectifs d’immigration du Québec en 2018, qui sont d’accueillir entre 49 000 et 53 000 personnes, en traitant en priorité les dossiers qui font déjà partie de son inventaire. 

Deux ans de retard

Mme Roy déplore également que le gouvernement ait laissé traîner le dossier de l’immigration économique pendant 2 ans. Au lieu d’appliquer le concept du premier arrivé, premier servi, le projet de loi 77, qui a été adopté en 2016, permettra à la province de sélectionner les immigrants qui répondent le mieux à ses besoins de main-d’œuvre, en leur demandant de remplir une «déclaration d’intérêt». 

Cette loi n’est toutefois pas encore appliquée, car le règlement qui l’accompagne a été publié seulement le 28 mars 2018 et qu’il n’est pas encore en vigueur. «Le gouvernement libéral n’a que lui à blâmer pour son inaction. Visiblement, on n’en faisait pas une priorité», croit Mme Roy. 

M. Lavallée indique que ce règlement devrait entrer en vigueur au cours de l’été. À partir de ce moment-là, «ce système devrait être déployé graduellement cette année», afin d’«assurer un meilleur arrimage entre les besoins des entreprises et les candidats à l’immigration». Pour Mme Roy, ce changement dans les façons de faire affiche deux ans de retard. 

Nathalie Roy rappelle que l’immigration «fait partie d’un ensemble de solutions» pour régler les problèmes de main-d’œuvre au Québec, car pour la CAQ, l’éducation est aussi une clé très importante. Comme environ le quart des immigrants que reçoit le Québec finit par quitter la province, la proposition de la CAQ est de réduire le nombre d’immigrants à 40 000 par année, mais de les obliger à apprendre le français et de mieux les intégrer afin qu’ils décident de rester au Québec.