Maurice Duplessis lors d'une envolée oratoire.

Il y a 50 ans, Duplessis s'éteignait

Il y a 50 ans s'éteignait le premier ministre du Québec associé à la période de la «grande noirceur», Maurice Duplessis.
Dans la nuit du 7 septembre 1959, à Shefferville, le chef de l'Union nationale mourait à l'âge de 69 ans, à la suite d'une hémorragie cérébrale qui l'avait terrassé au cours d'un voyage de chasse, quelques jours plus tôt.
Cette nouvelle frappa les Québécois de plein fouet, eux qui avaient été habitués au règne autoritaire de celui qu'on appelait «le Chef», et qui présidait d'une main de fer aux destinées de la province depuis 15 années consécutives.
Commémorations d'une semaine
«Les commémorations ont duré près d'une semaine. Vous demandez à tous ceux qui étaient en âge de comprendre en 1959, et tout le monde se rappelle de ce moment-là, un moment très marquant. On avait l'impression qu'il était un peu éternel, Maurice Duplessis», a relaté à La Presse Canadienne l'historien Éric Bédard, professeur à la Télé-Université de l'UQAM.
M. Duplessis, qui était diabétique, avait accepté de participer à cet ultime voyage malgré les avertissements de sa secrétaire, Auréa Cloutier, qui craignait de le voir maintenir un train d'enfer en dépit d'une détérioration de son état de santé.
«Il n'y avait évidemment pas de cercueil dans le chalet où il se trouvait. On a fait venir un cercueil sur lequel on a déposé le drapeau du Québec qui flottait sur l'édifice de la commission scolaire», a raconté M. Bédard.
Né à Trois-Rivières, Maurice Duplessis fut premier ministre de 1936 à 1939 et de 1944 à 1959.
Fondateur de l'Union nationale, il se fit élire ironiquement en dénonçant un scandale de favoritisme ayant ébranlé le premier ministre libéral Louis-Alexandre Taschereau.
Trafic d'influence
Par la suite, ses années de pouvoir furent justement marquées par le trafic d'influence, les accointances avec le clergé, la lutte contre le communisme et une intransigeance à l'égard des syndicats.
Même si l'histoire le juge sévèrement, Maurice Duplessis réussit tout de même un tour de force en obtenant cinq mandats de premier ministre, dont les quatre derniers consécutifs.
«Les Québécois se sont reconnus en lui parce qu'on avait l'impression, après la Deuxième Guerre mondiale, que les choses allaient très vite. Ils faisaient donc confiance à ce politicien fort, stable, conservateur», analyse l'historien Éric Bédard.
Ce dernier relate que la société québécoise n'était pas la seule, dans les années 1950, à miser sur un gouvernement plus autoritaire, dans un contexte de montée du communisme et de Guerre Froide.
Marketing politique
Pour se maintenir au pouvoir, le chef de l'Union nationale mit par ailleurs sur pied ce que certains considèrent être la première véritable machine de marketing politique.
Alain Lavigne, directeur du programme en communication publique de l'Université Laval, a récemment créé une exposition sur cette machine électorale, dont les vestiges sont surprenants.
Ainsi, ne disposant pas des outils technologiques qui profitent aujourd'hui aux partis politiques, l'Union nationale avait usé d'imagination en faisant imprimer des promesses électorales sur des cartons d'allumettes, en distribuant des casse-têtes du cabinet ministériel pour les enfants à Noël, ou encore des bandes dessinées qui mettaient en valeur «le Chef».
«Ils étaient très à l'avant-garde en terme de moyens de communication et c'est un contraste, puisqu'on accole à ce parti l'étiquette de la grande noirceur», insiste en entrevue M. Lavigne, qui préfère parler «d'imagination», plutôt que de «manipulation», pour décrire le génie de l'organisateur électoral de Duplessis, Joseph-Damase Bégin.
Pour souligner le 50e anniversaire du décès de Maurice Duplessis, un colloque se déroulera en deux temps, les 17 et 18 septembre à Trois-Rivières, ainsi que le 25 septembre à Québec.
Le sénateur et comédien Jean Lapointe, qui a personnifié Duplessis au petit écran, prononcera une conférence lors de l'ouverture du colloque, organisé conjointement par la Société du patrimoine politique du Québec et l'Université du Québec à Trois-Rivières.