La crainte de voir François Bonnardel passer dans le camp libéral est bel et bien réelle, selon une source.

Idylle Normandeau-Bonnardel: une «situation délicate», croit le jurisconsulte

Une idylle entre une ministre et un député de l'opposition représente une «situation très délicate» que le premier ministre doit assumer, estime le jurisconsulte Claude Bisson.
«C'est certainement une situation délicate», a commenté M. Bisson, hier. «Un peu comme un ministre des Finances dont le conjoint deviendrait président d'une banque. C'est probablement gérable, mais ça peut être difficile.»
Selon lui, il ne s'agit pas d'un conflit d'intérêts au sens traditionnel du terme. «C'est vraiment une situation que le premier ministre doit gérer lui-même, croit M. Bisson. Il peut y avoir des garanties données par le ministre : “On ne parle jamais et on ne parlera jamais de politique ensemble.” Mais c'est très délicat.»
Le jurisconsulte admet qu'il serait embêté si une question du genre lui était posée. «Pierre Elliott Trudeau disait que l'État n'a pas d'affaire dans la chambre à coucher des gens, note-t-il. Ça dépend vraiment de comment on aborde ça.»
L'éthique
Selon Jacques Bourgault, universitaire spécialisé dans la haute fonction publique, l'aspect éthique en cause dans ce cas-ci touche au secret qui entoure les conversations et les documents du Conseil des ministres. «Les individus ont des droits, note-t-il. Ils ont droit à l'amour. Mais lorsque ces droits interfèrent avec des responsabilités publiques, il y a des questions qui se posent.» Même s'il suppose de la bonne foi de Mme Normandeau, il croit que des collègues ministres pourraient craindre que des renseignements confidentiels aboutissent à l'ADQ. Cela peut nuire à l'efficacité du Conseil des ministres, croit-il.
«Quand un ministre a comme conjoint quelqu'un qui a des intérêts directement contraires aux siens, là, il peut y avoir un problème», affirme M. Bourgault.
Pour Yves Boisvert, professeur à l'ENAP et expert en éthique, il ne faut parler ni de conflit d'intérêts — ni même d'apparence de conflit d'intérêts —, puisque aucune faute au bien commun ne peut être démontrée. En pareil cas, ce n'est pas la population qui doit craindre l'apparence de conflit d'intérêts, mais plutôt le gouvernement Charest et le Parti libéral.
«Si cette relation est connue à l'intérieur du gouvernement, ce sera à eux de poser des questions à leur ministre, croit M. Boisvert. S'il y a un manque de loyauté, ce ne sera pas nécessairement à l'égard de la population en général, mais plutôt à l'égard du gouvernement ou du parti en place.»
Pour lui, il s'agit plus de régie interne gouvernementale que d'intérêt public.