Les Québécois ont vu en direct la nouvelle première ministre, Pauline Marois, être emportée par ses gardes du corps pendant son discours de victoire.

Harold Lebel: «On y passait tous»

Harold Lebel, député de Rimouski, croit qu'il n'a pas été assez dit que l'attentat du Métropolis a été motivé par la haine des souverainistes. Il ne veut pas en faire un cheval de bataille, mais c'est sa conviction profonde.
«Les gens ont été gênés de le dire de peur d'envenimer les relations au Québec», dit-il.
Harold Lebel pense au technicien de scène Denis Blanchette, atteint mortellement par Richard Henry Bain. À Dave Courage, également technicien de scène, qui a été grièvement blessé. Il a d'abord tenu à parler d'eux en entrevue avec Le Soleil mardi soir.
M. Lebel était près de la première ministre tout juste élue, Pauline Marois, lorsque Richard Henry Bain a commis son attentat le 4 septembre 2012. Il l'écoutait des coulisses.
Ce soir-là, son rôle était d'accueillir les candidats élus et défaits du Parti québécois. Tous étaient entrés par la porte d'où le coup de feu est venu plus tard.
Lorsque ce coup de feu a retenti, il était avec une vingtaine de personnes, dont des membres de la famille de Mme Marois. La nouvelle première ministre du Québec s'adressait aux quelque 2000 partisans péquistes réunis dans la salle.
Après le coup de feu, M. Lebel est aussitôt retourné sur ses pas, vers la fameuse porte. «Là, j'ai vu M. Courage le dos sur le plancher.» Son réflexe, à lui et à un organisateur péquiste, a été de «tirer» M. Courage de là.
À ce moment-là, il ne pensait pas qu'il aurait pu être blessé par un projectile d'arme à feu.
Le député de Rimouski, Harold Lebel
Balle assourdissante
On sortait du «Printemps érable», se souvient-il. Autour de lui, on a pensé à une «balle assourdissante».
C'est alors que l'attachée de presse de Mme Marois, Marie Barrette, a crié qu'il y avait un tireur.
Là, «on a fermé la porte», relate M. Lebel. Deux gardes du corps sont arrivés. L'un d'eux l'a rouverte avant de la refermer aussitôt. Juste avant que Richard Henry Bain ne lance son cocktail Molotov.
«Si son arme ne s'était pas enrayée, il serait monté dans les marches et il aurait poivré tout le monde dans les coulisses. Il nous aurait poivrés. On y passait tous. Si on n'avait pas fermé la porte, le cocktail Molotov aurait enflammé les rideaux, la scène...Le feu aurait pris partout.»
Comme une douzaine d'autres personnes, Harold Lebel passera la nuit à faire une déposition aux policiers, d'abord à des enquêteurs de la police de Montréal, ensuite à la Sûreté du Québec.
«Moi comme les autres, on est vite passés à autre chose. Le lendemain, il fallait organiser le nouveau gouvernement.»
«Mais moi, maintenant, quand j'entends un bruit dans une salle, j'ai peur. Quand je suis dans un événement politique aujourd'hui, je regarde toujours où sont les portes pour sortir.»
«C'est bizarre de penser que ce gars-là est venu pour tirer sur Mme Marois et sur nous autres parce que nous étions des "séparatistes". Moi, je suis un gars du Bas-du-Fleuve. Si je suis souverainiste, c'est pas parce que j'haïs les Anglais. Se faire tirer dessus à cause de nos opinions politiques...»