Depuis les années 1970, le parti a vécu différents moments difficiles, mais s’est toujours relevé parce qu’il y avait toujours des plus jeunes qui arrivaient, relate le député péquiste Harold LeBel.
Depuis les années 1970, le parti a vécu différents moments difficiles, mais s’est toujours relevé parce qu’il y avait toujours des plus jeunes qui arrivaient, relate le député péquiste Harold LeBel.

Harold LeBel: le nouveau chef, une dose de pep pour le vétéran de Rimouski

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
LA POLITIQUE EN QUESTIONS / Chaque samedi, Le Soleil braque les projecteurs sur des sujets politiques chauds passés sous la loupe d’acteurs du milieu ou d’observateurs avisés.

Député provincial de Rimouski depuis 2014, Harold LeBel est toutefois au Parti québécois depuis plus de 35 ans. Il a vu neiger et a vu les chefs passer. L’élection de Paul St-Pierre Plamondon à la tête du PQ fait souffler un vent de changement, mais vient aussi secouer une petite équipe parlementaire tissée serrée. Éclairage d’un pilier péquiste.

Q Vous êtes entré au Parti québécois en 1984, René Lévesque était encore aux commandes. Vous avez assisté de près à neuf changements de chef et à six courses en règle à la direction, dont cinq dans les 15 dernières années. Une course à la chefferie s’avère-t-elle toujours un exercice positif pour un parti?

Oui, ça amène un débat d’idées. À travers une course à la chefferie, on choisit quelqu’un, mais on choisit des options, on essaie de plus recentrer l’idée du parti.

Je ne dis pas que ça prend une course à la chefferie chaque année, loin de là! 

Mais le bon côté, c’est que ça permet un débat d’idées entre les membres. Neuf (changements de chef), c’est beaucoup, mais c’est la vie.

Q M. St-Pierre Plamondon n’est pas député et il ne compte pas le devenir avant les prochaines élections générales, en 2022. Cela risque-t-il de provoquer une distorsion dans le message que le PQ veut envoyer?

R Non, on va travailler ensemble. On vient de finir un caucus de deux jours (mercredi et jeudi), on va trouver la façon de faire. Maintenant, on est capable de se parler régulièrement avec les moyens de communication.

J’ai déjà vu ça (un chef extraparlementaire) dans un temps où les moyens de communication étaient plus difficiles. J’ai vécu le duo Chevrette-Parizeau (1988-1989), Guy Chevrette chef parlementaire et Jacques Parizeau chef extraparlementaire. Les communications étaient très serrées, les stratégies étaient claires, on savait où on s’en allait. Il n’y avait pas eu de problème et ça va être la même chose.

Q La présence de l’un des candidats défaits de la course à la chefferie dans la députation, Sylvain Gaudreault, en plus de trois autres élus qui l’ont appuyé, peut-elle causer un manque de cohésion entre l’aile parlementaire et le nouveau chef?

R Non. On est neuf députés, alors on est capables de se parler. On se parle régulièrement et facilement. Tous les députés étaient au caucus durant deux jours et tout le monde a collaboré.

C’est sûr que 24, 48 heures après l’élection, il y a de l’amertume, des questionnements. Mais ça passe assez vite. Et Sylvain, c’est un gars mobilisé par tout ce qui touche la crise climatique. C’est sa motivation et il va continuer à y travailler, j’en suis convaincu.

Q M. St-Pierre Plamondon se présente comme le candidat du renouveau. Mais il adopte des positions déjà connues du PQ et a reconduit les trois mêmes élus dans les rôles d’officiers parlementaires. Où est le changement?

R Le parti demeure le parti. Ce n’est pas demain matin qu’on va devenir fédéralistes, on est indépendantistes. Ça, c’est depuis les années 1970, il n’y a pas de changement là.

Maintenant, si je regarde l’équipe autour de Paul, c’est beaucoup des jeunes. Je peux en témoigner, je suis là depuis un bout. Il y avait des gens qui revenaient tout le temps, mais là, il y a du nouveau monde qui arrive autour de lui, dans son équipe.

On est neuf députés, on a notre façon de travailler et on a fait deux bonnes années (sans véritable chef). Paul veut suivre cette continuité tout en amenant une philosophie nouvelle et ses stratégies à lui, ses réflexions à lui. C’est comme ça qu’on va amener du changement. Il y a des bases qui sont solides et il se fie à ces bases-là. C’est un bon réflexe.


« Le parti demeure le parti. Ce n’est pas demain matin qu’on va devenir fédéralistes, on est indépendantistes. Ça, c’est depuis les années 1970, il n’y a pas de changement là »
Harold LeBel, député de Rimouski

Q Le choix du plus jeune des quatre candidats, à 43 ans, favorisera-t-il l’adhésion de membres et de militants plus jeunes au PQ?

R Ça va amener des jeunes. Et ça donne du pep à du monde comme moi, qui est là depuis longtemps. Ça nous dit : «Regarde, ce n’est pas le combat d’une génération.» Depuis les années 1970, le parti a vécu différents moments difficiles, mais s’est toujours relevé parce qu’il y avait toujours des plus jeunes qui arrivaient, qui s’installaient et qui amenaient du nouveau leadership.

On le voit encore une fois, c’est un parti qui a la couenne dure. Un parti qui a une idée solide, l’indépendance, qui fait qu’on est capables de se rallier. Alors oui, ça motive les jeunes et ça nous dit à nous, les plus vieux, «continuons le combat».

Q À la lumière de vos premières rencontres avec votre nouveau chef, qu’est-ce qui en fait le meilleur choix pour diriger le PQ?

R J’ai vu un chef qui prend le temps d’écouter ses députés. Il était assis à côté de moi (durant le caucus), alors j’ai vu comment il faisait! Il fait des tours de table, écoute les députés et prend des notes. Il a pris beaucoup, beaucoup, beaucoup de notes. Ça, vraiment, ça m’a beaucoup impressionné. Et quand il faisait la conclusion du tour de table, il pouvait rappeler ce que chacun avait dit et avait bien saisi les affaires.

Il veut travailler en équipe, il veut écouter son monde. Il veut imposer son leadership, il faut qu’il prenne sa place, mais il le fait en écoutant. Dans mes deux jours, ce que je retiens, c’est un chef qui écoute et capable d’aligner les choses. Capable à la fois d’expliquer son positionnement et d’écouter.

Q Après la dure défaite de 2018, éviter la disparition du PQ de la carte électorale en 2022 ne constituerait-il pas déjà une victoire morale?

R Je suis arrivé en 1984. En 1985, quand Pierre-Marc Johnson est arrivé, ça allait plus ou moins bien et il est parti. Puis M. Parizeau est arrivé. 

Je me souviens, avec M. Parizeau, des tournées dans le Bas-du-Fleuve et en Gaspésie où une ou deux personnes venaient à nos assemblées. C’était très difficile. Du monde disait : «On ne se relèvera jamais de ça... Le PQ est mort...»

1989, on réussit à faire quelques gains, mais c’est encore difficile. Puis 1994, on accède au pouvoir et 1995, on passe à deux cheveux de faire l’indépendance. Alors pour moi, je ne vois pas ça comme ça (pour 2022).

On a à maintenir notre travail et miser sur notre force de militants dans toutes les circonscriptions. Même si on n’y a pas de député, le PQ n’est pas absent. Il y a un exécutif, des militants et des membres dans tous les comtés du Québec. Il faut continuer à mobiliser ce monde-là et le jour où les élections arriveront, on sera prêts. On va faire une campagne honnête et on verra après.

Mais il n’y a pas de victoire morale ou d’affaire du genre. On travaille pour faire des gains et on va faire des gains.