La course a l'investiture dans Taschereau entre Catherine Dorion (à droite sur la photo), une ancienne d'Option nationale, et Marie-Ève Duchesne, qui a été membre de QS pendant une décennie, a laissé des traces et de l'amertume.

Greffe parfois difficile entre Option nationale et Québec solidaire

La greffe entre Québec solidaire et Option nationale, parti désormais intégré au premier, ne prend pas aisément partout. La toute première campagne à l’investiture de QS dans la circonscription de Taschereau a par exemple laissé des traces et de l’amertume, a appris Le Soleil. Des visions divergentes sont apparues et subsisteraient.

Dans cette circonscription située au cœur de la capitale, une franche tiédeur existe depuis quelque temps entre des «anciens» et des «nouveaux» membres du parti. Une assemblée générale tenue récemment en a témoigné, d’après des personnes présentes. Dans la salle, la «chicane était pognée» entre les deux groupes, dit l’une d’elles.

Plus encore, une figure importante de Québec solidaire dans la capitale, Marie-Ève Duchesne, a décidé de tourner le dos au parti. Elle l’a fait après avoir perdu l’investiture dans Taschereau face à l’auteure et comédienne Catherine Dorion, investiture qui s’est déroulée à la fin mars. Sa décision de quitter était restée au sein d’un petit cercle de QS jusqu’ici.

Autour de Mme Duchesne, on explique que ce n’est pas le fait d’avoir perdu qui l’a incitée à quitter Québec solidaire, mais la façon dont les choses se sont déroulées — le fait qu’elle se soit fait dire que la notoriété de Mme Dorion serait plus «vendeuse» que ses propres expériences dans le milieu communautaire et que son ancrage au sein de la formation de gauche.

Des visions politiques différentes auraient également créé des divisions entre des gens de son camp et ceux de Mme Dorion. Le marqueur politique de Marie-Ève Duchesne serait d’abord et avant tout à gauche. Celui de Catherine Dorion serait d’abord et avant tout tourné vers l’indépendance du Québec, résument certains à grands traits.

Mme Duchesne n’a pas souhaité répondre aux questions du Soleil. Son entourage a toutefois en main un message dans lequel elle a écrit que «la course à l’investiture a été un moment fort en émotions et en solidarités. Mais aussi un moment éprouvant, voire blessant. Trop de choses se sont dites pour que je puisse continuer de façon constructive. Je quitte donc Québec solidaire. Je ferme la page sur 10 ans d’implication politique. Ce n’est pas rien. Peut-être que le livre sera rouvert plus tard. Peut-être pas».

Justice sociale

Lors des élections d’avril 2014, Marie-Ève Duchesne, qui portait déjà les couleurs de Québec solidaire dans Taschereau, avait récolté 15,3 % des voix.

Catherine Dorion, qui portait à ce moment-là les couleurs d’Option nationale dans cette même circonscription, avait recueilli 4,2 % des suffrages. 

Lors de la campagne à l’investiture de mars, Québec solidaire présentait Mme Duchesne comme étant d’abord et avant tout motivée par la «justice sociale» et comme une femme guidée «par le principe de l’égalité des droits et des chances pour toutes et tous». Elle a déjà œuvré au Front commun des personnes assistées sociales du Québec. Elle est organisatrice communautaire au Comité populaire Saint-Jean-Baptiste.

À la direction de Québec solidaire, on se borne à expliquer le départ de Marie-Ève Duchesne en disant que dans cette circonscription, peut-être plus que dans d’autres, les déceptions de certains ont été à la hauteur des espoirs qu’ils pouvaient avoir. On convient néanmoins que l’assemblée générale tenue il y a quelque temps a été houleuse.

Sur le terrain, la mobilisation est très forte, insiste toutefois Stéphanie Guévremont, responsable des relations avec les médias. Taschereau est maintenant la circonscription où Québec solidaire compte le plus de membres.

«Peut-être que nos chemins se recroiseront», dit Mme Guévremont en parlant de Mme Duchesne.

La circonscription de Taschereau est représentée à l’Assemblée nationale par Agnès Maltais. La députée péquiste a annoncé en début d’année qu’elle ne sollicitera pas d’autre mandat.

Québec solidaire et Option nationale ont fusionné l’automne dernier.