GND dans l'ADN de Québec solidaire

DÉCODAGE / Gabriel Nadeau-Dubois (GND) devrait être élu sans difficulté dans la circonscription de Gouin que Françoise David a dû abandonner plus tôt cette année.
D'abord, parce que le terreau est fertile. Mme David l'a emporté avec plus de la moitié des suffrages en avril 2014.
Ensuite, parce que le Parti québécois a décidé de ne pas présenter de candidat.
Tous les sympathisants péquistes ne se tourneront pas vers Gabriel Nadeau-Dubois, mais ce sera le cas d'un certain nombre d'entre eux - ce qui ne pourra que l'aider. Il a un tapis rouge devant lui.
Sur la forme, l'ex-leader étudiant a fait entendre des tonalités que plusieurs pourraient juger démagogiques lorsqu'il a confirmé, jeudi, qu'il voulait porter les couleurs de Québec solidaire dans Gouin.
Peut-il vraiment s'étonner de l'émoi suscité chez les responsables politiques qui, bleus ou rouges, ont mis la main à la pâte depuis plus d'une génération? Bien sûr que non.
Mais à sa décharge, notons qu'il n'a fait qu'énoncer un courant de pensée existant chez Québec solidaire en déclarant que la classe politique québécoise a trahi le Québec depuis 30 ans.
Gabriel Nadeau-Dubois était dans une rhétorique courante chez Québec solidaire - pas celle de Françoise David, mais celle d'Amir Khadir et aussi, bien que dans une moindre mesure, celle de Manon Massé.
Gabriel Nadeau-Dubois
Sur le fond
Attardons-nous à des questions de fond abordées par M. Nadeau-Dubois. Il s'en est pris à «l'obsession du déficit zéro», ainsi qu'aux accords de libre-échange, accusés d'avoir accru les pertes d'emplois et creusé les inégalités. Deux thèmes récurrents chez Québec solidaire. Encore là, pas vraiment de surprise.
Sur ces thèmes, de vrais débats de fond peuvent être menés. Au Parti québécois, par exemple, on fait valoir que le problème n'est pas l'équilibre budgétaire dans les comptes publics, mais la manière d'y parvenir.
Est-ce être de gauche que de protester contre les accords de libre-échange? Absolument pas. Le président américain Donald Trump les dénonce aussi, rappellent et raillent des opposants de Québec solidaire.
En fait, ces accords sont dénoncés tant à droite qu'à gauche. Ils sont aussi vus comme une bonne chose par des gens de droite et d'autres de gauche. Cela doit nous rappeler qu'il existe de multiples droites et de multiples gauches.
Les catégories de jadis n'existent plus depuis longtemps - si elles ont déjà vraiment existé. Des responsables politiques catalogués à droite croient en des mesures de redistribution de la richesse; tandis que d'autres, étiquetés à gauche, ne promeuvent pas toujours des politiques favorisant les moins nantis ou ne relaient pas systématiquement leurs préoccupations.
Chez nous, le premier ministre Philippe Couillard fait valoir que ce sont les plus pauvres et les plus mal pris de la société qui souffriraient si les accords de libre-échange devaient disparaître. Des péquistes le croient aussi.
«Déficit zéro» et libre-échange ne seraient pas à ranger, par nature, dans la colonne du «mal». Tout dépendrait de ce qu'on en fait.
Le même message
Gabriel Nadeau-Dubois estime que Québec solidaire doit se rapprocher d'Option nationale (qui a obtenu 0,73 % des votes aux élections de 2014). Il a évoqué une éventuelle union.
Option nationale est assurément totalement indépendantiste. La petite formation est aussi plutôt à gauche. Mais rappelons tout de même qu'en mars 2013, son chef fondateur, Jean-Martin Aussant, n'avait pas caché être médusé par le discours «anticapitaliste» de Québec solidaire. «Mon opinion personnelle est que le capitalisme, quand il est encadré par un système légal et réglementaire bien fait, c'est le meilleur système», disait M. Aussant avant d'ajouter que «chez Option nationale, qu'on soit de droite ou de gauche, tant qu'on veut travailler pour que le Québec soit un pays, on est le bienvenu». De l'eau a coulé sous les ponts depuis, faut-il croire.
Sur le fond toujours, M. Nadeau-Dubois s'en est pris aux positions identitaires de la CAQ et du PQ, mais sans nommer ces derniers. La direction de Québec solidaire pense aussi qu'elles ont contribué à stigmatiser la communauté musulmane.
Durs pour l'idée de la «convergence» politique, les propos de la recrue concernant le PQ? Pas plus que la situation ne l'était il y a un mois. Qu'a dit Manon Massé lorsqu'elle a déploré que le PQ ne fasse pas la course dans Gouin? Que cette décision empêchera les citoyens de cette circonscription de trancher entre les propositions divergentes des deux partis sur l'économie, l'énergie, l'accès à l'indépendance et l'inclusion. La même chose que GND jeudi.
La direction de QS affiche haut ses divergences avec le PQ parce que ses militants les plus farouches ne supporteraient pas que leur formation ait l'air de danser avec un parti vu, au mieux, comme un «parti de gouvernement», au pire comme un parti acceptant les règles du jeu capitaliste.
Les deux pourraient s'entendre de manière ponctuelle, mais il ne sera jamais question d'union entre eux. GND n'a fait que le rappeler.
Si l'entreprise de convergence échoue, ou qu'elle donne de petits fruits secs et amers, le PQ pourra prétendre que ce ne sera pas faute d'avoir essayé.