«J’invite d’abord le gouvernement à être extrêmement prudent. On assiste à beaucoup d’improvisation au moment où on se parle», a indiqué jeudi le chef intérimaire du PLQ, Pierre Arcand, au sujet du gel des hausses de rémunération des médecins spécialistes annoncé par la CAQ.

Gel des hausses aux médecins spécialistes: les régions en pâtiront, prédit Arcand

Les patients en région devraient s’inquiéter de la décision du premier ministre François Legault de geler les hausses de rémunération des médecins spécialistes, croit le chef intérimaire du Parti libéral du Québec (PLQ), Pierre Arcand.

Il reprenait à son compte, jeudi, les arguments de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), qui prétend que les sommes qui restent à être versées concernent «la gestion du réseau ou des services directs aux citoyens, comme le déploiement de plans de couverture dans les spécialités de base».

«C’est la réalité», a affirmé M. Arcand lors d’une mêlée de presse à Lac-Beauport, où les 29 députés libéraux sont réunis en caucus présessionnel.

«Est-ce que quelqu’un qui a besoin d’un anesthésiste à La Pocatière, est-ce que ça veut dire que cette personne-là ne sera pas desservie par le gouvernement?» s’est-il interrogé.

La veille, M. Legault avait annoncé qu’il n’était pas question de verser les augmentations d’honoraires aux médecins spécialistes, tant qu’on ne saura pas dans quelle mesure leur rémunération globale excède celle de leurs collègues de l’Ontario.

D’ici là, les sommes qui devaient être versées aux médecins spécialistes — dont l’ampleur n’a pas été précisée — seront donc placées dans une fiducie.

Face à cette situation, les patients en région devraient être «particulièrement inquiets», selon M. Arcand, car ils pourraient en faire les frais.

«J’invite d’abord le gouvernement à être extrêmement prudent, a-t-il dit. On assiste à beaucoup d’improvisation au moment où on se parle.»

L’ex-gouvernement Couillard s’était engagé à commander une étude comparative à l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) pour faire la lumière sur la question controversée de la rémunération des médecins spécialistes.

Or, selon M. Legault, la commande d’une étude comparative n’a toujours pas été passée, ce qui risque de retarder tout le processus prévu de révision de la rémunération des spécialistes, beaucoup trop payés selon le nouveau premier ministre.

En mêlée de presse jeudi, l’ex-ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a précisé que l’étude ne portera pas exclusivement sur le Québec et l’Ontario, mais fera la comparaison de la rémunération entre toutes les provinces canadiennes.

Il a suggéré que cela pourrait constituer un avantage pour les spécialistes québécois.

«Faux départ»

Incidemment, les libéraux ont dénoncé le «faux départ» du gouvernement Legault, qui ne cesse d’avancer et de reculer, selon eux.

«J’invite le gouvernement à approfondir ses dossiers plutôt que de lancer actuellement ses nombreuses préoccupations. Il avance et recule constamment», a déclaré M. Arcand.

Mercredi, le gouvernement caquiste a fait volte-face et a finalement renoncé à relancer l’aventure des hydrocarbures sur l’île d’Anticosti.

François Legault s’est ainsi trouvé à rabrouer son ministre des Ressources naturelles, Jonatan Julien, le jour même où il avait dit, quelques heures plus tôt, que le gouvernement allait examiner les projets dans l’éventualité où il y en aurait.

Le gouvernement a également annoncé qu’il interdira à tous les fonctionnaires de porter le tchador, le niqab et la burka, dans un projet de loi qu’il déposera «rapidement», mais du même souffle, M. Legault a répété que ce n’est «pas une priorité».

«C’est beaucoup d’improvisation et ce sont des éléments qui sont pour nous extrêmement préoccupants. Ce n’est pas rassurant de voir cette situation-là», a martelé le chef intérimaire libéral.

«Ça a été assez sévère»

Par ailleurs, M. Arcand assure que le Parti libéral a bien mesuré toute l’ampleur de sa défaite du 1er octobre. Il a compris «à 20h10» ce soir-là qu’il ne formerait plus le gouvernement.

Les associations libérales seront d’ailleurs invitées dans les prochaines semaines à faire le bilan, et à réfléchir aux façons de «faire rêver les gens beaucoup plus» d’ici 2022.

«Quand j’ai parlé à certains militants et quand on parle à certains députés, ça a été assez sévère, ne vous inquiétez pas là-dessus», a déclaré M. Arcand en refusant toutefois de s’épancher sur les raisons ayant mené à la pire défaite électorale de l’histoire du PLQ.

En point de presse de clôture jeudi, il n’a reconnu aucune erreur de fond, mais a affirmé que les départs successifs de plusieurs ministres libéraux au printemps dernier, alors que la Coalition avenir Québec recrutait de nouvelles personnalités, ont probablement nui à l’image du parti.

Il a aussi reconnu que le parti avait trop tardé à parler d’environnement pendant la campagne électorale.

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PAS JUSTE UN PARTI MONTRÉALAIS

Même si la majorité des élus du Parti libéral du Québec (PLQ) sont désormais concentrés sur l’île de Montréal, le chef intérimaire Pierre Arcand a tenu à souligner qu’ils allaient se déployer en région, question de «reconnecter avec la population».
Il a confié le mandat à André Fortin, député de Pontiac, de s’occuper de la «vitalité des régions». «On va trouver la formule, qui sera une formule qui nous permettra à tous de rencontrer les gens dans toutes les régions du Québec», a expliqué M. Arcand.
De même, il assure que le PLQ ne défendra pas que des dossiers montréalais à l’Assemblée nationale. À l’extérieur de l’île de Montréal, le PLQ ne compte maintenant que deux élus : M. Fortin en Outaouais et Sébastien Proulx dans Jean-Talon, à Québec.  Patricia Cloutier