«Ce n'est pas par amitié que les patrons de Roche faisaient des cadeaux à Gaétan Lelièvre, mais parce qu'ils avaient l'impression de l'acheter.» 

Gaétan Lelièvre exclu du caucus péquiste

Le député Gaétan Lelièvre s'est fait montrer la porte du caucus péquiste parce qu'il a sollicité et accepté des faveurs de la firme Roche à l'époque où il était directeur général de la Ville de Gaspé.
Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, a tenu un point de presse, mardi, aux côtés de M. Lelièvre, sans répondre aux questions des journalistes. 
«Nous sommes extrêmement préoccupés par toute information ou action qui pourrait être perçue comme un manquement à l'éthique», a déclaré M. Lisée. 
Des courriels publiés par le Journal de Montréal montrent qu'en 2008 et 2009, M. Lelièvre a obtenu divers avantages de la firme avec laquelle sa municipalité faisait des affaires : une paire de billets de hockey à 450 $ pour son fils, l'utilisation d'un condo à Québec, un coup de pouce pour la vente d'un bateau et la location d'un appartement. 
M. Lelièvre a signé un affidavit déposé à la commission Charbonneau dans lequel il déclare sous serment n'avoir jamais «reçu ni de Roche ni d'aucune personne quelque somme d'argent ni quelque gratification, récompense, avantage, bonification que ce soit pour moi-même ou pour qui que ce soit en retour d'un octroi par la Ville de Gaspé d'un contrat à ladite firme ou à toute autre personne». 
Mardi, il a dû reconnaître que, même s'il assure avoir souvent repoussé des propositions, il a quand même «accepté certains avantages offerts». «Je me suis donc mis dans une situation d'apparence de conflit d'intérêts», a-t-il convenu, avant de s'excuser auprès de ses commettants, de ses collègues députés et de son chef. 
Lisée ignorait tout
Le chef du PQ a assuré qu'il ne savait rien de ces «informations dommageables pour lui» et pour le PQ. Dans son rapport, la commission Charbonneau évoque l'embauche du fils de M. Lelièvre par Roche comme un exemple des «cadeaux comme outils de développement» des firmes. Son nom est aussi cité dans une affaire de dons demandés à Roche pour la municipalité après l'octroi d'un contrat d'ingénierie. Le maire de Gaspé de l'époque, François Roussy, est au nombre des six coaccusés de l'ex-première ministre Nathalie Normandeau, arrêtés par l'Unité permanente anticorruption (UPAC) en mars 2016. 
Le député de Gaspé, qui siégera à titre d'indépendant, a demandé à ce que son cas soit «jugé avec les lunettes de 2007» en matière d'éthique. «Jamais Gaétan Lelièvre n'a posé un geste illégal, a-t-il dit. Gaétan Lelièvre a toujours géré les biens publics avec la plus grande rigueur.»
Les élus libéraux interrogés ont refusé de commenter l'affaire, sinon pour dire qu'il relève du PQ de prendre ses décisions. 
À la Coalition avenir Québec, le député Éric Caire estime que le chef péquiste a pris la décision qui s'imposait. Il espère quand même que l'UPAC donnera suite aux informations qui ont été révélées. «C'est clair que, quand on demande à quelqu'un avec qui ont fait des affaires : "Peux-tu me trouver des billets? ", on se met à risque», a noté M. Caire. 
Selon le solidaire Amir Khadir, M. Lelièvre devrait démissionner aussi de son poste de député. «Il faut avoir des standards plus élevés que ça pour la vie publique», a-t-il lancé.