Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
 Gabriel Nadeau-Dubois, co-porte-parole et leader parlementaire de Québec solidaire.
 Gabriel Nadeau-Dubois, co-porte-parole et leader parlementaire de Québec solidaire.

Gabriel Nadeau-Dubois: Legault, l’éthique et toutes les chemises du Simons

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
Article réservé aux abonnés
LA POLITIQUE EN QUESTIONS / Après une semaine parlementaire intense, où il s’est même permis d’interpeller son vis-à-vis Simon Jolin-Barrette d’un «man» en chambre, le co-porte-parole et leader parlementaire de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois reproche au gouvernement Legault d’avoir doré la pilule sur la situation de la COVID-19 au lieu de faire confiance à l’intelligence des Québécois.

Q Comment évaluez-vous la gestion gouvernementale de la troisième vague et des nouvelles mesures?

R Le leadership, ce n’est pas de dire ce que les gens veulent entendre. C’est de parler vrai, même quand les nouvelles qu’on a à annoncer sont des mauvaises nouvelles.

Dans les dernières semaines, ce que François Legault a fait, c’est de marteler que le Québec résistait, alors que depuis le mois de février, il a sous les yeux des scénarios scientifiques qui disent le contraire.

La CAQ a créé un faux sentiment de sécurité. On ne peut pas s’étonner aujourd’hui qu’il y ait eu un relâchement individuel, parce qu’il y a eu un relâchement politique. Ces choses-là vont ensemble.

Le gouvernement donne le ton dans une crise comme celle qu’on vit et là, il a donné un ton qui était trop rassurant.

Q C’est quand même le jour de la marmotte! Après un an de pandémie, avons-nous tiré des leçons?

On aurait dû apprendre des leçons de la première et de la deuxième vagues. Une de ces leçons, c’est que quand on respecte l’intelligence des gens, quand on leur parle vrai, les gens sont capables de faire des sacrifices individuels pour le bien commun. C’est ça, la démonstration que le Québec a faite.

Quand on est clair, quand on leur parle avec transparence, quand on s’adresse à leur intelligence, les Québécois et Québécoises comprennent que leurs actes individuels ont des impacts sur la collectivité et sont prêts à faire des sacrifices sur leur confort individuel pour la société.

Lors de la première vague, les gens se sont retournés très rapidement parce qu’on n’a pas cherché à enrober la situation. Cette leçon-là est très forte. Le «nous» plus fort que le «je». Les Québécois en ont pris conscience plus que jamais dans la dernière année et c’est ce qu’il faut garder en tête pour l’après-crise et la relance.

Q Votre parti réclame la suspension de Pierre Fitzgibbon du Conseil des ministres. Vous associez les problèmes d’éthique du gouvernement actuel à ceux des années de pouvoir libéral. Estimez-vous vraiment ces deux situations équivalentes et l’apparence de conflit d’intérêts aussi répréhensible qu’un véritable conflit d’intérêts?

R On assiste à une grande désillusion éthique à l’égard de la Coalition avenir Québec et de François Legault.

Le mouvement politique de la CAQ est indissociable des déboires éthiques des gouvernements libéraux. C’est ce qui a soufflé dans la voile de la CAQ pendant des années et François Legault en a récolté les fruits en 2018.

La plupart des études montrent que l’écrasante proportion des gens qui ont voté pour la CAQ l’ont fait pour une raison : se débarrasser des libéraux. Sans exagération, on peut dire que plus ça va, plus la différence s’amenuise entre les deux.

Imaginons un instant que Pierre Fitzgibbon soit un ministre libéral et imaginons un instant la réaction qui serait celle de François Legault chef de la deuxième opposition. Il n’y aurait pas assez de chemises dans tous les Simons du Québec pour remplacer celles que la CAQ déchirerait en période de questions.

 Gabriel Nadeau-Dubois, co-porte-parole et leader parlementaire de Québec solidaire.

Q Après un an de trêve pandémique, QS dit reprendre sa marche pour la lutte aux changements climatiques. Pourquoi maintenant et quelles sont les actions concrètes que vous comptez réaliser?

À Québec solidaire, notre force vient des mouvements citoyens. Quand les mouvements citoyens sont forts, on est forts. Le mouvement citoyen sur la lutte aux changements climatiques, la pandémie l’a considérablement ralenti, pour ne pas dire lui a un peu coupé les jambes.

Depuis quelques semaines, on assiste à une remobilisation des Québécois sur cette question. On veut être au diapason de cette mobilisation, alors on s’est dit : voilà, le mouvement repart et nous aussi, on reprend le collier.

Pas qu’on avait arrêté d’en parler, mais la pandémie prenait tellement de place que l’espace politique pour parler des changements climatiques était réduit. Cet espace est en train de se rouvrir dans le contexte du débat sur la relance.

Les gens vont toujours nous en entendre parler davantage, parce que c’est LE grand défi de ma génération. Ça va bouleverser la société québécoise plus lentement, mais aussi profondément que la crise sanitaire.

Q La violence faite aux femmes est dans l’actualité, pour de mauvaises raisons. Est-ce un combat sans fin?

R Si on était dans une société où l’égalité entre les hommes et les femmes était atteinte, ces drames n’auraient pas lieu. Les féminicides sont un symptôme du fait qu’on n’est pas dans une société égalitaire. Le combat fondamental est celui pour l’égalité entre les hommes et les femmes.

Est-ce que ce combat est un combat sans fin? Ça fait des siècles que les femmes le mènent! J’ai le souhait qu’un jour, on y arrive. Mais il faut avoir l’humilité de reconnaître que la route est longue vers l’égalité, qu’elle est parsemée d’embûches et surtout que ce n’est pas une ligne droite. Il y a des croches, des virages et il peut même y avoir des reculs.

Q Après avoir appuyé les propos du professeur Amir Attaran sur le racisme des Québécois francophones, le Collectif antiraciste décolonial membre de QS a associé un journaliste parlementaire à l’extrême droite et au fascisme. L’aile parlementaire a signifié sa désapprobation, mais vous avez aussi évoqué la liberté d’expression. Comment justifier une telle position?

Ce n’est pas seulement l’aile parlementaire qui est en désaccord avec les propos de M. Attaran et ceux relayés par le collectif en question. Depuis les dernières semaines, on reçoit énormément de messages d’associations et de membres de Québec solidaire contents qu’on ait tracé la ligne et qui désapprouvent ces propos.

Maintenant, QS n’est pas un parti totalitaire, n’est pas un parti stalinien. Les gens peuvent écrire des choses sur les médias sociaux. On est dans une société libre. Le droit de dire des insignifiances existe.

Il y a 20 000 membres à Québec solidaire. On ne censurera pas 20 000 personnes sur Facebook. Mais Manon (Massé), moi, les députés et plein de gens de bonne volonté à Québec solidaire, on veut être clairs avec les Québécois : ces gens-là ne parlent pas en notre nom.