La région de Charlevoix sera l'hôtesse du sommet du G7 en juin prochain.

G7: le réseau de communications de la GRC désuet

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) est bousculée par la tenue de la prochaine grande rencontre des pays du G7 à La Malbaie en juin, a constaté Le Soleil. Son réseau privé de radiocommunication est jugé désuet à la grandeur du Québec. Elle doit donc en faire construire un nouveau sans délai pour être en mesure d'assurer la sécurité des puissants qui s'amèneront dans quelques mois.
«Le système en place de radios mobiles terrestres qu'utilise la GRC au Québec approche de la fin de sa durée utile », peut-on lire dans des documents officiels qui ont attiré notre attention. «Ainsi, le réseau ne répond plus aux exigences strictes de la GRC en matière de communications.»
La police fédérale envisageait donc de renouveler ses équipements, éventuellement : «Un grand projet d'approvisionnement est actuellement planifié en vue du remplacement du système de radiocommunications mobiles terrestres dans cette province». 
Mais il faudra faire plus vite que prévu, le premier ministre Justin Trudeau ayant annoncé la venue des élites politiques et économiques mondiales au Manoir Richelieu dans Charlevoix. «On se doit de hâter la réalisation de ce projet d'immobilisation si on entend répondre aux besoins en communications à l'occasion du sommet des dirigeants du G7 [...]. Un système pleinement opérationnel doit être livré à la GRC avant le sommet du G7.»
Interpellé par Le Soleil, le quartier général confirme le défi imposant à relever : «Comme l'événement se tiendra au printemps 2018, le processus d'acquisition est lancé cet été pour que le nouveau système radio soit en place avant le sommet», nous écrit le sergent Harold Pfleiderer, sous-officier responsable des relations avec les médias au bureau des Services nationaux de communication. «Comme c'est le cas de la plupart des sommets internationaux de cette envergure, la communication radio est essentielle au maintien de la sécurité de la population et des policiers.»
«La GRC a pour mandat d'assurer la sécurité au sommet du G7 de 2018, qui aura lieu à Charlevoix», rappelle-t-il. « À cette occasion, la GRC aura pour rôle principal d'assurer la protection des personnes jouissant d'une protection internationale [PJPI] et des délégués désignés ainsi que de mettre en place des mesures de sécurité afin de permettre le bon déroulement de l'événement.»
«Afin de satisfaire aux exigences en matière de communication opérationnelle du sommet du G7, on procède actuellement à un achat important d'immobilisations visant à remplacer une partie du système de radiocommunication mobile terrestre existant dans la province du Québec. Un nouveau système radio est nécessaire à l'occasion du sommet du G7 parce que le système radio mobile terrestre qu'utilise actuellement la GRC au Québec [...] ne peut être amélioré de façon à répondre aux besoins accrus en matière de zone de couverture et de capacité liées au sommet.»
Les policiers évaluent actuellement les offres soumises pour ce lucratif contrat qui sera réalisé en plusieurs phases.
Il est question d'un investissement de quel poids ? Une estimation des coûts a été produite... mais ne sera pas divulguée tant que l'entente commerciale ne sera pas signée, répond M. Pfleiderer.
L'entreprise choisie devra notamment installer bon nombre d'antennes dont la localisation ne sera dévoilée qu'au fournisseur. Certains sites ne seront accessibles que par les airs.
Pour le G7, le réseau installé pour la GRC devra permettre à quelque 5000 membres des forces de l'ordre d'interagir en même temps. S'il devait survenir une panne, une défaillance, un système de relève devra être en mesure de prendre le relais immédiatement.
Après le sommet du G7, la GRC prévoit distribuer une partie des équipements sur le reste du territoire québécois.
Des antennes cellulaires aussi!
Essentielles pour la tenue du G7 dans Charlevoix en juin, des tours d'antennes cellulaires devraient pousser rapidement pour éliminer les trous dans la couverture, jusqu'à Saguenay au nord, jusqu'à la capitale à l'ouest.
«Ils investissent beaucoup dans la téléphonie», remarque le maire de La Malbaie, Michel Couturier. «Entre Bagotville et La Malbaie et entre Québec et La Malbaie, [...] les zones de "découverture", il n'y en aura plus vraiment!»
Bell Canada confirme d'ailleurs préparer le terrain : « Bell étudie actuellement les plans pour de nouvelles tours cellulaires à Charlevoix afin d'améliorer la couverture sur la route 170. Une couverture réseau améliorée devrait être en service l'an prochain. »
Pourquoi la 170? Peut-être parce qu'elle mène à la base militaire de Bagotville et son aéroport...
La Gendarmerie royale du Canada indique également participer au projet. «Le gouvernement veut que l'événement, au-delà de mettre le Canada sur la carte internationale, soit bénéfique pour la région», note la sergente Camille Habel, agente aux relations avec les médias. «C'est ce qui est le grand message du gouvernement canadien, d'Affaires mondiales. Ça va être rentable pour la région.»
Donc, outre l'installation d'un réseau de communication privé tout neuf pour les policiers fédéraux du Québec, les autorités collaborent avec les entreprises pour améliorer les services publics de téléphonie cellulaire et d'Internet.
«Ce n'est pas dans l'idée que la police se monte un système merveilleux de télécommunications et qu'elle quitte après avec tout ça », ajoute Mme Habel. « Tout est fait dans la vision qu'il faut que quelque chose reste. Donc les télécommunications pour toute la région vont être améliorées.»
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Aéroports: Bagotville aussi
Les équipes de sécurité et les membres des délégations des puissances invitées à La Malbaie en juin pour le sommet du G7 ne passeront pas tous par l'aéroport de Québec. L'aéroport civil et militaire de Saguenay-Bagotville se prépare aussi.
En entrevue avec Le Soleil, la directrice des communications et du marketing de Promotion Saguenay, Ruth Vandal, marche sur des oeufs. Elle n'est pas autorisée à divulguer quelque information que ce soit... Mais elle nous réfère à la Gendarmerie royale du Canada [GRC] pour obtenir des réponses au sujet des plans pour le G7. «On est tenu au secret.»
Promotion Saguenay gère la portion civile des installations partagées avec les militaires. Des installations sécurisées : Bagotville est une des deux bases canadiennes à héberger des avions de chasse CF-18. 
Et Mme Vandal de vanter la destination : «Ce n'est pas loin [de La Malbaie]. On est l'aéroport le plus près.» Autour de deux heures de route, précise-t-elle. «Et on peut atterrir ce qui se fait de plus gros.»
Ce site aéroportuaire est donc stratégique, convient la GRC. «Pour l'instant, l'aéroport Saguenay-­Bagotville est un élément de la planification de la sécurité du G7, mais nous ne pouvons pas donner d'autres précisions pour des raisons de sécurité», commente laconiquement la caporale Annie Delisle, agente aux relations avec les médias des Services nationaux de communication.
Une bonne part du trafic aérien lié au G7 passera néanmoins par la capitale québécoise où les échanges avec le fédéral sont déjà en cours. «Effectivement, on a déjà eu quelques rencontres avec les gens de l'organisation du G7 surtout au niveau de la sécurité. C'est des discussions qui restent de matière privée», commente le directeur des communications et des relations publiques d'Aéroport de Québec, Mathieu Claise. «C'est ce que je peux vous dire.»
Mais encore? Rien à faire, notre interlocuteur ne s'épanchera pas : «Pour le moment, les discussions sont au niveau de l'organisation et au niveau de la sécurité. [...] Je ne peux pas vous en dire davantage.»
M. Claise ajoute qu'il est prématuré de quantifier l'achalandage supplémentaire qu'il faudra gérer. «Il est trop tôt à presque neuf mois de l'événement.»
Au fait, y aura-t-il un pont aérien entre YQB et l'aéroport de Charlevoix? «Ça, je ne peux pas vous le dire.»
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En un mot : G7
En 2018, Le Canada présidera pour la sixième fois le Groupe des sept réunissant également la France, l'Allemagne, l'Italie, le Japon, le Royaume-Uni et les États-Unis. Chaque année, un pays différent assume la direction de ce forum économique «informel» et reçoit les autres membres. Pendant plusieurs années, la Russie participait à ces rencontres. Mais le G8 est redevenu G7 quand Vladimir Poutine a annexé la Crimée (Ukraine). L'Union européenne est cependant toujours de la fête. Il faut ajouter quelques pays «invités» qui se joindront aux discussions ainsi que les représentants de grandes organisations internationales comme la Banque mondiale. Les puissances profitent de ces rencontres pour essayer de contrôler l'économie. Et pour discuter de dossiers politiques communs comme le terrorisme ou l'immigration.