De l'avis du premier ministre Couillard, la riposte menée par le président Donald Trump est à la hauteur des atrocités commises plus tôt cette semaine en Syrie.

Frappes en Syrie: une attaque «justifiée et ciblée», dit Couillard

Les frappes américaines contre la Syrie sont une réponse appropriée aux actes de barbarie perpétrés par le régime de Bachar Al-Assad, selon Philippe Couillard.
«L'humanité et la civilisation ne peuvent pas laisser passer des gestes comme ceux-là, des attaques contre des enfants à l'arme chimique, sans réagir fortement, a déclaré le premier ministre, vendredi, à Montréal. C'est ce qui a été fait.»
À son avis, la riposte menée par le président Donald Trump est à la hauteur des atrocités commises plus tôt cette semaine. «L'intervention américaine était justifiée et ciblée, a affirmé M. Couillard. [...] La réponse a été proportionnelle à l'enjeu.»
À long terme, toutefois, la solution aux conflits et aux tensions dans la région passe par les voies de la politique et de la diplomatie multilatérale, croit-il. «C'est un endroit excessivement complexe, a dit M. Couillard. Vous avez le régime syrien, vous avez les rebelles islamiques de plusieurs factions, vous avez les Kurdes, des grands pays comme la Russie et l'Iran qui sont à proximité et qui sont impliqués... C'est loin d'être simple.» 
«Régime odieux»
Par voie de communiqué, le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, s'est rangé derrière toute initiative qui vise «l'anéantissement de Daesh et le départ de Bachar Al-Assad». L'utilisation d'armes chimiques contre des civils est «l'un des pires crimes que l'on puisse commettre», a fait valoir le chef péquiste. 
«Ce régime odieux doit impérativement être stoppé afin que le peuple syrien puisse enfin aspirer à des jours meilleurs», a ajouté M. Lisée. La réponse à la «barbarie du régime syrien» passe «nécessairement par une action concertée de la communauté internationale et des Nations Unies», selon le chef péquiste. 
À la Coalition avenir Québec, le porte-parole en matière de relations internationales, Benoit Charette, juge aussi que les attaques contre des enfants commandaient une réponse. Il souhaite toutefois qu'il ne s'agisse que d'un «avertissement». Des leçons doivent être tirées de l'Irak et de la Libye, a-t-il dit. «À mon sens, c'est l'étape qui était légitime à ce moment-ci, a déclaré M. Charette au Soleil. Mais avant d'aller plus loin au niveau des options militaires, il faut s'assurer d'avoir un plan B pour ne pas se retrouver dans une situation semblable à celles qu'on a connues dans d'autres pays où le renversement du dirigeant a amené des conséquences encore plus fâcheuses.» 
Frappes dénoncées par Québec solidaire
Seul Québec solidaire a dénoncé les frappes américaines. Selon le député Amir Khadir, «une solution militaire en provenance des États-Unis ne saurait constituer une réponse à l'effroyable tragédie qui affecte le peuple syrien». Il estime que la solution doit passer par l'ONU et que le président Trump ne peut «faire cavalier seul et intervenir à grands coups de bombes».
Justin Trudeau a affirmé vendredi que le Canada avait été avisé par les États-Unis des frappes en Syrie une heure avant, jeudi soir.
Trudeau dit avoir été prévenu avant les frappes
Le premier ministre Justin Trudeau a affirmé vendredi que le Canada avait été avisé par les États-Unis des frappes en Syrie une heure avant, jeudi soir, et il a réitéré l'appui du Canada à cette intervention.
«Ce [vendredi] matin, j'ai parlé directement au président [Donald Trump] et j'ai insisté sur le fait que l'utilisation répétée d'armes chimiques par [Bachar] Al-Assad doit cesser», a-t-il affirmé lors de la période des questions à la Chambre des communes.
«Face à ces crimes de guerre, toutes les sociétés civilisées doivent parler d'une seule voix, a-t-il poursuivi. C'est pourquoi le Canada appuie pleinement l'intervention limitée et ciblée que les États-Unis ont menée en vue de réduire la capacité du régime Al-Assad de perpétrer de telles attaques.»
MM. Trudeau et Trump se sont engagés à chercher une «solution politique» pour mettre fin à la crise en Syrie, selon le bureau du premier ministre.
Justin Trudeau s'est également dit convaincu que les attaques à l'arme chimique sur des civils en Syrie ont été perpétrées par le régime de Bachard Al-Assad.
«Les États-Unis, un allié digne de confiance, nous ont informés que ces attaques provenaient du régime Al-Assad», a-t-il affirmé vendredi après-midi, quelques heures après avoir appuyé les frappes américaines en Syrie.
Il affirme que le secrétaire américain à la Défense, James Mattis, a confirmé que ces attaques provenaient du régime syrien lors de son entretien jeudi soir avec le ministre canadien de la Défense nationale, Harjit Sajjan. Celui-ci a ensuite informé le premier ministre Trudeau de l'imminence des frappes américaines contre la Syrie.
«Naïveté»
Les conservateurs n'ont pas manqué de reprocher au premier ministre sa «naïveté» lorsqu'il est question de politique étrangère. «M. Trudeau n'a pas eu le choix de dire on est d'accord avec les partenaires américains», a affirmé le porte-parole conservateur en matière de défense, Pierre Paul-Hus.
Les conservateurs appuient les frappes américaines, car ils estiment que le droit de veto de la Russie paralyse le Conseil de sécurité des Nations Unies. Ils appellent Justin Trudeau à prendre des mesures concrètes contre le régime de Bachar Al-Assad.
Le premier ministre a souligné vendredi après-midi que le rôle du Canada dans la région ne changera pas et qu'il évaluerait au cas par cas toute demande de participation à une intervention militaire.
«Ça fait un an que le Canada est actif avec ses forces en accompagnant et en donnant de la formation aux Kurdes dans le nord de l'Irak, a-t-il souligné. C'est une contribution extrêmement appréciée par nos alliés dans la région et partout dans le monde.»
Il a ajouté que le Canada continuait de soutenir les efforts diplomatiques pour résoudre la crise en Syrie.
Des réserves
Si tous les partis présents à la Chambre des communes vendredi ont souligné l'horreur des attaques à l'arme chimique en Syrie qui ont fait des dizaines de morts, certains ont exprimé des réserves face à la riposte américaine.
Le Nouveau Parti démocratique (NPD) ne condamne ni n'applaudit les tirs de missiles américains même s'il souligne qu'ils ont eu lieu sans l'aval de l'ONU. Le parti juge qu'il manque d'informations pour pouvoir se forger une opinion.
«Il y a beaucoup de questions qui demeurent sans réponse, a constaté le député Matthew Dubé. Est-ce que c'est une opération qui a eu lieu en silo? Est-ce que ça fait partie d'une opération à long terme? Quelle implication d'autres pays dans une approche multilatérale?»
Il appelle le premier ministre Trudeau à exiger des réponses de son homologue américain et à favoriser le multilatéralisme.
«Le premier ministre va-t-il insister que l'appui du Canada est conditionnel à une approche multilatérale?» a demandé le député néo-démocrate Murray Rankin durant les débats en chambre.
«Dans ma conversation avec le président américain ce matin [vendredi], nous avons parlé de l'efficacité des attaques limitées et précises sur la capacité du régime Al-Assad de livrer des attaques chimiques contre les innocents et les civils», a révélé Justin Trudeau, ajoutant que les solutions à long terme pour la paix en Syrie doivent passer par la diplomatie.
Frappes «prématurées» pour Martine Ouellet
La chef du Bloc québécois et députée indépendante à l'Assemblée nationale, Martine Ouellet, fait bande à part.
Elle s'est déplacée à Ottawa dans le seul but de réagir aux frappes américaines qu'elle juge prématurées tant que l'ONU n'aura pas enquêté sur l'origine de l'attaque chimique de mardi en Syrie.
«Je pense qu'il faut faire attention, a-t-elle dit. Il faut avoir toutes les informations pour ne pas poser des actions qui conduiraient à une escalade de la violence basée sur des faits erronés ou ce qu'on appelle aujourd'hui des "faits alternatifs".»
Elle cite une autre attaque chimique perpétrée en 2013 par les rebelles djihadistes qui avait d'abord été attribuée au régime de Bachar Al-Assad.  Mylène Crête, La Presse canadienne