Après vérifications, Le Soleil a constaté que le chef de la CAQ bloquait volontairement les comptes Twitter de différents intervenants politiques.

François Legault, l’as du blocage sur Twitter?

«J’ai éreinté tous les chefs dans mes chroniques, mais seul celui de @coalitionavenir m’a bloquée. On parle d’un aspirant premier ministre…»

Le 9 juillet, la journaliste indépendante, chroniqueuse et blogueuse Marilyse Hamelin (Châtelaine) a lancé un «sondage-maison» sur Twitter. Elle voulait savoir qui, parmi ses abonnés, à l’instar du blogueur humoristique Mathieu Charlebois (L’actualité), avait été bloqué par François Legault. 

Parmi les réponses, celle de Jean-Philippe Pleau, sociologue, réalisateur à la radio de Radio-Canada et coanimateur avec Serge Bouchard de l’émission d’idées et de réflexion C’est fou, qui affirme avoir été «bloqué depuis fort longtemps».  

Le spin doctor chez Quebecor Steve E. Fortin dit également avoir été bloqué pendant des années, puis débloqué récemment. Idem pour le rédacteur en chef de Profession Santé, Éric Grenier, qui témoigne avoir «finalement été débloqué par une intervention divine». 

D’autres utilisateurs de Twitter se plaignent d’avoir été bloqués par le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), comme cette militante péquiste de Saguenay, Guylaine Simard, qui dit n’avoir pourtant «jamais tweeté avec lui», être «très polie» sur Twitter et ne jamais tenir de propos «déplacés». D’aucuns avancent que François Legault bloque «tous ceux qui ne pensent pas comme lui». 

Le Soleil a demandé à la CAQ pourquoi François Legault bloquait régulièrement des utilisateurs de Twitter. Émilie Toussaint, conseillère aux relations médias, nous a expliqué que François Legault gérait lui-même et seul son compte Twitter, et qu’il recevait un nombre très élevé de commentaires «qu’il tient à lire, un par un». 

«Cependant, il arrive souvent que des trolls envahissent sa boîte de réception et l’empêchent de lire attentivement les commentaires des “vrais gens”. Il se voit donc dans l’obligation de bloquer certains comptes qui n’ont d’autre but que de le troller», précise Émilie Toussaint, tout en soulignant que M. Legault «tente de bloquer uniquement les comptes un brin trop intenses avec des propos désobligeants».

«Si une personne juge qu’elle n’aurait pas dû être bloquée, elle peut contacter le service des communications numériques de la CAQ et nous verrons à corriger la situation s’il y a lieu», ajoute la porte-parole de la CAQ.

Chez Québec solidaire

Quelles sont les pratiques chez les chefs des autres partis? Chez Québec solidaire, c’est généralement l’équipe des communications qui «tweete» au nom de Manon Massé, ce qui n’empêche pas celle-ci d’interagir elle-même avec ses abonnés. 

«Mais elle ne lit pas systématiquement tous les messages, il y a un filtre qui se fait, comme c’était le cas pour Françoise David. On ne souhaite pas nécessairement exposer Manon Massé à des commentaires qui dépassent le simple débat respectueux, qui entrent plus dans la catégorie menaces et intimidation», explique le gestionnaire des réseaux sociaux pour Québec solidaire, Julien Joyal.

M. Joyal assure toutefois que l’équipe de Québec solidaire «ne bloque personne». «On ne veut pas empêcher les gens de nous lire et d’interagir avec nous […]. Quand tu aspires à gouverner, tu ne peux pas empêcher les gens de voir ce que tu as à dire», estime-t-il.

Le PQ ne bloque pas, sauf…

Du côté du Parti québécois, le compte Twitter du chef est alimenté tant par Jean-François Lisée que par son équipe de communications. Là aussi, on affirme ne bloquer personne, «sauf les comptes qui envoient des spams ou qui font de l’autopromotion».  

Les utilisateurs qui font des commentaires «sexistes, racistes ou homophobes à répétition» peuvent aussi être bloqués, nous dit-on. Au total, seulement 39 comptes auraient été bloqués. Jamais Jean-François Lisée et son équipe ne bloquent des utilisateurs sur la seule base d’opinions divergentes, assure-t-on. 

Au cabinet de Philippe Couillard, on affirme aussi que les internautes d’autres allégeances politiques sont les bienvenus sur la page Facebook ou le compte Twitter du premier ministre, qui sont gérés par son équipe des communications. Seuls les commentaires irrespectueux envers le premier ministre ou entre les internautes ne sont pas tolérés, précise l’attachée de presse de Philippe Couillard, Joçanne Prévost.