Les galipettes de François Hollande n'ont rien à voir avec celles d'un Dominique Strauss Kahn, qui relevaient davantage de la prédation.

France: le pouvoir déculotté

En matière d'histoires juteuses, la France a tout vu. Tout entendu. De François Hollande à François Mitterrand, en passant par le roi Henri IV, aller-retour au pays des amours gaulois.
Les historiens se chamaillent encore sur le nombre exact de maîtresses collectionnées par le roi Henri IV, surnommé «le Vert Galant». Selon les évaluations, le chiffre varie entre 54 et 75. Peu importe, car le ton était donné. Trois siècles plus tard, Charles de Gaulle se moquait encore de la faune politique du «Tout-Paris», comme de celle du «Tout-Pourri».
Quelques dates attirent une attention particulière. En février 1899, le président Félix Faure meurt d'une crise cardiaque dans les bras de sa dulcinée du moment, Marguerite Steinheil. Cette dernière sera bientôt rebaptisée par les journaux à potins «la pompe funèbre».
Prise de panique, Mme Steinheil a aussitôt pris la fuite. Elle ne croise pas le prêtre venu pour administrer les derniers sacrements. Ce dernier demande : «Le président a-t-il encore sa connaissance?» Et c'est alors qu'un policier génial aurait répondu :
- Non, elle vient de s'enfuir par l'escalier de service.
Le lendemain, le futur président Clémenceau, surnommé «le Tigre», se montre sans pitié : «Faure est retourné au néant, il a dû se sentir chez lui. Il a voulu vivre César, il est mort Pompée.»
Les amours pas si imaginaires
Curieusement, la petite et la grande politique finissent parfois par se télescoper.
À la veille de l'élection présidentielle de 1974, un débat télévisé opposait Valéry Giscard d'Estaing à François Mitterrand. Sur le coup, on disait que VGE avait déstabilisé son adversaire par une formule-choc : «Vous n'avez pas le monopole du coeur!»
Dans un livre intitulé Tigres et Tigresses, la journaliste Christiane Clerc soutient que François Mitterrand fut plutôt ébranlé par une série d'allusions à la ville de Clermont-Ferrand, où était née sa maîtresse, Anne Pingeot, peut-être déjà enceinte de leur fille, Mazarine.
«C'est une ville qui vous connaît bien...», répétait Giscard d'Estaing, avec un sourire carnassier.
Devenu président, en 1981, François Mitterrand prend les grands moyens pour que ses secrets intimes ne soient pas dévoilés. Au risque de patauger en pleine illégalité. Sa fille et sa maîtresse sont relogées dans un appartement d'État, gardé en permanence. Il place sous écoute électronique des dizaines de personnes soupçonnées de vouloir ébruiter l'affaire. Un éditeur négocie son silence en échange de l'effacement de dettes d'impôt.
Il faut attendre 1994 pour que le président atteint d'un cancer incurable permette que ses secrets de famille soient révélés au grand jour.
L'art de la diversion
Cette semaine, les photos montrant le président François Hollande se rendant en scooter à un rendez-vous galant ont suscité des réactions diverses. En Grande-Bretagne, la presse se délectait de petits détails. Du genre : «Le matin, le garde du corps allait même chercher les croissants!» Aux États-Unis, plusieurs chroniqueurs prenaient un ton blasé. Du genre : «Que voulez-vous, ce sont des Français!»
En France, la réaction apparaît plus nuancée. Quelques voix se sont élevées pour s'inquiéter de la sécurité présidentielle. «Le président est mal protégé», a déclaré Sébastien Valiela, le photographe auteur des photos compromettantes. Même les révélations voulant que l'appartement où se déroulaient les rencontres appartienne à un caïd de la mafia corse n'ont guère ému l'opinion.
Seule une poignée d'adversaires ont questionné le jugement du président. «Alors que le pays ne va pas bien du tout, que notre président passe son temps à faire ça, c'est vécu comme une preuve supplémentaire que la France est décidément plus douée pour la gaudriole que pour la réforme économique», a déploré Pierre Lellouche, ancien ministre des Affaires européennes.
D'un côté, un sondage indique que 77 % des Français estiment que la vie amoureuse du président Hollande constitue une affaire privée. D'un autre côté, cela n'empêche pas les exemplaires de la revue Closer de s'envoler plus vite qu'une pincée de farine lancée dans les airs en plein ouragan.
Il faut dire que les galipettes de François Hollande n'ont rien à voir avec celles d'un Dominique Strauss Kahn, qui relevaient davantage de la prédation. La dernière blague à la mode suggère même que l'affaire Hollande constitue une diversion plutôt bienvenue, compte tenu des mauvaises nouvelles qui s'accumulent en provenance de l'économie.
- Le journaliste : Monsieur Hollande, avez-vous eu une aventure avec cette actrice?
- Hollande : Je ne ferai pas de commentaire là-dessus.
- Le journaliste : Très bien. Alors parlons des statistiques de chômage.
- Hollande : Bon, puisque vous insistez, je l'avoue. J'ai une aventure avec cette actrice.