Paul St-Pierre Plamondon
Paul St-Pierre Plamondon

FEQ: le «déclin» du contenu québécois inquiète St-Pierre Plamondon

«L’idée n’est pas de casser du sucre sur le dos du Festival d’été. Mais je ne veux pas d’une omerta où on n’est pas capable de discuter du déclin du français dans la programmation. À ce rythme, dans 10 ans, ce sera 40 % d’artistes francophones, et dans 20 ans, 30 %!»

Candidat dans la course à la direction du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon dénonce que les artistes québécois, particulièrement francophones, occupent chaque année une part de moins en moins importante dans la programmation du Festival d’été de Québec (FEQ).

Mercredi, le FEQ a révélé l’identité de la majorité des artistes musicaux qui se produiront sur ses scènes cette année, du 9 au 19 juillet. Des cases horaires restent à combler, mais la représentation québécoise est même pour l’instant à 38 %, selon les données compilées par Le Soleil.

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«En 2011, Jean Charest [alors premier ministre] s’était plaint qu’il n’y avait pas assez de contenu francophone au FEQ. À cette époque, il y avait 63 % d’artistes francophones dans la programmation. Aujourd’hui, c’est moins de la moitié!» affirme M. St-Pierre Plamondon au Soleil, conscient que le débat ne date pas d’hier.

On peut aussi considérer l’importance et la visibilité accordées aux artistes locaux. Sur la scène principale des plaines d’Abraham, seulement 6 des 29 artistes annoncés jusqu’ici viennent de la Belle Province. Seuls les Trois Accords y apparaissent en tête d’affiche, le premier jeudi du festival. «Une journée moins visible», ajoute M. St-Pierre Plamondon.

Selon sa propre recension réalisée à partir de la page Wikipédia du FEQ, il calcule que dans les années 1990, la représentation québécoise dans la programmation tournait, bon an, mal an, autour de 80 %.

«Il ne faut pas se leurrer, poursuit l’avocat de 43 ans. Dans les années 90, ce qui était ma jeunesse, la popularité de la musique américaine était aussi grande. On consommait autant de musique américaine qu’aujourd’hui. Mais ce qui a changé, c’est notre approche comme gouvernement et institution par rapport à la valorisation qu’on est prêt à donner à la culture francophone.»

Plus d’argent du gouvernement

M. St-Pierre Plamondon, qui affronte le député Sylvain Gaudreault, l’humoriste Guy Nantel et l’historien Frédéric Bastien pour devenir chef du PQ, propose un réinvestissement gouvernemental.

Il rappelle les coupes dans le domaine culturel sous les gouvernements successifs de Jean Charest et de Philippe Couillard.

«Si on en est là, ce n’est pas à cause d’une désaffection de la culture québécoise ni d’une mauvaise volonté des organisateurs de festivals. Il y a une logique où il faut boucler le budget. Et si on suit logique commerciale, on perd 10 % [de contenu québécois] par décennie!

«Le gouvernement doit faire sa part, continue-t-il. Un gouvernement du Parti québécois aurait deux choix : soit on se désinvestit complètement du festival en leur disant “vous faites ce que vous voulez!” ou on réinvestit davantage», tranche celui qui choisirait la deuxième option, s’il devenait premier ministre.

Le budget annuel du FEQ avoisine 32 millions $. Entre 12 et 15 % sont tirés de subventions des divers paliers gouvernementaux, dont près de la moitié du provincial.

«La première chose que je ferais, c’est de m’asseoir avec les organisateurs et leur demander ce qu’on peut faire pour valoriser davantage le contenu francophone, parce qu’il est en chute libre.

«Ensuite, je m’assois avec le milieu culturel québécois pour voir comment eux interprètent ce déclin et ce qu’on peut faire avec le festival pour les revaloriser. L’État doit être prêt à réinvestir là-dedans», insiste-t-il.

On parle du FEQ, mais sous sa gouverne, tous les gros festivals de la province y passeraient, comme le Festival international de jazz de Montréal ou Osheaga, aussi dans la métropole.

«L’idée n’est pas de contraindre, mais de chercher des solutions ensemble et être prêts à investir dans la valorisation de la culture francophone québécoise», conclut M. St-Pierre Plamondon. Avec Geneviève Bouchard